#OctobreRose – Michelle : devenir une meilleure version de soi

"Le jour de la remise de mon diplôme de Master d'Éducation Thérapeutique du Patient (ETP)"

L’histoire de Michelle, c’est un peu la nôtre : ponctuée de surprises, bonnes et mauvaises, de révélations, de menaces transformées en opportunités, de peurs transformées en pouvoirs. Patiente experte, consultante, formatrice en éducation thérapeutique du patient, c’est en suivant « les lumières » qui ont jalonnées sa route que Michelle Laurent, une cinquantaine d’années, est devenue naturopathe. Plus « fatigable » aujourd’hui, elle est aussi plus à l’écoute de son corps qu’hier, qu’avant. Elle raconte ici le chemin parcouru « vers une meilleure version » d’elle-même. #OctobreRose est ce mois consacré à la sensibilisation sur le cancer du sein. Cette année 2021, #CAPITAINEs s’intéresse à la manière dont se vit la maladie, dont on en guérit, dont elle transforme.

Bonjour Michelle. Si tu devais te résumer en quelques mots, lesquels seraient-ils et pourquoi ?

Faire du bien. Lorsque j’ai créé une association de patients, dans ma quête de légitimité, je me suis formée à la pratique de massages ayurvédiques. A la fin du stage, la cheffe de cure m’a dit : « Michelle, tu fais du bien au gens ». Sur le moment, je n’ai pas saisi la portée de cette phrase. J’ai pensé : « ok, je masse bien ». Ce n’est que plus tard, lors de stages que j’ai organisés à mon tour, à la lecture des témoignages laissés par les participants dans le livre d’or, que j’ai compris et accepté le sens de mon engagement.
Bienveillance et écoute de soi. Bienveillant, c’est le regard que j’ai décidé de poser sur moi. Comment puis-je être bienveillante envers les autres, si je ne le suis pas envers moi ?
Congruente : je fais ce que je dis.
Heureuse et reconnaissante : rien de plus à ajouter si ce n’est Merci la vie !

Peux-tu nous raconter comment tu es arrivée à la naturopathie ? Comment est-elle arrivée jusqu’à toi ?

La naturopathie est arrivée par mon kinésithérapeute en Guadeloupe.
En pleine séance, suite au curage axillaire, il m’informe que certaines patientes sont également suivies par un naturopathe. Nous sommes en 2012. La naturopathie n’est alors pour moi qu’un vague souvenir d’une consultation qui, deux ans plus tôt, m’avait laissée sur ma faim. Je prends néanmoins rendez-vous et entame un parcours de soins tout en suivant à la lettre les recommandations, sans chercher à comprendre le pourquoi, en toute confiance et dans l’urgence de la situation. Ce n’est qu’à la fin des traitements, sans emploi, prête à repartir dans ma vie d’avant, que je réalise que je ne me suis pas ménagée. J’ai besoin de me reposer. Je suis fatiguée physiquement. Mes traits sont tirés. Mon teint est gris…

Je ne me doutais pas de la richesse de cette parenthèse qui de rencontres en rencontres, de formations en formations, de quêtes en quêtes, m’a conduit à la naturopathie et à l’éducation thérapeutique du patient, à ma vie rêvée d’après.

J’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein en 2012. Aucune douleur, aucun signe annonciateur, un déplacement professionnel en France, une amie à qui je demande de me prendre un rendez-vous pour un frottis.

« Le jour où je me suis coupée les cheveux, entre la première et la seconde chimio… Je me regarde dans le miroir et je pense à cette phrase de Verlaine, « Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ».

C’est l’histoire de cette amie qui décide, sans que je ne le lui demande, d’y intégrer une mammographie, d’un médecin qui m’annonce dans la cabine que « l’image n’est pas belle ». C’est ensuite l’histoire d’une année de traitements allopathiques : une tumorectomie, un curage axillaire, six séances de chimiothérapie, trente séances de radiothérapie, cinq années d’hormonothérapie, d’un accompagnement par la naturopathie donc. C’est l’histoire d’un licenciement, à l’issue de l’année de traitement, de deux années de procédure aux prud’hommes, d’un procès gagné. Ce licenciement s’avérera salutaire et la maladie un formidable déclencheur d’opportunités, de rencontres, d’amours et d’amitiés.

Si tu devais la définir, suivant ton histoire, ton ressenti, quelle serait ta définition de la naturopathie ?

