Adam : un ailleurs pas si lointain

Il rappelle cet adage qui veut qu’il y ait pire ailleurs. Le film Adam s’attache aux mères seules au Maroc. C’est une histoire de femmes.

« Deux femmes sont mises face à la vie dans ce qu’elle a de plus beau et de plus cruel à offrir. Et au cœur de cela, la naissance, la maternité. Cette chose qui nous dépasse, nous transcende, qui vient éveiller en nous nos instintcs primitifs, aussi enfouis soient-ils » explique Maryam Touzani, scénariste, réalisatrice. Trahie, honteuse, fauteuse par amour, jetée sur la route, Samia change le cours de son existence, celui des femmes qu’elle va rencontrer.

Pourquoi n’est-il jamais question de lui ?

« Victime d’un homme qui lui aurait promis le mariage ou ayant conçu cet enfant lors d’une aventure d’une nuit, peu importe… Ca ne change rien. Ce qui compte pour moi, c’est le présent, ce qu’elle ressent, sa vérité… » (Maryam Touzani). Récemment, lors d’une rencontre, une autrice, universitaire, engagée expliquait ne plus croire dans les changements de groupe, de masse. L’universalisme serait, selon elle, une histoire de portes que l’on ouvre, individuellement, que l’on propose, que l’on accepte l’une après l’autre de franchir. L’universalisme serait un pont jeté par l’ouverture, la largesse des vues que l’on échange, en toute franchise, sans faux semblant ni paravent culturel ou intellectualiste. L’universalisme est l’essentiel que l’on met en partage. L’hypothése d’un féminisme universel lui semblait incongrue. Elle avait un problème avec le commun, n’hésitait pas à juger sa position cynique. Comment sommes-nous femmes ici, là-bas, ailleurs ?

En arabe courant, pour dire être humain, on dit « Beni Adam », ce qui veut dire fils d’Adam..

Quel impact aura ce film sur la société marocaine ?
Ici, là-bas, ailleurs, les femmes réclament la pleine possession de leur corps. Elles réclament la fin de l’irresponsabilité pour les uns, de la surresponsabilité pour les autres.
Doit-on appeler cela Egalité ?
« Une fille-mére qui accouche à l’hôpital est passible de prison. Son sort est entre les mains d’un juge (…) Au tribunal, les femmes sont a priori dans leur tort et doivent se justifier [tandis que] la responsabilité des hommes n’est jamais remise en question… »
La-bas, ici comme ailleurs.

Adam est le premier long métrage de Maryam Touzani. Il sort en salles ce mercredi 5 février. Cette histoire de femmes fait envie. C’est une histoire d’ici, d’ailleurs, de maintenant.

Une autre histoire peut s’écrire ici, avec vous.