Petit Carnet de route #1 – Metz – Du passé à conclure au futur à construire

Menuiseries - Musée de la Cour d'Or

Partir un peu. Pour reprendre du souffle. Pour retrouver sinon le sens du moins le goût des choses. Pour S’offrir ce qu’il faut de perspectives pour penser, rêver, se projeter. Partir ensemble. Partir Seul.e. Voyager. Même pas plus loin qu’en soi, pas plus loin qu’ici, pas plus loin que Metz.

Le Centre Pompidou-Metz expose quatre niveaux d’oeuvres d’art contemporain dans un espace immense, stylisé et blanc, d’Yves Klein et ses contemporains aux folklores du monde, ces traditions présumées vulgaires parce que populaires, pourtant tellement instructives des gestes et habitudes des « petites gens », celles et ceux qui forment l’essentiel dun peuple, d’une population.

Un centre d’art contemporain donc, dans un vaste espace à gravir comme l’ambition d’être, de devenir où, d’un étage à l’autre, peut se perdre la curiosité.

 

Être

Klein – 1 – Pompidou Metz

Premier niveau. C’est ici que s’exposent Klein et ses amis, tout en toiles, en peintures, en sculptures, en cassures, déchirures, en fractures, en usures dans une ambiance foisonnante mais non moins empreinte d’une violence, celle d’une guerre, que l’on sent là, toute proche.

Klein – 2 – Pompidou Metz

C’en est oppressant presque douloureux.

Klein – 3 – Pompidou Metz

Quoi, par exemple, de plus violent que ces femmes recouvertes de peintures – le seau à la main, elles s’aspergent ou se vautrent sur la toile réceptacle – offertes nues et agitées – ruades et gesticulations semblent être le propos, l’acte, l’art – devant un public exclusivement masculin, encostumé, encravaté, emmailloté dans une toute puissance qui ne se pensait sans doute pas comme telle à l’époque ? De la gêne au malaise, ne reste qu’une envie : fuir vite vers le niveau supérieur, vivant, voletant, encensant la forme et le mouvement. Celui d’en-dessous s’était donné Le ciel pour atelier. On y arrive par l’escalier.

Mondes construits – Pompidou Metz

Des papillons dorés, des rondeurs douces et des mondes construits en l’air, en papier ou en fer se détachent et s’envolent, en effet vers le détail des folklores repris, encensés, honorés par les plus grands artistes, de la peinture à la couture, de Vasarely à Yves Saint-Laurent, de la Bretagne aux Carpates.

Folklore (Portugal) – Pompidou Metz

Repue d’images, d’hésitations, de sourires, de contemplations, de lectures, de photos, de détails sur telles inspirations insufflées par le langage du dit « bas peuple »,

c’est essoufflée mais éblouie que l’on parvient au dernier étage, aux Frémissements.

S’extasier

Dernier niveau. La troisième galerie est entièrement dédiée à l’installation de Susanna Frichter. Elle est encadrée par une vue magnifique de la ville à voir. Plus de blanc: tout est gris. Anthracite. Au sol soufflent de sombres sondes, des ventilateurs. Des fils de crin sont suspendus au plafond d’où ils coulent tout en transparence. Des fils que l’on traverse au rythme du vrombissement des ventilateurs qui les articulent aussi paisiblement qu’un ruisseau ruisselle dans un jardin japonais. Le grondement ajoute à la quiétude. On marche. On avance à travers fils et le calme recouvre la tempête, le tumulte se dissout, le calme existe : il est là, à portée de pas. C’est bon comme un instant volé pour soi à une journée trop chargée.

Le calme existe. il est là.  à portée de pas.

Après les mots, la paix est une décision avec vue sur l’horizon des espaces futurs à découvrir. Comme le bonheur, elle se conjugue aussi bien au singulier présent qu’au présent singulier.

 

Devenir

Musée de la Cour d’Or – Chrétienté

Il existe à Metz un autre musée, très connu, le Musée de la Cour d’or. On pourrait passer à côté, se dire qu’enfin, le passé c’était avant, que maintenant, c’est bien assez. Ce serai un tort comme à chaque fois que l’on tente de s’en passer.

