#8mars – Réinventer l’amour – Alissa – Oser prendre sa place et créer une économie plus sociale et solidaire

« Je crois à la place des femmes et à l’importance que leur influence va avoir dans le changement sociétal et économique. Je crois en leur force et en leur créativité pour trouver des solutions, s’adapter pour la suite, pour ancrer le monde de demain »*. Alissa Pelatan est avocate. Elle a crée, il y a quelques années, le premier cabinet spécialisé en économie sociale et solidaire (ESS), AMP avocats, parce qu’elle pense que nous sommes, chacun.e, à notre échelle, des actrices, des acteurs, des moteurs du changement. A l’époque, il ne s’agissait pas seulement d’une vague inclination professionnelle mais d’un véritable choix de vie, un parti pris incompris. Peu importe : elle venait de trouver sa place. « Notre boussole intérieure, notre raison d’être, nos valeurs, notre créativité nous donnent la faculté de nous faire entendre »* affirme-t-elle. « Nous devons simplement nous sentir légitimes. (…) Comme on dit aux États-Unis, bloom where you are planted (Fleurissez où vous êtes plantés ) »*.

L’ESS est basé sur trois piliers principaux : la poursuite d’un objectif d’utilité sociale (et non pas le seul partage des bénéfices), la mise en place d’une gouvernance démocratique (et participative), une lucrativité limitée qui se traduit notamment par l’utilisation d’au moins la moitié des bénéfices nets pour soutenir l’activité (et non pas la distribution aux membres/associés)*

Si tu devais te définir en trois mots, lesquels choisirais-tu ?

Bienveillante, Audacieuse, Idéaliste

Tu es originaire des États-Unis ? D’où précisément ? Quand, comment et pourquoi as-tu décidé de t’installer en France ?

Je suis née à Omaha, dans le Nebraska. Quand j’ai eu trois ans, nous avons déménagé en Californie, du côté de San Francisco. J’ai toujours été attirée par la France, depuis toute petite. Mon master de droit international/droit européen privé à Paris terminé, j’y ai trouvé un travail, un mari, un appartement bref, j’ai décidé de m’installer en France. J’y ai passé presque la moitié de ma vie !

Quels avantages t’offre cette double culture ?

J’ai beaucoup voyagé. Grâce à mes expériences, j’arrive à comparer, à questionner certaines habitudes et comportements français. Cette perspective ‘extérieure’ me permet de challenger mes clients et le législateur, de penser différemment, de chercher des solutions avec créativité et espoir. Je parviens à garder une vision internationale des mouvements en France. Ainsi, j’ai établi un mapping des lois et des initiatives liées au mouvement de l’ESS, des entreprises à mission/social businesses bien avant la loi ESS de 2014 ou la loi PACTE en 2019.

L’économie sociale et solidaire (ESS) est donc ta spécialité, ton choix du cœur. Comment s’est ancrée et développée cette vision ?

J’aime bien la phrase « practice what you preach ». J’essaie d’incarner les valeurs de l’ESS dans mes relations, avec mes clients, avec mes collaborateurs, avec mes collègues et aussi dans mon foyer. J’ai arrêté de dissocier mon comportement au travail et à la maison. Je crois fondamentalement que ce que nous disons doit correspondre avec notre raison d’être personnelle et professionnelle. Cela doit se manifester par des actions, même envers nos enfants. C’est un travail quotidien qui n’est d’ailleurs pas tout le temps facile.

L’ESS n’est pas une idée nouvelle. De quand date-t-elle ?

L’économie sociale date d’il y a plus de cent cinquante ans, de la fin du XIXème siècle, avec la création des mutuelles, notamment. Elles ont mis l’humain – plutôt que le profit – au centre de l’entreprise. L’ESS continue d’évoluer et de grandir grâce aux citoyens qui osent croire qu’ils peuvent changer le monde. Peu importe la forme juridique, la manière utilisée pour ce faire.

La première étape pour plus d’égalité dans l’ESS serait que l’objectif poursuivit par une structure corresponde au comportement de la structure elle-même. A titre d’exemple, une entreprise qui a pour objectif d’employer les personnes en situation de handicap se doit d’embaucher des personnes en situation de handicap*

Nous nous sommes rencontrées lors de la conférence de presse de lancement d’un ouvrage, impulsé par le think tank Refondation et intitulé « Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ? ». Qu’en penses-tu ? Quel est le super pouvoir des femmes pour influencer le débat ?

Je suis d’accord avec la conclusion du débat : nous avons fait beaucoup de progrès législatifs en France concernant l’égalité des femmes (plus que d’autres pays d’ailleurs) mais il faut désormais que les lois soient incarnées dans le comportement des citoyens, des entreprises, du parlement et du gouvernement. Les femmes ont un rôle à jouer, pour prendre ou créer leur place, si ce qu’elles ont envie de faire n’existe pas. Chaque femme doit trouver de son propre style, son leadership, sa manière d’être un leader et une femme épanouie là où elle vit, y compris dans son foyer. Nous les femmes, devons nous encourager les unes les autres, sortir de notre zone de confort pour découvrir le potentiel qui se cache parfois derrière nos insécurités.

Dans cet ouvrage, tu traites longuement de la place des femmes dans la profession d’avocat. Ce n’est pas simple. C’est même un euphémisme. Pourquoi, selon toi, est-ce si compliqué de se faire une place dans ce métier ?

