Coeur - Annette Messager

Histoires d’une femme cannibale – Extrait du Petit carnet de route d’une solo à venir

« Que faire du passé ? Quel cadavre encombrant ! Devons-nous l’embaumer et, ainsi idéalisé, l’autoriser à gérer notre destin ? Devons l’enterrer à la sauvette, comme un malpropre et l’oublier radicalement ? Devons-nous le métamorphoser ? » (Maryse Condé, Histoire de la femme cannibale)

 

(…)

Naviguer sur ce long fleuve qu’est la vie, c’est en recevoir le tumulte, en prendre les creux, sentir l’embarcation flancher tant que le fond reste plat, c’est tanguer jusqu’à accepter, décider d’en devenir le/la capitaine.

« Plonger au fond de ses déprimes, traverser les dépressions… »

Naviguer sur ce long fleuve qu’est la vie, c’est vomir ses tripes et regretter d’avoir penser que ce ne serait que l’affaire d’un temps. C’est plonger au fond de ses déprimes, traverser les dépressions, maîtriser le doute qui s’immisce, assimiler celui que l’on inocule. C’est prendre le vent glacial de la trahision en pleine face et sentir ses os ployer sous le poids du chagrin. C’est boire l’amerture par tasses. C’est s’épuiser à penser seul.e, à imaginer seul.e, à calculer seul.e, à organiser seul.e, c’est apprendre à rêver seul.e. C’est regarder souvent derrière, pour savoir si le tumulte s’apaise et s’interroger sur le temps que tout cela durera encore. C’est, sur la route, croiser le vide de l’autre que l’on espèrait tant bouée de sauvetage. C’est comprendre la responsabilité, la patience, la volonté qui font un.e bon.ne capitaine.

« Boire l’amerture par tasseS… »

Naviguer sur ce long fleuve tranquille qu’est la vie, c’est apprendre que la/le seul.e qui puisse vous sauver, c’est vous-même, que les autres peuvent, au mieux, être des phares dans la nuit, au pire, les sirènes de lendemains qui déchantent. C’est cesser de rejeter la faute. C’est se saisir de tout, de toutes, de tous. Et naviguer quand même. C’est naviguer, quoi qu’il en soit. C’est naviguer encore. C’est un jour enfin, arriver à la mer, vaste étendue calme, ensoleillée, paisible en apparence. C’est savoir qu’elle peut se déchaîner, plus violente. C’est être prêt.e. Et, au large contempler l’horizon.

Et un jour enfin, contempler l’horizon

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s