Spéciale #SaintValentin – Marie – S’autoriser le plaisir

Puissante. Injonction ? Envie ? Besoin ? Puissante est le nom de la marque fondée par Marie Comacle. Avant d’être une affaire de plaisirs, ses jouets sont une question de bien-être. L’écrire, c’est réaffirmer les évolutions en cours. Les paroles se libérent. Les envies, les désirs, les besoins propres s’expriment. Tant mieux si le bruit dérange.

Qui es-tu, Marie ?

Je m’appelle Marie. J’ai 28 ans. Je viens de Vannes, en Bretagne. Après une école d’ingénieur.e.s et de commerce, après avoir cherché ma voie professionnelle, il me semble, en tout cas je l’espère, l’avoir trouvée : j’ai crée Puissante et Coco.

« Nous voulons être des femmes convenables. Si le fantasme apparaît comme trouble, impur ou méprisable, nous le refoulons.
D’abord convenir, d’abord penser à la satisfaction de l’autre.
Tant pis pour ce qu’il faut taire en nous (…)
Nous sommes formatées pour éviter le contact avec nos propres sauvageries ».

Virginie Despentes, King Kong théorie

Pourquoi Puissante ?

Parce que je suis intimement persuadée que découvrir son corps, se découvrir, permet d’être bien avec soi, de prendre confiance en soi et de se sentir puissante. Je pense que notre relation à nous-mêmes est primordiale. Être à l’aise dans sa sexualité, avec son corps fait partie du bien-être global.

Le plaisir d’être chez soi

Tu es Vannetaise, Bretonne et tu ne t’en caches pas. Il s’agit là aussi d’une nouveauté : la décentralisation des créativités et des entreprises. Comment envisages-tu l’avenir : travailler de Bretagne ou t’installer dans la capitale ?

Travailler en Bretagne ! J’ai eu l’occasion de travailler à Paris, un temps mais aujourd’hui, je suis installée à Vannes et suis très heureuse ainsi. Je crois que j’ai besoin de la mer pour être bien. Cela ne m’empêche pas de faire des aller/retours pour certains rendez-vous, les événements importants.

L’érotisme est l’une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie.”

Anaïs Nin, Être une femme et autres essais

Le plaisir de choisir

La conscience du corps, du plaisir féminin est un choix politique, n’est-ce pas ? Comment y es-tu parvenue ?

Oui, c’est politique. Et c’est à force de lectures que j’en ai vraiment pris conscience. Souvent les personnes ne le comprennent pas directement. Elles trouvent le sujet futile et ne voient absolument pas l’intérêt d’en parler et encore moins de considérer cela comme politique. Aujourd’hui, je pense que ce qu’il se passe en chacun.e de nous, dans nos intimités, est politique. Entre choisir pour soi ce qu’on aime ou non, décider de ce qu’on veut dans sa sexualité et dans son boulot, il n’y a qu’un pas. Choisir, c’est sur tous les plans. Se faire plaisir également. L’acceptation du plaisir est globale. S’autoriser le plaisir sexuel, c’est ouvrir la voie à d’autres plaisirs, en cascade. J’y suis arrivée assez naturellement parce que je trouvais dingue de voir des femmes se refuser tout cela sans même en avoir conscience.

Entre choisir pour soi ce qu’on aime ou non, décider de ce qu’on veut dans sa sexualité et dans son boulot, il n’y a qu’un pas

Quels regards, quels retours reçois-tu de ton entourage, proche et plus éloigné ? Quel impact ton entreprise a-t-elle sur tes rencontres ?

Je reçois quotidiennement des messages de femmes et d’hommes me remerciant de lever les tabous sur ces sujets, d’enclencher le débat et d’offrir cette possibilité de se faire du bien sans entrer dans un sexshop traditionnel. La plupart des retours sont donc très positifs… ou étonnés. Dès que j’explique le pourquoi et le but de ma démarche, on me comprend. Certaines personnes auraient même tendance à devenir aussi militante que moi sur ces questions.

