Mettre les points sur les i, surtout sur celui de mépris (Actualisé)

Tout y était: l’idée d’échec, définie par celles et ceux qui s’en arrogent le droit, le mépris de la différence, de la diversité, des personnes, des parcours, la hiérarchisation des existences, le sentiment de vivre dans une société aux échelons multiples, inconciliables du fait de l’agitation verbale de quelques éléments perturbateurs.

« Les ouvrières et les employées sont en effet celles qui présentent le plus souvent leur célibat comme un choix… »

Dans Bullshit jobs, David Graeber explique l’impossibilité pour une large part d’impétrants d’intégrer les boulots jugés les plus intéressants parce qu’il convient, pour cela, de disposer des  bons codes. « Si votre objectif est de faire beaucoup d’argent, indique-t-il, vous y arriverez peut-être. Mais si vous espérez gagner votre vie en poursuivant n’importe quel autre type de valeur – la vérité, la beauté, la justice, l’humanitaire, etc. – sans posséder un minimum de fortune familiale, de réseau et de capital culturel, vous n’avez tout simplement aucune chance » pense-t-il. Les codes et le respect de certains codes est ce qui définit ce que l’on nomme classe ou caste. Les codes sont tout ce qui différencie une personne originaire d’un « quartier »,  comme on les surnomme comme si tous les autres espaces d’habitation n’en était pas, d’une autre provenant de ce qui n’en est pas un. Les codes, sont ce qui fait que, comme le souligne l’enquête Ined, déjà très largement citée sur ce blog, que le célibat soit plus mal perçu dans les catégories dites supérieures. «  Les ouvrières et les employées sont en effet celles qui présentent le plus souvent leur célibat comme un choix (50%), loin devant les femmes cadres et professions intellectuelles supérieures (25%). De même, elles considérent plus souvent que la vie hors couple « ne change rien » à leur vie de tous les jours (43% contre 34%) alors que les femmes cadres répondent davantage que le célibat rend leur quotidien «  plus difficile (42% contre 30%). Ces différences sont exacerbées lorsque l’on tient compte de la parentalité : les méres célibataires des milieux favorisés déclarent bien plus de difficultés associées à la vie hors couple que les méres ouvriéres et employées. Ce résultat peut paraître paradoxal », il n’en demeure pas moins inscrit dans les statistiques et descriptif de la situation qui nous occupe.

Hiérarchie

Alors bien sûr, la réponse, la mise au point proposée par Clément Victorovitch tombe à point nommé pour préserver l’electorat des outrances à venir, à quelques mois des Municipales qui se tiendront en mars prochain. C’est d’autant plus urgent que les grands électeurs sont ceux qui élisent les sénateurs (qui font la Loi). Les maires et leurs conseillers le seront. C’est d’autant plus important que lesdits maires (et leurs adjoints), qui perdent en prérogatives, sont les futurs représentants des communautés d’agglomérations et de communes qui elles en gagnent, notamment en matière économique, culturelle et sociale. Cette analyse répond à une urgence qu’il convient de faire sienne  très vite – c’est fait, semble-t-il. La vidéo continue d’être trés partagée – pour ne pas retomber dans le piége d’avoir à choisir entre la peste et la choléra, pour déjouer une stratégie qui semble reposer sur l’idée d’entrer par les petites fenêtres puisque, par deux fois, la grande porte a été claquée.

« Il faut n’en être jamais sorti de son milieu, de sa « zone de confort », pour sortir autant d’insanités… »

Cela dit, l’attaque en règle faite à cette femme qui a l’outrecuidance d’espérer, de demander un juste retour des quelques cotisations qu’elle paie chaque mois via son salaire et la TVA dont elle s’acquitte à l’instar de tous, cette attaque en règle à l’encontre des femmes seules « par leur faute », par une femme qui vit et travaille dans son milieu, dans le plus pur respect des codes qui lui appartienne, sont non seulement déplacées mais plus prosaïquement dégueulasses.

