#8mars – Réinventer l’amour – Clélia-Odette – Interroger l’invisibilisation du corps des femmes de 50, 60, 70 ans

« Je suis révoltée par l’absence de femmes mûres dans la représentation de la beauté. Je fais partie d’une longue génération à qui l’on a appris que la femme est belle quand elle est jeune, qu’avec les années sa beauté se dégrade. À une époque où la lutte pour l’égalité des genres bouscule de nombreux aspects de la société, je voudrais remettre en question l’influence encore omniprésente du patriarcat sur la perception de notre corps. Il y a de grandes femmes, actrices, chanteuses, qui brillent à mes yeux par leur talent, leur charisme, leurs idées, à qui on a volé le sourire. Littéralement, leur vrai sourire, authentique et humain ». Tout est parti d’une photo sur Instagram. Celle d’une femme, aux cheveux gris, dénudée, de la gêne occasionnée, de la perception des corps mûrs, de nos goûts et dégoûts en la matière. Clélia-Odette Rochat est photographe. Elle a imaginé, il y a quelques années, avec le projet Belles mômes, d’exposer le corps de femmes de plus de 50 ans. Il a remporté un franc succès. Belles mômes est en passe de devenir un beau livre.

Lorsque les femmes s’aventurent sur des terrains jusque-là masculins et occupent une plus grande place dans la vie sociale, elles semblent devoir compenser le déséquilibre ainsi créé en restreignant la place que leur corps occupe dans l’espace.

Mona Chollet, Beauté Fatale

Si tu devais te décrire en trois mots, lesquels choisirais-tu ?

Question difficile !
Je dirais que je suis nostalgique d’un je-ne-sais-quoi, sensible et que j’ai envie de « vrai ». Je ressens également fort le besoin de défendre des causes qui me semblent justes.

Quelle est la genèse du projet Belles mômes ?

Je me trouvais dans un covoiturage quand l’envie de ce projet est née. Une gynécologue, une retraitée et moi. C’était l’hiver, le chauffage était au maximum. Assise à l’arrière, j’écoutais la conversation. La femme, autrefois avocate, parlait de la ménopause et de ses peines de cœur. Elle racontait qu’elle avait peur que son mari ne la regarde plus, ne la désire plus. Pour ne pas «faire son âge», Sylvie s’était fait tirer les rides et refaire les seins. Cette conversation m’a fait réaliser que pour une femme, vieillir pouvait être une angoisse, un fardeau.

belles momes - Clelia-odette-rochat - photographie - portrait - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.
Caroline Ida Ours, 62 ans, mannequin, militante et influenceuse*

Quelles ont été tes inspirations dans le choix des modèles, des poses, des lieux, des accessoires ?

Au départ, cela a été super compliqué. J’ai mis quasiment un an à trouver mon premier modèle. Ce fut Sylviane, une modèle vivante qui a l’habitude de poser nue. Elle m’a ouvert son carnet d’adresse et, de fil en aiguille, j’en ai trouvé une vingtaine. Maintenant que le projet Belles mômes reçoit de la lumière, je reçois énormément de demandes. Je ne choisis pas mes modèles, ni les poses, ni les lieux. Les séances se déroulent chez elles, le plus naturellement possible. Parfois, je ne sais même pas à quoi ressemble la femme que je vais rencontrer !

belles momes 5 - Clelia-odette-rochat - photographie - portrait - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.

Quel regard ton âge, ton éducation, l’environnement, très différent de celui dans lequel ont évolué ces femmes que tu photographies, te permet-il ?

J’ai 24 ans. J’ai grandi dans une famille recomposée avec cinq frères et une sœur. J’ai reçu une éducation assez classique, entre l’Allemagne et la Suisse : douze ans de harpe et deux ans de psychologie. Je suis bilingue Allemand-Français. Il me semble important de changer nos regards par la photographie. J’en ai simplement marre de voir des corps de femmes jeunes dans nos espaces publiques. C’est complètement fou de constater que la femme mûre n’y est quasiment pas représentée, ni au cinéma ou dans la publicité. J’avais envie de montrer à quel point elles sont magnifiques. Elles méritent d’être bien mieux considérées.

Il y a quelque chose de sidérant dans la facilité avec laquelle nous nous laissons persuader que, pour être désirés et aimés, nous devons éliminer tout ce qui nous rend singulière.
Mona Chollet, Beauté Fatale

Pourquoi les photographier nues ? Toutes ne le sont pas d’ailleurs…

Je n’insiste pas sur le nu. Chaque femme me dit comment elle se sent à l’aise. Le nu est une option. Photographier et interroger des femmes soulève un tabou. Cela brise les conventions (conditionnement, légendes, illusions, idéaux …). L’arrêt dans le temps par la photographie me permet de les immortaliser et de dévoiler des corps magnifiés par leurs histoires et par un temps qui leur appartient. Une pliure sous un sein, les lignes de leur visage racontent la sensibilité, les aventures, la sagesse, les fou-rires passés et présents, la profondeur, l’âme.

belles momes 2 - Clelia-odette-rochat - photographie - portrait - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.

