Petit carnet de route #4 – Lyon – Se libérer des a priori, garder l’esprit ouvert

Tout avait si mal commencé : la nuit, trop courte, la course contre-la-montre matinale, la fatigue de la semaine, le train manqué, la question cruciale – racheter un billet en gare, au prix fort ou tout annuler ? – la colère adjacente au doute quant au maintien ou non de ce week-end de détente à Lyon prévu depuis deux mois…

Un plan…

Prévoir est un état d’esprit dont la piéce maîtresse est la planification. Prévoir les diverses activités, les distances, les délais, les dépenses – imprévues et impondérables -, les aléas de la route comme du voyage. Prévoir et planifier sont-ils impératifs pour passer de bonnes vacances ? Sommes-nous égaux face à la planification ?

Tout ne tiendrait, selon les témoignages recueillis ici et là, qu’à une bonne gestion de son temps. Tout ne tiendrait qu’à laisser le moins de place possible au hasard et à l’imprévu. Tout ne tiendrait qu’au calcul, ajoutent les mêmes sources. Ce n’est certes pas très sexy mais cela évite de voir son budget exploser avant même d’être arrivé.e à destination. Et puis, qu’est-ce que cela coûte de tout vérifier une derniére fois, la veille en fin de journée ou plus tard dans la soirée ? Cela coûte du temps. Et le temps, on ne l’a pas forcément.

Il y a ceux qui ont droit à l’erreur et puis il y a les autres, vraisemblement beaucoup plus nombreux

Parce qu’il faut préparer le dîner, ficeler la semaine pour partir l’esprit tranquille. Parce qu’il y a ce coup de fil urgent à passer et que ce rendez-vous-là était prévu de longue date. Faut-il tout prévoir pour passer un bon séjour ? Il y a celles et ceux qui ont droit à l’erreur et puis il y a les autres, vraisemblablement plus nombreux. Un train manqué, un billet en poche malgré tout et un bras perdu pour le payer plus tard, la route défile à la fenêtre du train qui, ô surprise, traverse des zones sans wifi. Faudra-t-il véritablement cesser de travailler sans avoir boucler la semaine ? Comment tout faire, par à-coup, avant l’arrivée prévue dans une heure quarante-cinq ?

Ce temps qui file, qui manque tout le temps…

Tout avait donc mal commencé et la route était encombrée par ces sempiternelles colères contre soi, ces remises en question qui ne durent pas plus long que le temps de les exprimer voix haute, ces regrets de n’être pas assez ci, de n’avoir pas fait cela et tous ces si j’avais mieux et j’aurais dû !..

Se reprendre.

Pause Terreaux

Se conditionner pour passer un bon week-end. Tout ranger dans un coin, là où il reste de la place. Le train entre en gare de Perrache. Où se situe l’hôtel déjà ? Nouveau moment de panique…

La vie, c’est ce qui arrive lorsque tu es occupé.e à faire d’autres projets » (John Lennon)

Panique inutile puisque l’hôtel est là, juste au pied de la gare, comme l’indique le GPS, objet de maîtrise et planification, par excellence. Nous voilà entrer dans le rang des gentils organisateurs. Tant mieux. Tant mieux parce que la température frôle 50°C (40°C en vérité mais la panique et la chaleur décuplée par elle entraîne une légère propension à l’exagération…). Tant mieux parce que les affaires peuvent être déposées, les épaules soulagées. La ville semble endormie. Où sont les gens ? Ils sortent plus tard, quand il fait moins chaud. Cette découverte-là fait son effet : elle apaise, ralentit le rythme. Elle pause. Un pas de plus vers la transition, le nouvel état d’esprit à adopter au plus vite pour en profiter. Une pause, voilà qui sera parfait une fois fait un tour alentour du Musée des Confluences, dans la zone sud de la ville, une fois le tramway repris pour rejoindre la station bien nommée Liberté. Liberté.

Métro – Station Croix-Paquet

Se laisser aller au hasard ? encore ? Allez !..

En route vers l’inconnu, la visite continue malgré tout: les quais du Rhône ou la Saône – Où est le GPS ? -, une guinguette et un pont, le pont Guillotière, la traversée avec vue sur l’Hôtel-Dieu et le soleil qui tape fort, la faim qui pointe mais l’envie plus solide que jamais d’en profiter, d’en voir le maximum, aujourd’hui, maintenant. Au hasard d’un boulevard, puis d’une route, arrivée Place Bellecourt. Où allons-nous déjeuner ? Outre les fast food connus, rien qui en vaille la peine ici. C’est l’été. C’est fermé. Chaleur et agacement. Décidement, prévoir, savoir, c’est peut-être mieux. Pour éviter cela, l’aléatoire, la recherche, le temps perdu. Tenter cette rue ? Se laisser aller au hasard encore ?

Gagné !

Un déjeuner typique plus tard, il faut souscrire à la tradition, composer avec la température, rentrer, se reposer, prendre le temps enfin. Enfin, le temps des vacances s’installe. Celui des surprises ne fait que commencer…

« Avec la chance pour compagne et le courage pour guide » (Devise de Lyon)

Quelques heures et quelques degrés passés direction un quartier qui n’existe pas sur les cartes touristiques. Sortir des sentiers battus et s’abandonner une fois de plus au hasard : il ne suffira pas d’un train manqué, de bouffées de chaleur ni de quelques crises de panique pour changer un état d’être aussi confortablement installé même s’il faut, pour cela, rencontrer des visages perplexes quant au choix de la balade, retirer de l’argent dans une rue déserte…

La boulangerie du Prado: « On y entre comme dans la Cour des miracles »

 « La Boulangerie du Prado est aujourd’hui une association culturelle pluridisciplinaire qui à pour mot d’ordre : échanges, réciprocité et convivialité. Ce n’est ni un bar, ni une salle de spectacles. En fait, ce n’est tout simplement pas un lieu de consommation. Les artistes en résidence ou programmés sont impliqués dans la vie de l’association, ne se contentant pas d’être des personnes qui viennent et repartent après avoir consommé un lieu. Toutes les formes artistiques y sont les bienvenues, ainsi que les autres associations et tous vos projets. Le local est mis à disposition des adhérents actifs afin d’y développer toutes sortes de projets comme des concerts, des expositions, du théâtre, de la danse, des projections de films, etc. » (Site Internet de l’association).

