Joly – Découvrir sa résilience pour construire la vie que l’on veut

« Leadership et résilience sont pour moi indissociables. Ils font partie inhérente de la femme dans sa capacité à se relever des chocs de la vie, mais également qu’elle assume quotidiennement à travers le management de sa vie personnelle et professionnelle. Il nous revient, en tant que femmes, de dépasser les stéréotypes, les virus mentaux qui nous polluent et nous empêchent de croire en nous » (Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ?). Ces mots sont ceux de Joly Andres, cadre supérieur, membre du think tank Refondation, conférencière, écrivaine, femme engagée, mère. « Cette force, cette résilience, cette capacité à se relever, à surmonter les barrières, les obstacles (…) est trop souvent inexploitée ou sous-exploitée. Arrêter de se laisser enfermer, définir, sont autant de choses qui nous aideront à aller de l’avant ».

Devoir vivre dans notre société française nécessite d’en apprendre les codes, en comprendre les défis et surmonter chacune des difficultés en tant que femme issue de la diversité, surtout lorsqu’on aspire à évoluer professionnellement.
Cette résilience n’est pas un choix. Elle s’impose comme une nécessité pour survivre et construire sa place.

(Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ?)

Si tu devais te définir en trois mots, lesquels choisirais-tu ?

Si je devais me définir en trois mots, ce serait résilience, détermination et pugnacité.

Voudrais-tu nous raconter de ton parcours professionnel ?

D’origine africaine, je suis issue d’un milieu favorisé qui me promet un parcours tout tracé dans mon pays d’origine. Cependant, la rencontre avec mon mari bouleverse mes projets, ainsi que les attentes de ma famille, car je décide de m’installer en France. Je débute ma carrière au sein d’un grand groupe industriel, mais très vite, je me retrouve à enchaîner, malgré moi, des contrats précaires, pendant près de dix ans, avec des promesses d’embauches à la clé, mais qui ne sont malheureusement jamais suivis d’effet. Avec persévérance et détermination, je parviens à intégrer un groupe du CAC 40. Je fais alors face à un nouveau défi : celui de conjuguer le désir d’évoluer vers des postes à responsabilité tout en étant une femme issue de la diversité. Un simple projet de mobilité se mue, dès lors, en une véritable aventure, avec ses hauts et ses bas.

Force est de constater que trouver ma juste place a toujours été un défi majeure.
(Idem)

Aujourd’hui, j’ assume pleinement mes responsabilités professionnelles tout en conciliant mon rôle de mère, d’auteure et conférencière, le tout dans un contexte de crise sanitaire et de mutation sociétale. Convaincue que le leadership et la réussite peuvent rimer avec diversité, je souhaite, par ce livre, Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ?, encourager chacun.e à ne pas abandonner ni à se décourager face aux différents défis notamment au sein de la sphère professionnelle.

En offrant aux lecteurs un témoignage sur la persévérance et la résilience, où je partage celle qui m’a aidée à surmonter ces défis, je propose quelques clés pour éviter le fatalisme, la victimisation ou la stigmatisation de l’autre.

Outre ta fonction de cadre dans une multinationale, tu es très engagée pour l’évolution de la place des femmes dans l’entreprise. Comment est né cet engagement ? Comment s’exprime-t-il dans tes activités ?

Après cette dizaine d’années marquées par la précarité, j’avais envie de tourner les pages de cette histoire dont je n’étais pourtant pas fière. L’idée m’est venue d’écrire un livre dans lequel je partagerais mon parcours1 et notamment les obstacles que j’avais rencontrés.

Une fois le livre paru, mon entreprise ainsi que différentes autres sociétés m’ont donné la parole. De ces prises de paroles est né un véritable engagement. Cet engagement s’étend des conférences que je donne en France et à l’étranger – j’ai été un TEDx speaker sur le thème de la discrimination en entreprise – à l’écriture d’autres livres, d’autres articles. Je milite en tant que vice-présidente de l’association L’échange durable. Là-bas, nous travaillons sur des projets d’éducation en Afrique (ma terre d’origine). J’ai enfin rejoint, il y a deux ans, le conseil d’un think tank, Refondation, pour réfléchir sur des problématiques de société.

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Conférence de presse de lancement de l’ouvrage ‘Le pouvoir des femmes a influencé le débat public : mythe ou réalité ?’, Paris, le 21 mars 2022. De gauche à droite, Keyza Nubret, Alissa Pelatan, Patience Priso, Rosie Bordet, Laurence Comte-Arassus, Joly Andres, Patrick Tivollier, Stéhanie Chemla – Sagnes et Tiffany Culang.

Que t’inspire l’expression « leadership à la française » ?

Cette expression fut la thématique d’une soirée organisée au Sénat où j’ai été invitée à prendre la parole. Entourée de femmes et d’hommes aux profils tout aussi riches et variés que le mien, j’ai pu partager mon parcours et espère avoir démontré qu’il y a une nouvelle génération issue de l’immigration, qui prend sa place dans la société française, pour construire une France plus forte et plus inclusive. Avec la période électorale que traverse notre pays, il me semblait pertinent de démontrer que la France dispose d’un levier formidable de croissance, de développement, la diversité, et que celle-ci doit être présente à tous les niveaux de la société, pas seulement reléguée au second plan comme c’est encore trop souvent le cas.

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Tu es donc à l’initiative de l’ouvrage-portrait Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ? dont des extraits ponctue cet entretien. Pour qui ? Pourquoi ?

