#Octobrerose – Joëlle: artiste, médecin, femme authentique

#Octobrerose. Une soirée de soutien. Elle tente sportivement de se glisser entre deux tables dressées pour l’occasion. Impossible : il n’y a pas assez d’espace. Les tables sont massives. Elle décide de les déplacer. Deux hommes assis en face lui viennent en aide : « C’est l’histoire de ma vie, plaisante-t-elle : des objectifs trop grands pour mon métre cinquante… ». Quelques minutes plus tôt, Joëlle exposait les détails « les moins techniques » de sa spécialité, l’oncologie. Rencontre.

Commençons par les présentations…

Je suis Joëlle OTZ, d’origine Guadeloupéenne, docteur en oncologie-radiothérapie, artiste-auteur, compositrice et interprète, connue sous le pseudonyme de Barone.

Pourquoi avoir choisi l’oncologie ?

J’ai choisi cette spécialité suite à une stage d’externat à l’hôpital Beaujon. Un des médecins du service faisait preuve d’une grande empathie envers ses patients, ce qui m’a beaucoup touchée. La prise en charge en oncologie nécessite une approche pluridisciplinaire, notamment avec les spécialistes d’organes, les chirurgiens, les radiologues, les anatomopathologistes et les soins supports… C’est tout ce qui rend les discussions riches et chaque cas unique. La recherche est également un aspect très attractif de cette spécialité.

L’idéal serait de pouvoir proposer des traitements sur mesure à chaque patient en fonction des mutations spécifiques de chaque cas.

Sur quoi porte la recherche en oncologie aujourd’hui ? Quels espoirs pourraient à terme devenir réalités ?

La recherche en oncologie médicale porte beaucoup sur les thérapies ciblées et l’immunothérapie qui offrent dans certains cas d’excellents résultats avec des effets secondaires souvent mieux tolérés que la chimiothérapie classique. L’idéal serait de pouvoir proposer des traitements sur mesure à chaque patient, en fonction des mutations spécifiques de chaque cas. Les techniques de chirurgie et de radiothérapie sont de plus en plus précises. Cela permet déjà de réduire les délais de traitement ainsi que les effets secondaires.

Que signifie #Octobrerose pour toi ?

Octobre rose est un mois de sensibilisation, de partage et d’échange autour de la lutte contre le cancer du sein. Un mois durant lequel les différentes actions et acteurs au niveau médical, paramédical et associatif sont mis en lumière. Il offre une dimension plus sociale et plus humaine à notre spécialité du fait de la médiatisation des actions menées, de la mise en place d’ateliers, conférences, reportages ciblants les patients, accompagnants ou populations à risque. J’aime beaucoup ce mois, car on donne de la visibilité aux soignants et aux patients, avec bienveillance, dans un cadre bien déterminé.

Le traitement fait aux soignants peut ne pas l’être, bienveillant ?

Le système capitaliste se fait malheureusement ressentir dans le fonctionnement du système de santé. C’est un sujet assez vaste que je ne développerais pas ici mais on a parfois l’impression que l’humain n’est plus au centre des décisions et que l’on priorise l’activité au détriment de la qualité.

On a parfois l’impression que l’humain n’est plus au centre des décisions et que l’on priorise l’activité au détriment de la qualité.

Ne regrettes-tu pas l’existence d’autres temps forts de ce genre sur d’autres cancers graves, qui « se soignent bien » lorsqu’ils sont pris à temps, l’utérus ou, pour sortir du cercle féminin, la prostate ou le côlon, par exemple ?

Il y a Movember, le mois de Novembre dédié à la prévention du cancer de la prostate. Ainsi, les hommes sont invités à se laisser pousser la moustache dans le but de sensibiliser le grand publique au cancer de la prostate. Il y a aussi Mars bleu, le mois dédié au dépistage du cancer du côlon. Ces mouvements sont moins populaire qu’Octobre rose mais, sans parler de regret, je dirais qu’il y a des axes de communications à développer.

Outre Octobre rose, il y a Movember, le mois de Novembre dédié à la prévention du cancer de la prostate. Il y a aussi Mars bleu, le mois dédié au dépistage du cancer du côlon

Empathie. C’est un mot qui revient souvent dans les articles/entrevues te concernant. Comment concilie-t-on médecine et empathie, proximité et distanciation ?

Il s’agit de trouver un équilibre entre l’écoute du patient dans sa globalité, pour bien prendre en charge sa pathologie oncologique, mais également de détecter les problématiques d’ordre psychosociales, l’angoisse liée à l’annonce. Tout cela avec les outils qui sont à notre disposition : temps et lieu de consultation, équipes de soins de supports… Il est important de garder une certaine distance pour ne pas se laisser envahir par l’émotion, pour toujours rester clairvoyant dans ses décisions.

