#8mars – Naïmah, Carina, Claudine, Alexandra, Anne, Isabelle, Alexandra – Tributs de guerrières – 3 – Claudine, Présidente d’Amazones Paris

Claudine - Amazones Paris - Photo: Adeline Rapon

Elles interpellent la place que nous attribuons au corps, au nôtre, à celui de l’autre. Elles interpellent ce qu’il représente pour chacune d’entre nous: une image, créée, réelle ? Notre Être, en partie ? Notre tout ? Le réceptacle de nos états d’âmes ? Le maître d’oeuvre d’une vie de plus en plus mouvementée ? L’expression d’une féminité que l’on peine pourtant à définir ?
La thématique de la Journée internationale des Droits des Femmes en appelle cette année à la puissance des femmes de pouvoir. La parole donc à ces guerrières qui, bien involontairement, lancent des questions, osent des réponses et nous laissent pantoises, béates d’admiration face l’expression si naturelle d’une puissance, la leur, celle qu’elles (se) découvrent.

La parole t’appartient. Qui es-tu ?

Claudine, Amazone depuis 2007, présidente de l’association Amazones Paris

Quelle est la spécificité du Projet Amazones ? Quelles femmes viennent à votre rencontre ?

Projet Amazones symbolise le réseau de toutes les associations unies autour d’une même cause : changer le regard porté sur nous, les Amazones, en faisant vivre un réseau de solidarité et de sororité axé sur les problématiques propres aux territoires dits Ultramarins*.

Nous nous présentons telles que nous sommes, des femmes issues de ces territoires dits* d’Outre-mer, avec leur histoire, leurs influences, pour porter un regard authentique sur ce que nous sommes devenues: des femmes différentes, qui gardent leurs racines. Viennent à nous des artistes sensibles à cette histoire, celles qui saisissent ce besoin authenticité.

L’art est intemporel.
Il fige l’instant pour l’éternité, pour se souvenir que le plus dur est derrière nous, que le plus important est de survivre, de vivre.

Que promet l’art, cet intermédiaire que vous avez choisies ?

La mastectomie altère la féminité, le regard que l’on porte sur soi. L’art aide à se percevoir autrement, à se réapproprier son corps. L’art est instinctif, brut, sans fard. Il comporte une dimension poétique et humaine qui aide à se dévoiler, à s’accepter. L’art est intemporel. Il fige l’instant pour l’éternité, pour se souvenir que le plus dur est derrière nous, que le plus important est de survivre, de vivre.

Es-tu féministe, Claudine ?

Oui. Le féminisme que je revendique est un féminisme intersectionnel. Je souhaite que toutes les femmes touchées par le cancer aient accès aux mêmes droits, aux mêmes possibilités. Je revendique de pouvoir porter une perruque afro, une prothèse mammaire externe et un fond de teint de ma carnation. Tous ces produits sont difficilement accessibles voire inexistants dans le commerce. Ce n’est pas acceptable. Nous devons être considérées dans toute nos dimensions et particularités.

L’autre axe est celui de la parole des patientes qui devrait être mieux entendue, écoutée. Nous ne sommes pas des corps, des diagnostics. Nous sommes des femmes, chacune avec sa sensibilité. Nous méritons le respect et la dignité dans toutes les relations médicales. Si nombre de médecins en ont conscience, un travail doit être poursuivi.

Grossophobie, pilosité, chevelure, vergetures : comment perçois-tu cet attrait du féminisme pour la chose corporelle, les questions attenantes au corps ?

Les femmes investissent tous les sujets qui les concernent. Longtemps, elles ont répondu à des critères de beauté imposés par la société et par les hommes. Elles veulent désormais définir une féminité nouvelle, se sentir bien dans leur corps. Elles assument d’être grosses, minces, grandes, petites, poilues, imberbes, etc. Tant mieux.

« Non, décidément, il n’y a pas de mal à vouloir être belle.
Il serait temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal non plus à vouloir être »

Mona Chollet

Quel rapport entretiens-tu avec ton corps ?

J’ai d’abord pensé qu’il m’avait trahi, qu’il avait accepté que le cancer s’insère dans ma chair, si près du cœur. Je me suis sentie coupable de n’avoir pas pris assez soin de ce corps qui m’accompagne depuis ma naissance. Après un travail personnel, empreint de méditation, de lectures, de développement personnel, j’ai compris qu’il m’a alertée sur un dysfonctionnement profond. Aujourd’hui, je me sens en phase, asymétriquement beautiful (belle).

Que raconte le corps de l’autre ?

Ce qui m’intéresse surtout, c’est ce qui se cache derrière ce corps…

« Je » n’est plus un autre.
« Je » deviens « moi », une promesse, un défi ».

Tania de Montaigne

Les membres du bureau 2019-2020 d’Amazones Paris

Quel rôle joue des associations telles que Projet Amazones dans la perception du Cancer du sein ?