Je commencerai en disant ce que n’est pas la naturopathie. C’est important de commencer par là car nombre de consultants sont déçus. Ils attendent de la naturopathie ce qu’ils attendent de la médecine allopathique : une pilule – « naturelle » – qui guérit. Or, la naturopathie ne guérit pas. Elle donne les « clés », des outils, pour aider l’organisme à se rétablir dans ses équilibres.

Temps 1 : « aide-toi et la pilule t’aidera ».
Temps 2 : « sois acteur de ta santé » pour te passer de béquilles

La naturopathie, c’est le bon sens paysan, le bon sens de nos grands-parents. C’est le retour à notre naturalité, la reconnexion à la Nature, à notre nature, notre physiologie, notre anatomie. C’est comprendre ce que nous sommes, comment nous fonctionnons pour apporter à notre organisme ce dont il a besoin. C’est prendre conscience que notre hygiène de vie, ce que nous faisons, comment nous mangeons, digérons, dormons, respirons, gérons notre stress, notre environnement au sens large – l’endroit où nous vivons, ce que nous lisons, écoutons, qui nous fréquentons – engendre des déséquilibres. C’est décider d’y apporter les modifications nécessaires.

« Le docteur Idrissou Nkouwap, pharmacien hospitalier à l’initiative du programme de l’ETP Chimio Guadeloupe, m’a, par ailleurs, sensibilisée à la pharmacocinétique – le devenir du médicament dans l’organisme – pour mieux adapter mon accompagnement aux différents traitements, sans en contrarier les effets ».

Opposes-tu médecine classique à médecine dite alternative, allopathie et naturopathie ? Comment se complètent-elles au mieux ?

Elles ne s’opposent absolument pas ! Dans mon approche « hygiéniste », qui est celle de l’école où j’ai été formée, elles ne s’opposent pas. Dans mon histoire avec la maladie, elles ne se sont pas opposées. Je ne parle d’ailleurs pas de pratique ou de médecine alternative mais de pratique complémentaire.

J’accompagne des femmes qui ont un cancer du sein, qui sont en traitement ou en passe d’entrer dans un parcours de soin. La naturopathie, fait partie des pratiques complémentaires aux soins oncologiques de support. Je ne l’envisage pas autrement.

Le docteur Idrissou Nkouwap, pharmacien hospitalier à l’initiative du programme de l’ETP Chimio Guadeloupe, m’a, par ailleurs, sensibilisée à la pharmacocinétique – le devenir du médicament dans l’organisme – pour mieux adapter mon accompagnement aux différents traitements, sans en contrarier les effets.

Chacune à sa place. Chacune doit rester à sa place.

A quel moment du parcours de soin est-il idéal de consulter une/un naturopathe ?

L’idéal, c’est un accompagnement dès l’annonce de la maladie, lorsqu’aucun traitement n’a encore été initié.

On dispose alors d’une marge de manœuvre plus grande, notamment pour mettre en place un accompagnement par les plantes, tant que le consultant n’est pas dans un parcours de chimiothérapie. Dans la pratique, c’est plutôt rare.

Même si les marges de manœuvre sont restreintes, je dispose de suffisamment d’outils pour accompagner mes consultantes et mes consultants sans risques. « Primum non nocere » : avant tout ne pas nuire.

Respirez !
La cohérence cardiaque c’est simple, c’est gratuit, c’est puissant.

En quoi cette pratique te semble-t-elle fondamentale dans l’appréhension de ce corps en plein tumulte, dans la compréhension de la maladie ?

Les données de l’INCA, l’Institut national du cancer, ont conforté ma pratique d’éducatrice de santé et mon approche hygiéniste. « Nous pourrions éviter 40% de cancers. Quatre cancers sur dix résultent de l’exposition à des facteurs de risque liés à nos modes de vie et comportements, et pourraient donc être évités (…) Cela représente 142 000 cancers évitables sur un total de 355 000 diagnostiqués chaque année en France » (INCA).

Même si le cancer est multifactoriel, il ne faut pas négliger la part relative à nos modes de vie et comportements. Consulter un naturopathe fait partie d’un processus dit d’«empowerment » des patientes. Empowerment se définit, pour un patient, par « sa capacité à identifier et satisfaire ses besoins, à résoudre ses problèmes et mobiliser ses ressources, de manière à avoir le sentiment de prendre ou de reprendre le contrôle de sa propre vie ». C’est tout l’objet de l’accompagnement des patientes atteintes d’un cancer du sein.