Tes modèles sont toutes blanches, sans handicap visible. Qu’est-ce qui a empêché plus de diversité dans ta sélection de Belles mômes ?

On m’a déjà fait la réflexion. Ma première réaction à été de trouver des femmes différentes. Mais, comme je le disais plus tôt, je ne choisis pas mes modèles. Ce n’est pas naturel comme démarche. J’adorerais une plus grande de diversité, évidemment. C’est pour cela que j’envisage de voyager, en espérant rencontrer des femmes de cultures différentes qui seront partantes.J’espère qu’elles simplement viendront à moi.

Ces femmes, étaient-elles plus gênées par leur propre regard sur leurs corps ou par le jugement des autres sur leur choix de le montrer ?

Certaines se sentaient vraiment à l’aise. Certaines ne se reconnaissaient pas. Comme si leur corps devait rester celui d’une femme de vingt ans.

Regrettaient-elles leur âge ou l’assumaient-elles ?

Cela dépend des femmes

La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs, la certitude de ne jamais être assez bien pour mériter l’amour et l’attention des autres traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une auto-dévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes.
Mona Chollet, Beauté fatale

La relation avec Instagram et ses algorithmes n’est pas simple. Comment gères-tu cette obligation de floutage de tétons que tu t’es vue imposée ?

Mal. Cela m’énerve. Beaucoup. C’est à cause de ce genre de censure que les regards malsains se forment. Plus le corps sera libre, moins il sera sexualisé ! C’est vraiment incroyable qu’un téton d’homme ne pose aucun problème. Nous avons pourtant les mêmes !

belles momes 3 - Clelia-odette-rochat - photographie - portrait - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.

Tu envisages désormais de transformer l’exposition Belles mômes en un livre ? Comment évolue ce nouveau projet ? Recherches-tu de nouveaux modèles ? Sans obstruction de ta liberté de création, envisages-tu plus, mieux, quoi ?

Je cherche tout plein de modèles, des fonds aussi. Je recherche des lieux d’exposition, un public qui saura apprécier ma démarche.

Et ensuite ? Jusqu’où envisages-tu de transporter ton message ?

J’adorerai donner des conférences, continuer d’exposer.

As-tu vu les films Les jeunes amants de Carine Tardieu et Rose d’Aurélie Saada ? Qu’en as-tu pensé ?

J’ai vu Les jeunes amants. Je l’ai adoré !
En sortant du cinéma, j’étais comme dans une petite bulle.

belles momes 4 - Clelia-odette-rochat - photographie - portrait - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.

Quel lien existe-t-il, selon toi, entre Belles mômes et ces créations nouvelles, cette volonté de montrer les histoires, le corps, la vie de femmes dites mûres ?

La beauté du réel.

Ce n’est pas seulement la diversité des couleurs de peaux qui manque dans notre environnement culturel. Ce sont aussi, tout simplement, les représentations des manières diverses d’être une femme
Mona Chollet, Beauté fatale

Comment définirais-tu l’amour ?

Il est indéfinissable.

Quelle est, selon toi, la plus belle marque d’amour ?

La patience, l’endurance dans la relation. Cela pourrait se traduire également par la résilience, la persévérance, la résistance, la douceur et la compréhension. Ne pas lâcher trop rapidement une personne, une relation lorsque l’on sent, au fond de soi, que quelque chose de profond existe.

#MaiMémoire – Clarissa – Honorer son héritage

Être une grand-mère, c’est apprendre aux plus jeunes les voies de l’amour et de la miséricorde… car bien souvent, grâce à leurs conseils et à leurs mises en garde, les grands-mères peuvent leur éviter des faux-pas et, à défaut de les rendre sur-le-champ plus sages, les…

Chargement en cours…

Un problème est survenu. Veuillez actualiser la page et/ou essayer à nouveau.

S’il n’existait pas comment pourrait-on l’inventer ?

Il existera toujours. Et heureusement !

Clelia- belles momes - photographie - femmes - 50 ans - CAPITAINEs.

La patience, l’endurance dans la relation.
Cela pourrait se traduire également par la résilience, la persévérance, la résistance, la douceur et la compréhension. Ne pas lâcher trop rapidement une personne, une relation lorsque l’on sent, au fond de soi, que quelque chose de profond existe.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s