Comment concilies-tu cette spécialité, souvent humainement très douleureuse, avec ta vie personnelle ?

Je passe énormément de temps à l’hôpital mais j’ai heureusement des exutoires, le sport et la musique, qui me permettent d’évacuer pendant mon temps libre. Je reçois également un soutien infaillible de mon entourage proche qui joue beaucoup dans mon équilibre. Paradoxalement, les patients qui présentent les pathologies avec des pronostics sombres ou engagés font preuves d’une grande sérénité. Ils sont parfois eux-mêmes très apaisants. C’est là une autre beauté de cette spécialité.

Quelle place la médecine accorde-t-elle à l’amour dans le processus de soin, notamment dans ta spécialité ?

Je n’ai pas bien compris ce que tu entends par « amour »: place des partenaires? Impact des traitements sur la libido? Fonction sexuelle ?

(Sourires). L’Amour avec un grand A. Celui qui comprend tout à la fois l’ouverture, la compassion, le don de soi, l’altruisme. Comment rime-t-il avec le cartésianisme médical ?

Cela serait une excellente question subsidiaire du concours de médecine. Difficile à formulée en QCM ( question à choix multiples)…

(Sourires)

Joëlle

La médecine est avant tout une science et la formation actuelle, en tout cas en France, préconise une connaissance précise des recommandations, basée sur des forts niveaux de preuves et une analyse critique des situations. Je pense que l’amour dans l’exercice de la médecine est plutôt une question de personnalité ou de tempérament. Ce n’est malheureusement pas une évidence. La relation de confiance qui s’établit entre le patient et le médecin est également parfois complexe et basée sur des attentes qui varient d’une personne à une autre. Certains patients préfèrent un médecin froid mais performant d’autres un médecin chaleureux et humain, même s’il est moins à jour sur les dernières recommandations.

Peut-on parler de ta vie personnelle ?

Oui brièvement.

Femme, artiste, médecin : comment classerais-tu ces trois facettes de ta personnalité et pourquoi ?

Le classement cartésien et pragmatique est :
Femme, médecin, artiste
Le classement de coeur serait:
Artiste, médecin, femme

Artiste-chanteuse de dance hall et oncologue. Comment cette diversité d’être est-elle perçue par ton entourage familial, professionnel ?

Ma famille m’a encouragée à poursuivre ma carrière médicale. Elle m’a encouragée à poursuivre ma passion en parallèle. Je partage la même passion pour la musique que mon conjoint ce qui je pense est une chance.

La société se base beaucoup sur l’apparence ou la profession pour juger des qualités intrinsèques d’une personne. Une fois conscient.e de cela, il faut savoir prendre du recul sur l’image que l’on donne.

Pourquoi le dance hall ?

Le dancehall est une musique populaire dans laquelle on peut parler de tout sur des rythmes dansants. J’aime son énergie. Elle a bercé mon enfance. J’ai assisté et participé à de nombreux sound systems durant mon adolescence. C’est mon grand frère, également artiste, qui m’a encouragée à m’exercer dans ce registre.

Récemment, un débat enflammait les réseaux sociaux : il portait – encore une fois – sur la tenue de certaines jeunes femmes dans les rues pointoises. En substance, pour obtenir le respect, une femme doit « commencer par se couvrir »… Que penses-tu de ce type de positionnement qui ne souffre d’aucun décalage, quelque soit l’endroit où il s’exprime ?

Je pense que l’habit ne fait pas le moine autant que la blouse ne fait pas la Barone. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Je sais juste que la société se base beaucoup sur l’apparence ou la profession pour juger des qualités intrinsèques d’une personne. Une fois conscient.e de cela, il faut savoir prendre du recul sur l’image que l’on donne, celle que l’on veut donner et celle que les tierces personnes perçoivent. Paroles de caméléon !

Barone

Mes modéles ? Ma mère, Christiane Taubira, Marie Curie et Michelle Obama

Quelle est la chanson qui te rend la plus fiére ? S’il en existe plus d’une, n’hésite pas…

Fire, morceau que j’ai écrit en hommage à mes patients.

Laquelle choisirais-tu en guise de message aux jeunes filles/femmes ambitieuses et multiples telles que toi ?

Anonymat. C’est une chanson dans laquelle je parle de ma volonté de réussir et de surmonter l’adversité pour ne pas sombrer dans l’anonymat.

Question de magazine – elles ont le mérite de plaire à tout le monde – quelles sont tes modèles dans la vie ?

Ma mère, Christiane Taubira, Marie Curie, Michelle Obama.

Comment t’imagines-tu dans une dizaine d’année ?

Artiste au service des patients 🙂

Le mot de la fin ?

Merci.