#Octobrerose – Katoudja – Quel est donc ce lien qui lie une mére à son fils ?

Il existe, dit-on, un lien indéfinissable entre une mére et son fils. N’Toné a six ans aujourd’hui. C’est un enfant vif et souriant. Comme tous les petits garçons, il rêve d’être un super-héros. Spider-man. Pour tisser sa toile et voler dans les airs. Il avait deux ans lorsque Katoudja, sa mére a appris, « au bout de quatre mois de suspicion », être atteinte d’un lymphome hodgkinien.

Il avait deux ans et, assure-t-elle, tout dans son attitude signifiait qu’il avait compris la gravité de la situation. Comment ? Comment le savoir. « J’ai dû le sevrer brutalement. Il y avait la chimio. Il y avait les conséquences : vomissement, fatigue extrême, faiblesse du corps et de l’esprit. C’était très dur pour lui, pour mon compagnon aussi, auquel je n’ai rien à reprocher : il a tout supporter. Dans un silence éprouvant pour lui. Il préférait tout garder ». N’Toné était très calme, étrangement obéissant, un bébé tranquille qui semblait ne pas vouloir déranger.

Une histoire pour parler de la vie avant, pendant et aprés

Ce mardi soir, il ne tient pas en place. Il est là. Partout. Dans la piéce, sur les genoux de sa mére, qu’il accapare de ses bras, de son corps, de ses baisers. « On pense que les enfants ne comprennent pas mais ils comprennent. Il est donc essentiel de poser, très vite, très tôt, des mots sur cette maladie, de l’expliquer. La communication est importante. On a tendance à la laisser de coté ».

Il était une fois une maman qui vivait avec son mari et son petit garçon. Elle est allée voir le medecin qui lui a annoncé qu’elle était très malade – Expliquer ce qu’est le lymphome hodgkinien, le stade 4. En rentrant à la maison, la peur au ventre, son petit garçon lui a donné la force de combattre, de combattre pour lui, de combattre pour eux.

Ce livre que prépare Katoudja sera une histoire. « Pour parler de la vie avant, pendant et aprés ». Pas grand chose: un texte ponctué de dessins de la vie quotidienne. Comme souvent, tout tiendra à l’illustration. N’Toné opine par petits bruits de langue, son front posé sur la poitrine de sa maman.

Asusu

Existe-t-il une relation particulière entre une mére et son fils ? Vous poseriez la question au mien, il repondrai d’emblée que non. Rien de particulier à avoir grandi avec sa mére. Sinon le temps qu’il prend pour entrer en relation, le regard, cru et tendre à la fois, qu’il pose sur l’autre féminin. Les amies sont des amies quant aux autres…

N’Toné a une amoureuse. Et une amie. Sa maman est célibataire depuis un peu plus d’un an. « Cela viendra quand cela viendra. J’ai envie de prendre le temps de l’épanouissement ». Et puis sa vie est tellement remplie : d’histoires, de livres, d’envies, d’idées parmi lesquelles une marque de vêtements, Asusu. Pour vulgariser les langues africaines. « Le premier produit que j’ai crée est un tee shirt ».

Asusu signifie « langue » en ibo. « J’ai choisi des mots de la vie de tous les jours, « bonjour », « merci », « au revoir », de conserver un état d’esprit simple et authentique« . La nouvelle collection sortira en octobre.

Dire, écrire, parler pour exhumer la bête qui l’a fait taire. « Je te chasse hors de moi. Va-t’en messager de la mort : tu ne seras pas le plus fort. Je te vaincrai, tu verras ».

Parler à son fils, aux autres fils, aux autres filles.«  Cette bête essaie de me gérer, j’ai mal partout. Mes membres m’abandonnent. Je perds ma lucidité. J’ai peur d’être terrassée». Parler, raconter, exorciser, avancer. « Mon pére étant poéte. J’ai été bercée par la littérature. Le recueil de poésie à venir sera scindé en deux parties : mon vécu d’avant, la revanche ensuite. Partir de la tristesse pour aller vers la joie

Makalé

18h45.
Plus remuant que jamais, N’Toné observe les minutes défiler sur le dictaphone.

« Cette maladie a donné un coup de fouet à ma vie. Après, j’ai vraiment changé. Je prends la vie différemment désormais ». De l’élan de la renaissance est née Makalé, une association pour aider les femmes à s’émanciper.

Makalé ?

Makalé Children and women, plus précisément. « Quand j’étais petite, ma grand-mére aidait les femmes de son entourage. Veuve à 21 ans, avec trois enfants, elle a été obligée de s’en sortir, de se battre pour ses enfants. Elle est morte, il y a deux ans, à 100 ans. Le plus beau cadeau que je pouvais lui faire était de donner son nom à cette association». L’institution soutient les femmes artisantes, à user au mieux de leur main, à se saisir de leur destin. Elle soutiendra les enfants, l’enfance. Jusqu’où ? Tant qu’il le faudra.

N’Toné intervient, interrompt, questionne, interpelle, inquiet. Elle le berce encore. Il se laisse porter par le mouvement. « Ce combat qui ne fut pas banal a endurci mon mental ».

« Cette maladie est solitaire… »

Cette maladie est solitaire, poursuit- elle « Dans la chambre, on est seule. On se pose dix mille questions. Quand on sort de là, on a envie de dire, de tout raconter, d’extérioser ce que l’on a vécu. On nous injecte tellement de « poisons », qu’à la fin, il faut qu’on le vomisse. Cela passe par la parole ». C’est triste, ce que tu dis, Maman, commente Toné. Il cherche des yeux son regard. Elle abaisse sur lui des yeux tendres. L’heure du dîner a sonné. Elle lui tend une petite cuillére de miel, pour adoucir les derniéres impatiences.

Octobre rose

« Limiter efficacement les conséquences de cette maladie: c’est cet espoir qui a réuni, pour la première fois, il y a 25 ans, un groupe de cosmétique, Estée Lauder France, le magazine Marie Claire, membres fondateurs historiques de l’Association qui portera le nom de cette campagne « Le Cancer du Sein, Parlons-en ! ».
Ce partenariat français a été créé pour que le mois d’octobre de chaque année soit une plate-forme d’information, de sensibilisation, de dialogue et de lutte contre le cancer du sein »
. (Cancerdusein.org)

Octobre rose ne signifie rien. « Pour moi, ce n’est qu’un symbole, comme la Saint-Valentin. Des femmes, des hommes, des enfants meurent tous les jours de cette maladie ».

Le cancer a pris sa tante – elle est morte dans ses bras -, trois proches ont survécu au cancer du sein. Il rôde depuis toujours.

Pour elle, Octobre rose ne signifie rien. Pourtant, il est bien là. Il existe. Pour entendre. Pour comprendre. Pour que d’autres puissent à leur tour, poser des mots sur le terrible, raconter l’indicible, terrasser l’inadmissible, dépasser tous les possibles et peut-être aussi, pourquoi pas, parvenir à définir ce lien que l’on dit indestructible, incorruptible.