Musée de la Cour d’Or – Thermes – 1

La Cour d’or expose et décompose une série d’objets de l’antiquité au XIXème siècle, de stèles mortuaires aux authentiques ruines de thermes romaines constitutives de son sous-sol en passant par des objets du quotidien, peignes, verres, bijoux, armoires et statues de Vierges à l’enfant. On marche littéralement sur des morts, recompositions d’ossements de femmes et d’hommes passé.e.s que l’on regrette un peu de déranger.

Musée de la Cour d’Or – Thermes – 2

Tandis que le Centre Pompidou raconte un présent, augure et impulse un futur, La Cour d’Or exalte un passé du très ancien au plus proche.

La Cathédrale Saint-Etienne, Metz

Celui d’une ville qui rappelle, à chaque instant, dans chaque sente, sur chaque plaque, dans ses rues pavées comme au sein de sa majestueuse cathédrale Saint-Etienne, qu’elle a longtemps été et reste au croisement des cultures et aléas politiques franco-germaniques. Que tout est à garder, à regarder.

Son histoire est mixte. Son histoire est riche. Son histoire est double. Son histoire est noble. Doit-on sacrifier le passé sur l’autel des jours d’ici et oublier ce que l’on a été  ?

Menuiseries – Musée de la Cour d’Or

Doit-on oublier d’où l’on vient sous prétexte d’offrir plus d’espace, plus de champ aux routes que tracent le présent ? Comment accepter sans rejeter ? Le passé est-il le meilleur, l’unique socle de création ? Quand faut-il choisir l’alternative, une voie, sa voix propre ?

Le passé est-il le meilleur, l’unique socle de création ?

La fatigue est mauvaise conseillère tandis que la curiosité crée l’allant. Elle est une meilleure compagne de route. L’audace propose ensuite de tenter encore, de chercher mieux, de creuser plus au fond. Mises ensemble, l’audace et la curiosité transforment un voyage en destination. Elles font du quotidien, une aventure. « La vie (…) est ardue et difficile, une lutte permanente. Elle exige un courage et une force gigantesques. Plus que tout autre chose, peut-être, comme nous sommes des créatures chimériques, elle exige la confiance en soi » (Virginia Woolf, Une chambre à soi).

Curiosité, audace, courage, confiance : que manque-t-il ?

 

S’ouvrir

Sans doute rien. Le passé a été exploré, visité, apprécié à sa juste mesure. De l’autre côté du pont s’offre un espace immense où s’imaginent déjà d’autres tumultes, d’autres ravissements, d’autres opportunités, de nouvelles rencontres, de sérieux doutes, de franches rigolades, plus d’inspirations. Un immense espace à gravir comme l’avenir à construire.

Entre les deux, la vie, le voyage, l’aventure

Alors, en fin de course, heureu.x.se ? Oui. Apaisée aussi. Prête pour de nouvelles aventures. A commencer par la plus grande de toute : la liberté. Même si « elle est à double tranchant (…) Le risque et l’incertitude se trouvent au cœur de la liberté : la liberté n’est pas un donné, c’est quelque chose que le sujet doit conquérir. La liberté n’est pas statique : elle s’exprime à travers des projets, elle est transcendance au sens où elle consiste à aller en direction de l’indétermination (…) La liberté comporte des risques, elle demande d’avoir le courage et la confiance en soi nécessaires pour déterminer un projet pour soi-même et pour se jeter dans un monde indéterminé dans lequel le succès de l’entreprise n’est pas garanti » (Manon Garcia, On ne naît pas soumise, on le devient).

Incertaine, indéterminée mais confiante et heureuse souvent. Curieuse de découvrir la limite entre le passé à exclure, le présent à conclure et le futur à construire. Impatiente enfin d’explorer la prochaine destination.

Metz centre

#PetitCarnetdeRoute
Un voyage par semaine, tout au long de l’été.