La peur est mauvaise conseillére, décidément…

La boulangerie du Prado

Cela valait bien un détour.

On pénétre l’endroit comme la Cour des miracles, pas certain.e de ce que l’on y trouvera. Ce soir-là, un concert de jazz alternatif et une dizaine d’ami.e.s, de fans est rassemblée pour rigoler, applaudir, danser, siroter une biére ambrée ou un jus de framboise bio sur des canapés bricolés pour être corfortables. Payer l’entrée, c’est adhérer à l’association. C’est la soutenir aussi. Le prix des boissons est libre. Le danger d’avant pour retirer quelques billets prend tout sens : soutenir des lieux comme celui-ci et confirmer que l’impromptu a du bon. La peur est mauvaise conseillére, décidément. S’égarer et se laisser guider par l’instinct inquiète d’abord, surprend ensuite mais satisfait souvent de maniére inattendue. Rentrer par les mêmes voies, puis dîner, pleinement installés dans l’aventure. La soirée a été longue. Il reste encore tellement à découvrir. On est bien…

Vue de Lyon

« Ma recette ? Garder les yeux ouverts sur le monde pour décrocher la cerise sur le chaos » (Janine Mossuz-Lavau)

Le Vieux-Lyon et sa cathédrale, les hauteurs lyonnaises, les quartiers Terreaux et Croix-Rousse, le parc de la tête d’Or… Vandale est le nom de la manifestation organisée par Yöshka, un media local, pour découvrir la scène hip-hop lyonnaise par micros ouverts, tables rondes, concerts et DJ sets interposés au Fort Superposition

Départ alentour de 10h, le temps de se remettre dans le bain, de la soirée, de se sustenter. Direction le Vieux Lyon donc, « la ficelle » (le funiculaire) et la basilique de Fourviére.

La basilique de Fourvière

Un prêtre officie tandis que l’autre accueille les visteurs comme les pélerins pour échanger sur le temps, les vacances, la ville, la messe, les intentions pas toujours catholiques.

La basilique – Vue intérieure

L’endroit est magnifique, reposant, rafraîchissant. Il surplombe Lyon et permet de jauger son niveau de visite.

Théâtre gallo-romain

Un coup d’oeil au théâtre gallo-romain un peu plus loin, un peu plus bas et une longue, très longue marche plus tard, direction les Terreaux, en bus, et une autre vue, un autre quartier, plus calme. Du côté de l’Hôtel de ville, de l’opéra, les rues en journée laissent imaginer le tumulte nocturne.

La serre du Parc de la Tête d’Or

Après un tranquille pique-nique à la Tête d’or et quelques stations de métro, direction Croix-Rousse et une table boisée du fort Superposition où une table ronde est engagée sur les moyens de faire fructifier les échanges culturels, artistiques, interquartiers, entre grandes villes, sans perdre en authenticité.

Superposition, une

L’événement n’a de Vandale que le nom. Ici, une jeunesse engagée se pose les mêmes questions que celle de toutes les villes du monde.

Superpositions, deux…

« On ne peut pas sauver le monde, ni le changer surtout si on n’essaie pas » (Fabe)

« Tout ce dont a besoin une histoire, c’est d’une chance » (Stevie Wonder). Chaque voyage est placé sous ses propres auspices que l’on ne découvre que si on l’entreprend, qu’une fois ledit voyage engagé. Celui-ci était placé sous ceux des espaces flexibles, entre planification et impromptu, entre la prévision, le prévisible et l’imprévu. On aurait pu laisser tomber, annuler, reporter, sine die. En abandonnant, en se fiant à un a priori, on aurait perdu l’occasion de découvrir cette ville, ces gens, leurs énergies, leurs engagements. On a choisi d’y aller, de tenter, de résister à la panique, à la colére, d’accepter, de se laisser porter. Avec raison.

Renoncer à un voyage parce qu’il ne s’engage pas sous les meilleurs auspices, c’est perdre une occasion, c’est perdre quelque chose dont on ne saura sans doute jamais la portée puisque ce sera perdu. On grandit avec l’idée qu’il faut que tout soit fluide, dès le départ. On se trompe. Ce qu’il faut surtout, c’est apprendre à changer de braquet, à ouvrir les yeux, à les garder ouverts. À accepter que tout ne se passe pas comme prévu, à en tirer le meilleur. À se libérer, en un mot, de ces a priori pour profiter de ce que l’on a pas imaginé. Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans mais le redire est important. Quelque soit le degré d’organisation, on est jamais à l’abri d’une surprise. Voyager, c’est partir à l’aventure. Tout comme vivre. Voyager, c’est comme entrer en relation. Quelle qu’elle soit, pour qu’une relation dure, il faut garder l’esprit ouvert. « Avec la chance pour compagne, le courage pour guide« , tout ira bien.

« Ce dont une histoire a besoin, c’est d’une chance ».

L’Arbre à souhait – Fourvière