80% des femmes quittent la profession d’avocats au bout de dix ans, plus précisément lorsqu’elles souhaitent fonder une famille. L’exercice ‘classique’ de la profession n’est pas conçu pour les femmes – ni pour les hommes d’ailleurs – qui souhaitent trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Pourtant, 57% des avocats sont des femmes. Il faut donc le repenser pour que les femmes – et les hommes – puissent trouver leur équilibre et ne plus sentir seul.e.s.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai créé le collectif Impact Lawyers en 2018. Il propose de travailler avec d’autres avocats, en se conformant aux valeurs de l’ESS, avec bienveillance, un accompagnement, une expertise aux partenaires et aux entrepreneurs à impact. Il n’est pas rare que les avocats de notre collectif s’appuient sur d’autres membres pendant leurs congés maternité /paternité ou lorsqu’ils souhaitent travailler à mi-temps pour passer plus de temps avec leurs enfants. Il est beaucoup plus simple pour les avocates de trouver leur place lorsque nous sommes unies, dans un esprit d’entraide plutôt que de concurrence. J’encourage mes collègues avocat.e.s à nous rejoindre, à créer leur propre collectif, pour démultiplier l’impact de cette démarche.

Quelles sont les missions du cabinet AMPAvocats que tu as crée ? Quelles sont ses perspectives ?

Le cabinet AMP Avocats est fondé sur trois piliers : 1) un accompagnement personnalisé et de qualité offert à chacun de nos clients indépendamment de leur budget, 2) la formation de nos clients et des avocats sur les sujets d’innovation en droit (RSE, B corp, société à mission, ESS, économie régénérative, franchise sociale, montage hybride…) et 3) une posture militante pour faire rayonner l’ESS et les entreprises à impact en France et ailleurs dans le monde. Nous allons maintenir ces trois piliers, pour avoir plus d’impact et plus d’influence dans le débat public. Nous travaillons enfin, avec nos partenaires sur plusieurs sujets de plaidoyer/lobbying for good. Nous en reparlerons lorsque le moment sera venu.

L’horizon te semble-t-il s’assombrir ou s’éclaircir, tant en matière sociale, en termes de solidarité que d’un point de vue économique ?

« Plus claire la lumière, plus sombre l’obscurité… Il est impossible d’apprécier correctement la lumière sans connaître les ténèbres. » (Jean-Paul Sartre). L’inverse est aussi vrai : plus sombre l’obscurité, plus claire la lumière.

Avec la crise sanitaire, les risques qui pèsent sur la biodiversité, le changement climatique, on se demande quel sera l’avenir, que seront les dix prochaines années. Parallèlement, ces problèmes font naitre des solutions innovantes. Ils préparent une économie régénérative et plus inclusive. Elle est en train de naitre. Si les entreprises, le gouvernement et les citoyens prennent toute leur place, trouvent leur raison d’être et agissent à leur niveau, petit ou grand, ensemble nous pouvons créer un avenir plus lumineux, plus solidaire et plus inclusif.

Les avocats ont un rôle important à jouer pour accompagner les entreprises et le législateur dans cette transition vers, non pas la réduction de leurs impacts négatifs mais la création d’un impact positif et un capitalisme plus responsable *

CAPITAINEs poursuit, depuis le début du mois de mars, l’ambition d’explorer les manières dont on réinvente l’amour, aujourd’hui. Comment inventes-tu l’amour au quotidien ?

C’est une très bonne question. J’aime l’expression « Aime ton prochain comme toi même. » Il faut savoir recevoir l’amour avant de pouvoir le donner aux autres. C’est à partir de cette perspective que j’essaie de réinventer l’amour, en saisissant chaque occasion de le montrer à mes proches, à moi-même mais aussi à mes voisins, à autrui. Sans cesse. Sans conditions.

Quelle en est, selon toi, la plus belle expression ?

« My mission in life is not merely to survive, but to thrive and to do so with some passion, some compassion, some humor, and some style.” (Maya Angelou). Traduction libre : « La mission de ma vie n’est pas simplement de survivre, mais de m’épanouir, de le faire avec passion, compassion, humour et un peu de style».

Un sentiment d’égalité n’a jamais été le préalable obligatoire pour pouvoir avoir un impact. Il suffit d’oser, de se donner ce droit, et de ne pas croire que l’on est moins légitime de par notre genre ou parce qu’une inégalité existe. Ne nous mettons pas de frein. Soyons là où nous avons le sentiment que nous devons être, en cohérence avec nos croyances, en alignement avec nous-mêmes*.

* Extraits de la contribution d’Alissa Pelatan, tirés de l’ouvrage  Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ? , sous la direction de Joly Andres, Collection Leaders & Diversité, éditions l’Harmattan, mars 2022.

Conférence de presse de lancement d’un ouvrage, impulsé par le think tank Refondation et intitulé « Le pouvoir des femmes à influencer le débat public : mythe ou réalité ? », Paris, lundi 21 mars. De gauche à droite : Alissa Pelatan, Patience Priso, Rosie Bordet, entrepreneures, Laurence Comte-Arassus (GE), contributrices, Joly Andres, Patrick Tivollier, président de Refondation, Stéphanie Chemla-Sagnes, journaliste, Tiffany Culang, élue et collaboratrice d’élu, contributrices également.

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