Il s’agit, cependant, de ne pas de culpabiliser : faire attention aux mots, faire preuve de psychologie. J’ai été patiente. Je sais la puissance créatrice des mots. Certaines phrases demeurent des années après. Je suis capable, sept ans plus tard, de vous citer toutes celles qui m’ont fait du bien, comme celles qui m’ont fait du mal.

Ne pas créer de « départs de feu » supplémentaires…

Comment se séquence un accompagnement ?

L’accompagnement va dépendre du protocole qui va ou a été mis en place par l’équipe médicale.

Schématiquement, il se décline en quatre phases :

  • Accompagnement avant/post opératoire
  • Accompagnement pendant/après la chimiothérapie
  • Accompagnement pendant/après la radiothérapie
  • Accompagnement pendant l’hormonothérapie

Parce que le temps du geste chirurgical n’est pas celui de la chimiothérapie, à chaque phase du parcours de soin correspond un objectif d’accompagnement spécifique par la naturopathie.

La première consultation dure souvent 1h30 au moins. Il n’est pas rare qu’elle dure 2h : nous avons beaucoup de choses à nous raconter. J’accompagne la plupart de mes patients du début à la fin des traitements et reste disponible à leur écoute.

Écouter, rassurer, encourager sont les compétences de base de mon métier.

Je porte trois casquettes durant cet accompagnement : naturopathe, intervenante en éducation thérapeutique du patient et ancienne patiente, survivante du cancer depuis sept ans. Ces trois casquettes s’entremêlent sans jamais s’opposer.

Comment finance-t-on cet accompagnement ? Certaines patientes doivent-elles y renoncer, faute de moyens ? Quelles sont, alors, les alternatives ?

Les consultations de naturopathie ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale. Certaines mutuelles en remboursent tout ou partie. Je ne facture pas à l’heure et ne majore pas une consultation qui dure plus d’1h30. Je ne facture pas non plus le temps passé à répondre aux questions de mes consultantes en dehors de la consultation.

Les patientes qui n’ont pas les moyens d’un accompagnement par un naturopathe ne sont pas démunies d’accompagnement pour autant. Elles peuvent se tourner vers la Ligue contre le cancer, vers un des espace de rencontres et d’information (ERI®) mis en place dans les centres de soins, vers un programme d’éducation thérapeutique du patient, une association de patients, un réseau tel que « Mon réseau cancer du sein ». Sans oublier les ouvrages, de plus en plus nombreux, écrits par des médecins, des naturopathes, des patientes, qui apportent des réponses et des conseils pour vivre au mieux la maladie.

La maladie a crée une opportunité de redessiner ma vie.
Le cancer m’a coachée.

Outre naturopathe, tu es donc ingénieure en Éducation thérapeutique du patient (ETP) et coordinatrice d’un programme – «  ETP Chimio Guadeloupe ». Quelle en est la ligne directrice ? Quelle est la colonne vertébrale de tes divers engagements ?

Le mélange de savoirs.

Savoirs expérientiels de la maladie, savoirs de patiente expert, savoirs de naturopathe, savoirs d’ingénieur en ETP. La colonne vertébrale de mes engagements c’est l’empowerment, l’autonomisation, l’invitation, l’incitation à être actrice/acteur de sa vie, de sa santé, de la maladie.

« Consommactrice » : « Fabrice de Jardiklin, agriculteur/paysan, chez qui j’achète mes fruits et légumes »

Quand estimes-tu devoir prendre du recul pour rester en phase avec toi, retrouver le lien avec la patiente, revenir à l’équilibre ?

Je suis très à l’écoute de mon corps. J’ai appris par la force des choses, par la force de ma fatigabilité, à différencier ce qui est urgent, de ce qui est important. Je connais mes limites, la capacité journalière de ma pile énergétique et planifie mes activités en fonction. Je sais dire non, maintenant. En cela, la communication non violente (CNV) m’a été d’un grand secours. J’ai appris, enfin, à donner à chacune de mes activités sa juste place, à veiller à un équilibre vie privée/vie professionnelle, tout ce que je ne savais absolument pas dans ma vie d’avant.

Quand vous commencez à ne plus prendre le temps de manger, de boire, à ne plus ou mal satisfaire vos besoins vitaux, ce sont des signaux auxquels il faut être attentif. Il faut être attentif aux signaux envoyés par votre entourage aussi, « tu es fatiguée », « on ne te voit plus » : eux, ils vous voient !