Il y a quelques années, le côté étonné ou carrément négatif primait. Les mentalités ont réellement évolué et c’est une bonne chose. Le fait qu’on ne parle pas seulement de sexualité mais aussi du bien-être que cela procure aide beaucoup, je pense.

Concernant mon entourage professionnel, je dois dire que je rencontre des personnes géniales, d’une bienveillance totale. On parle de sujets tellement intimes ! Pour travailler là-dessus, on est forcément “vrai.e”. Et ça, je trouve ça vraiment géant. En plus, au vu de la complexité entrepreneuriale de ce domaine, tout le monde se sert les coudes.

Vous êtes la personne la plus importante de votre vie

Aujourd’hui, lorsque je rencontre de nouvelles personnes et que je leur annonce ce que je fais, c’est quitte ou double. Soit je connais leur vie bien plus rapidement que si je faisais quoique ce soit d’autre, car ils ont tendance à se confier très facilement sur ces sujets, soit ils sont un peu méfiants, comme s’ils avaient peur que je les analyse! Mais, généralement, c’est très bien accepté.

Le plaisir est un choix politique

*Coco est donc le produit que tu développes aujourd’hui. Quelles sont ses particularités ? Quels sont tes objectifs ?

*Coco est bleu, c’est une particularité en soi. Il propose une alternative. Il a la possibilité d’aspirer la partie externe du clitoris et/ou de pénétrer, ce qui est important pour bon nombre de femmes. Parce que nous sommes tout.e.s différent.e.s, il était important pour moi de proposer un accessoire qui conviendrait au plus grand nombre.

« Il existe en chacun de nous une terre à aimer, un sol à partir duquel l’être [fait] germer ses offrandes à la vie »

Léonora Miano, Crépuscule du tourment

Quelle place tient, selon toi, le plaisir dans la connaissance de soi ?

C’est très important de connaître son plaisir et de savoir comment se faire plaisir. Pour soi d’abord. En tant que femme, on est souvent dans le “care”. On fait attention aux autres. On s’assure que tout soit ok, etc. Prendre le temps de se faire plaisir, à soi uniquement, c’est parfois plus rare pour certaines d’entre nous, pourtant c’est primordial. La masturbation permet de se connaitre. De savoir ce que l’on aime ou non. De savoir que l’on peut “compter” sur soi. Que finalement, il n’y a pas “besoin” de l’autre. Loin de moi l’idée de militer pour le célibat. Il s’agit simplement d’expliquer qu’il est important d’être bien avec soi.

Si nous étions toutes et tous épanoui.e.s, le monde serait sacrément différent ! Alors oui c’est important. Et oui, c’est politique.

Quelle est ta position sur la relation, sexuelle mais pas uniquement, sur le couple notamment ?

Comme le dit Elsa Wolinski dans son interview pour Puissante, “je comprends mieux le mot Puissante maintenant, il y a une forme de puissance à contrôler son propre plaisir”. Être bien avec soi est le seul moyen d’être bien avec l’autre (les autres). Pour être vraie, être soi, et de façon plus pratico-pratique, expliquer ce que l’on aime ou non ce qui, très sincèrement, facilite la vie de tout le monde. Si nous étions toutes et tous épanoui.e.s, le monde serait sacrément différent !

Pour la Saint-Valentin, quel message d’amour souhaites-tu transmettre ?

Je ne suis pas une grande fan de la Saint-Valentin mais si je devais transmettre un message ce serait de s’aimer. Profondément. Car vous êtes la personne la plus importante de votre vie.

« Ne pas vouloir se masturber, c’est ok.
En revanche, ne pas pouvoir par gêne ou honte c’est dommage.
Et je sais que c’est un grand pas pour certain.e.s.
Mais croyez-moi, le sentiment de confiance et de self-love que cela apporte est bien plus grand que toutes ces peurs réunies.
Se découvrir et prendre conscience de tout cela, c’est une véritable révélation ».

Page Puissante

*Plus que quelques jours, pour soutenir COCO sur Ulule.
La route du plaisir passe par ici.