Ce livre est né d’une série de conférences que j’ai organisé avec le think tank Refondation dans lequel je suis engagée. Partant du postulat que les paroles s’envolent, que seuls restent les écrits, j’ai pris l’initiative de regrouper dans cet ouvrage des femmes de différents profils pour qu’elles partagent leur expérience, leur parcours, comment elles ont réussi à s’établir et, quelquefois, à s’imposer dans leur domaine. Elles sont françaises mais aussi d’origine africaine, américaine, sud-américaines, juives. Ces femmes ont accepté de relever le défi et cela a rendu possible ce projet qui me tenait particulièrement à cœur.

Présenter des rôles-modèles me paraît essentiel, pour inspirer d’autres femmes, notamment les plus jeunes, qui j’espère, y trouveront des sources d’inspiration.

On a pas toujours conscience de la présence en soi de cette force intérieure qui peut être innée, ou pas, jusqu’à ce que l’on doive y avoir recours. Nous ne sommes pas toujours conscients de notre « résilience » jusqu’à ce que nous soyons confrontés aux épreuves et que l’on découvre en nous cette force trop souvent ignorée ou sous-estimée.
(Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ?)

Comment concilie-t-on au mieux vie personnelle et vie professionnelle ?

Le sujet de l’« équilibre vie privée/vie professionnelle » ou ce que certains qualifient d’ « équilibre des temps de vie », reste un sujet majeur pour les femmes qui souhaitent s’engager et concilier toutes ces vies en une. Nous appartenons à une génération qui souhaite à la fois, s’engager, avoir une carrière et être présente pour sa famille. C’est mon cas. J’ai mis en place une organisation qui me le permet. La digitalisation, la crise sanitaire ont montré qu’il était possible, grâce au télétravail, de travailler de son domicile. Cela nous fait gagner un temps considérable en matière de transport, notamment dans les métropoles.

Je ne suis pas seule et grâce à l’appui de mon mari, je peux être épaulée dans mes activités. On dit que derrière un grand homme se trouve une grande femme. J’aime dire que derrière une grande femme se trouve un grand homme. He for She. J’encourage d’ailleurs les jeunes filles qui souhaitent assumer cet équilibre des temps de vie à choisir leur compagnon en prenant en compte leurs ambitions, pour ne pas s’enfermer.

Quelle est le plus grand obstacle à la réussite d’une femme ?

Il y a plusieurs facteurs qui contribuent ou qui obstruent la réussite d’une femme.

Facteurs externes : le plafond de verre, imposé par la société/entreprise, les clichés, les stéréotypes. A plusieurs reprises durant mon parcours, on m’a dit que j’avais la double peine : femme et noire. Une fois, les RH (ressources humaines) m’ont demandé si je n’avais pas un handicap pour être embauchée dans le cadre de quotas. Un autre RH m’a dit qu’il était trop difficile de m’embaucher en France en tant que cadre, mais qu’en revanche ce serait plus simple et plus rapide de m’aider à rentrer dans mon pays d’origine. Ces exemples démontrent que nous vivons encore dans une société qui n’est pas toujours prête à nous donner notre place.

Facteurs internes : les virus mentaux, la question de la légitimité, le manque de confiance en soi. Ce sont autant de choses qui nous minent de l’intérieur et qui peuvent être des freins à notre propre évolution. Grâce à un accompagnement, au mentorat, au réseau, on peut se faire accompagner pour travailler sur ces obstacles qui sont avant tout générés de l’intérieur et qu’il nous faut surmonter. Faire ce travail intérieur est essentiel. C’est, selon moi, le principal obstacle à surmonter.

A contrario, quel est son plus grand atout pour changer, bouger, entreprendre, grandir ?

Toutes les femmes – notamment celles issues de la diversité – ont une force intérieure incroyable. J’en parle dans le livre. Cette force, c’est cette résilience, cette capacité à se relever, à surmonter les barrières, les obstacles. Pour certaines, cette force est trop souvent inexploitée ou sous-exploitée. Arrêter de subir, de se laisser enfermer/définir, sont autant de choses qui nous aideront à aller de l’avant. Pour certaines, cela peut être de se lancer dans l’entrepreneuriat, de monter un projet, pour d’autres, d’exprimer leurs envies de changement lorsqu’elles sont salariées etc. Il y aurait tellement à dire sur le sujet…

Les choses paraissent impossibles jusqu’à ce que l’on voit l’exemple d’une ou plusieurs personnes ayant pu réussir à sur monter comme nous les difficultés. Ces rôles-modèles sont aujourd’hui nécessaires (…) Ils suscitent l’espoir et autorisent les projections.

(Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ?)

Quels sont tes rôles-modèles ?

Michelle Obama, Simone Veil, ma maman Florentine, Nelson Mandela aussi, Martin Luther King, entre autres.

Il y a t-il une citation, une phrase-inspiration qui t’accompagne chaque jour, qui te motive quand il le faut ?

Rien n’est impossible à celui/celle qui croit.
Croire pour moi est essentielle. Cela me donne la force de ne pas basculer dans la haine ou l’auto-dévalorisation.

Une définition de l’épanouissement ? Du bonheur ?

Ma définition de l’épanouissement, c’est la somme de tous les objectifs quotidiens que nous parvenons à atteindre. J’aime savourer les petites victoires quotidiennes.

Le bonheur, c’est être libre. Je dis souvent que j’avais le choix de me soumettre à précarité, ou de m’en démettre. J’ai choisi de m’en démettre et d’être libre. Et cela me procure du bonheur !

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Savoir aller puiser au fond de soi la force d’avancer et de gravir les marches les unes après les autres pour atteindre le firmament des rêves enfouis au fond de nos cœurs
(Le pouvoir des femmes à influencer le débat public :
mythe ou réalité ?)

1 « A la conquête du bonheur professionnel », éditions le Livre actualité

Crédit photo – Portraits : @Karaphotoprod

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