Le cancer fait peur encore aujourd’hui et continue de provoquer un sentiment de honte, parfois de culpabilité. Des associations comme Projet Amazones changent ce regard. Elles incitent les femmes à s’accepter, avec ou sans cheveux, avec un ou deux seins, parfois sans. Ce qui importe, ce n’est pas la façon dont les femmes et les hommes perçoivent le cancer, c’est comment nous, patientes, anciennes patientes, le percevons. Avec beaucoup d’amour et de bienveillance pour nous-même, en acceptant l’idée que perdre un sein ne diminue pas notre féminité, nous arrivons à faire évoluer le regard d’autrui. En résumé et en conclusion, cette citation de Tom Peters, elle fait écho en moi : “le changement est une porte qui s’ouvre de l’intérieur

« Il faut connaître sa propre magie pour la rendre effective.
J’irai débusquer la mienne ».

Léonora Miano

Quel est ton avis, Claudine, sur le terme « Reconstruction » ?

La reconstruction recèle une dimension psychologique et physique alors que bien souvent, seul le second aspect est appréhendé. La reconstruction psychologique est importante. Elle passe, pour nous, par l’art, par un suivi médical ou paramédical, pour faire le deuil du corps dont on a hérité à la naissance. Selon moi, la reconstruction physique elle-même possède une double dimension. On peut choisir de refaire le sein perdu: c’est une reconstruction palpable, chirurgicale. C’est celle que j’ai choisie. Dans ce cas, vous apprivoisez un nouveau corps, avec un nouveau sein, qui ne remplacera jamais celui que vous avez perdu. On peut choisir de ne pas refaire le sein. C’est une reconstruction différente, avec une cicatrice, une nouvelle poitrine qu’il faut également redécouvrir et apprendre à aimer.

Je ne suis pas mon cancer.
Je suis une Amazone, une femme qui se redécouvre et s’assume telle qu’elle est.

Beaucoup pensent que c’est plus facile de refaire le sein. Je pense que c’est différent. Dans les deux cas, il y a eu maladie, perte d’un sein pour rester en vie, pleurs, cris, douleurs, souffrances, puis renaissance.

La maladie a-t-elle changé ta vision de la relation ? De l’amour ?

L’amour, le vrai, la confiance sont le ciment d’une relation solide. Je suis en couple depuis plusieurs années. Mon mari a toujours été à mes côtés. Il m’a toujours témoigné son amour. Se sentir belle dans le regard de l’autre, cela aide à être femme avec ses citatrices, à s’aimer, à s’accepter. Maya Angelou écrivait: « tu ne peux contrôler tous les événements qui t’arrivent, mais tu peux décider de ne pas être réduite à eux ».  Cela résume bien mon état d’esprit. Je ne suis pas mon cancer. Je suis une Amazone, une femme qui se redécouvre et s’assume telle qu’elle est.

« Je danse la vie… ». La légende est d’elle, la photo d’Adeline Rapon

Qu’est-ce que la beauté ? Qu’est-ce que la force ? Qu’est-ce que l’ambition ?

La beauté est une question de perception des choses et de la vie.
La beauté est sincérité, authenticité, simplicité.
La force s’accroît dans l’adversité. Elle cultive l’espoir de lendemains meilleurs. Elle est cette petite étincelle qui brille au fond de chacun.e de nous et nous rappelle qui l’on est et ce que l’on est capable d’endurer pour vivre, voir ses enfants grandir, ses parents vieillir.
L’ambition est de toujours vouloir le meilleur pour soi. Cela suppose une analyse juste des situations et une capacité à apprécier ce que l’on a. Sinon, elle mène à la frustration.

Quelles sont les tiennes, d’ambitions ?

Être moi, en toutes circonstances. Aimer mes proches, rester en bonne santé. J’ai également l’ambition de changer le regard que toutes ces femmes portent sur elles, grâce à Amazones Paris et les membres du bureau qui m’accompagnent.

2019, la Ronde Lanmou, avec les soutiens de la premiére heure parmi lesquelles Clémence Botino, Miss France 2020

Le mot de la fin ?

Gardons ces valeurs d’amour, de respect, de bienveillance et de solidarité qui font le ciment de notre société. Gardons l’humain au centre de nos actions.

La force s’accroît dans l’adversité. Elle cultive l’espoir de lendemains meilleurs. Elle est cette petite étincelle qui brille au fond de chacun.e de nous et nous rappelle qui l’on est et ce que l’on est capable d’endurer pour vivre, voir ses enfants grandir, voir ses parents vieillir.

Amazones Paris

Facebook/Les Amazones Paris
Courriel: paris@projetamazones.com

*Je n’adhère pas à la terminologie « Territoires d’Outre-mer », d’où l’astérie et l’ajout « dits d’Outre-mer ». Pour toute question, laisser un commentaire.

Destination finale: la Martinique