Je suis sollicitée par des entreprises pour des interventions sur la santé, sur le cancer, sur la prévention. Je partage alors mon ancienne vie professionnelle. Elle commençait à 4h du matin et s’achevait à minuit. Il y avait les plaintes de mes collaborateurs que je stressais avec des mails envoyés en pleine nuit. Comprenant que je les mettais en danger, j’ai arrêté, sans comprendre que moi aussi j’étais en danger. Quand vous commencez à ne plus prendre le temps de manger, de boire, à ne plus ou mal satisfaire vos besoins vitaux, ce sont des signaux auxquels il faut être attentif. Il faut être attentif aux signaux envoyés par votre entourage aussi, « tu es fatiguée », « on ne te voit plus » : eux, ils vous voient ! Je me souviens encore de cet échange avec une collègue : « Madame LAURENT, vous savez, les cimetières sont remplis de personnes qui se croyaient indispensables ».

A chacune, à chacun de méditer cette phrase. C’était un an avant que je ne tombe malade.

On espère longtemps retrouver sa vie d’avant.
Je vis ma vie rêvée d’après.

De quoi rêves-tu aujourd’hui ? Pour toi ? Pour les tiens ? Pour ton pays ? Pour le monde ?

Je rêve que personne n’ait à passer par l’épreuve de la maladie pour se reconnecter à ses besoins, pour questionner sa vie : qu’est-ce que je veux ? Quelles sont mes valeurs ? Ma vie est-elle en cohérence avec mes valeurs ? Quelle est ma place ? Quelle place j’accorde à ma santé ? Quelles sont mes priorités ?

Je rêve d’une énergie de guérison qui nous déleste des charges mentales héritées que nous portons, qui ne sont pas les nôtres, qui nous affectent, polluent nos agissements, nos comportements, notre rapport à nous et aux autres.

Je rêve que le plus grand nombre prenne conscience de son pouvoir de « consommactrice/consommacteur».

Quels conseils, nutritionnels, personnels, souhaites-tu partager ?

Je souhaiterais partager non pas des conseils, mais une invitation.  Une invitation à poser un autre regard sur la maladie.  Et si elle était une opportunité ? Pas une chance évidemment mais un opportunité de faire un « reset », un retour soi.  Nous sommes pour beaucoup désireuses de reprendre notre vie d’avant. Mais si c’était le moment de redessiner notre vie ? 

La roue de la vie.
J’invite les lectrices à découvrir cet outil, à le mettre en œuvre, à mettre en perspective la roue de leur vie d’avant, dans ce nouveau regard à porter sur la maladie

Un des outils que j’ai découvert dans ma dernière formation de coach santé et bien-être, c’est la roue de la vie. J’invite les lectrices à découvrir cet outil, à le mettre en œuvre, à mettre en perspective la roue de leur vie d’avant, à se poser la question suivante : quelle est cette vie d’avant que je veux retrouver ? Est-elle en accord avec la personne que je suis devenue ?  » Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre » disait Paul Verlaine dans « Mon rêve familier « . C’est en ce sens que le regard porté sur la maladie peut changer et devenir opportunité. Si elles le souhaitent, quand elles le souhaitent, quand elles s’en sentent la force, pendant les traitements, après, peu importe.

Qu’est-ce qu’une CAPITAINE, selon toi ?

Le mémoire de stage du diplôme universitaire en Éducation thérapeutique du patient (ETP), consistait à créer un atelier pour des patients. Je l’ai crée autour de la légende du colibri. Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie dans la forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le spectacle. Seul le petit Colibri continuait de s’activer. Après un moment, agacé par cette agitation, l’un d’eux lui dit : « tu penses véritablement y changer quelque chose avec ton petit bec ». « Sans doute pas » répondit le colibri « mais je fais ma part ».

La légende du colibri

« Capitaine » renvoie pour moi à capitaine d’équipe. Quand il s’agit de traverser cette maladie, il est important de constituer son équipe, de choisir avec qui on veut partager cette épreuve, qui l’on pourra solliciter en cas de besoin. C’est l’équipe médicale. C’est son entourage proche ou moins proche – famille, ami.e.s, collègues, voisin.e.s, etc.). C’est la naturopathe que je suis. C’est, enfin, la capitaine elle-même. Chacun fait sa part, nous tendons toutes et tous dans la même direction : éteindre l’incendie

Michelle anime des ateliers pour les Amazones.
J’ai présenté la naturopathie aux Amazones Paris.
Un second atelier est à venir, très prochainement, pour apprendre à gérer avec les outils de la naturopathie certaines effets secondaires de la chimiothérapie.

Liens
vers son site professionnel
sa page Instagram, très gourmande