Bien qu’il arrive qu’elle me fasse défaut, je ne peux oublier à qui je dois d’être la femme que je suis fière d’être assez souvent. Comme d’autres avant moi, comme d’autres que moi, quand la mémoire me revient et qu’il convient de l’honorer, c’est à ma grand-mère que je pense. Hommage à Rosalie, Capitaine au long court, maîtresse-femme d’un bout à l’autre de sa vie.

« Muses, artistes, trois âmes qui dès leur rencontre n’ont cessé de créer : peindre, écrire, dire, jouer, chanter, danser… ». Karine, Audrey et Anaïs introduisent ainsi un projet commun intitulé LPF, Love perfect Feeling. Il est apparu sur la toile, sans crier gare, début février dernier. Sans crier ? Pas tout à fait. Il est un cri à l’authenticité. Un cri à l’ancrage. Un appel à la liberté de création, à l’imagination, au dépassement de soi, au respect de son/ses héritage.s. LPF s’articule autour de l’amour, ce sentiment parfaitement perfectible. Elles en racontent la genése, déjà ancienne, en détaillent l’ambition, indéfinie, exposent une amitié, féconde. Ensemble, elles démontrent ce dont l’art est capable quand tout est compliqué.

Les pires enfermements sont ceux que l’on subit en pensant les choisir, ceux qui s’imposent si subtilement que l’on ne remarque pas la liberté que l’on perd, la créativité qui s’érode. Si une voix, une seule, semble audible, si une seule semble acceptable, c’est qu’il est temps d’interpeller cette liberté qui nous est chère, qui est supposée l’être. «  Il y a danger, notamment lorsque des théories transforment un être en préfabriqué. Ou en infirme. » Rachel Khan exprime sa colère d’être spolier de la sienne dans Racée, paru ce mois-ci, aux Editions de l’Observatoire. « Je n’aime pas les mots (ni les tributs) homogènes ». Elle dénonce les mots qui séparent, ceux qui ne vont nulle part. Rachel en propose enfin quelques uns. Pour réparer. Même « s’ils n’effacent rien »: « je me sens libre d’être vue sans être regardée comme une cause à défendre« .