Mépris

Il faut n’être jamais sorti.e de sa « zone de confort », pour balancer autant d’insanités et prétendre être comprise. Il faut croire, avec force – celle offerte avec ses privilèges ? –  avoir le droit d’imposer sa vision comme la meilleure. Il faut être bien sèche pour parler ainsi d’une autre femme, d’une mére, d’une personne, en faisant fi de toute solidarité, de toute compassion, de toute sympathie. Il faut avoir une vision bien triste de la relation pour y entrer en comptant les points et en « assurant ses arrières ». Mais ce doit être là le tort d’une partie de la population que de croire au bonheur, à la félicité dans le couple, de croire qu’il vaut mieux être seul.e que mal accompagné.e, que méprisé.e, que maltraité.e.

Ce doit être un code erroné que de vouloir être et rester indépendant.e, de prendre le temps de construire, de devenir, avec un peu d’aide quand il le faut, de la part de celui auprès duquel chacun cotise, cet Etat chargé de collecter et de redistribuer de la maniére la plus juste les subsides récupérées par la consommation des ménages en grande partie, des ménages à deux, à trois, à dix ou en solo.

Il faut sans doute regretter d’avoir été biberonné au romantisme et de croire que la relation soit autre chose – un peu plus – qu’un contrat, un échange de bons procédés entre individus. Il faut être un peu bebète pour préférer la bataille, la bagarre de chaque instant que constitue la parentalité en solo, pour avoir le temps, prendre le temps de construire et de maintenir un budget tout cela en faisant comme si de rien n’était, comme si tout allait bien, pour le bien être moral, mental de son/ses enfant.s. Il faut sans doute être un peu débile pour choisir de sauver sa peau et celle de sa progéniture plutôt que de s’enfoncer dans la ouate moite d’un couple qui dysfonctionne.

Alors voilà…

Outre la question politique, c’est bien une vision complétement rétrograde, assèchée, déprimante que propose cette femme dont j’aimerais bien connaître le conjoint. J’espère qu’il a compris ce qu’il représente : une garantie contre l’adversité, un bouclier contre les problèmes. J’espère pour lui, pour elle, pour tous, que tout cela n’était qu’une vaste plaisanterie et que l’on ne vit plus dans une société qui considére que la vie hors couple est « une boulette de plus ». Une société où pour éviter « d’accumuler boulettes sur boulettes », une femme a besoin d’un homme. Puisque la liberté est une valeur fondamentale et, qu’en la matière chacun est responsable de son parcours, il est possible de se tromper, il est probable d’adopter tel ou tel choix de vie quitte à, pour un temps, puisque tout cela ne dure qu’un temps, espérer un peu de soutien, il est souhaitable d’en tirer leçon et de gagner en perpective, en ouverture, en solidarité et pourquoi pas en humanité.

Que fait cette femme ? Quelle quote-part apporte-t-elle à la société ? Pourquoi cette femme gagne-t-elle le Smic, le salaire minimum ? Pourquoi les femmes sont-elles si souvent à temps partiel ? Pour mémoire, « la maternité « conduit les femmes à réduire leur activité ou à l’interrompre, parfois définitivement : ces décisions sont responsables d’une diminution de 20% de leur revenu salarial cinq ans après l’arrivée d’un enfant » (Voir article ad hoc).

Le contraire ne se vérifie pas chez les hommes.

Comment une femme peut-elle, aujourd’hui, attaquée une autre femme tandis que tout, ses études, puisqu’elle s’en prévaut, ses connaissances lui indique le caractére inégal et défavorable de la situation salariale féminine aujourd’hui ? Les analyses scientifiques sont satisfaisantes mais elle ne disent pas suffisamment les ressorts rétrogrades qui poussent à n’estimer qu’une maniére de vivre comme valable et à s’arroger le droit de l’imposer comme seule légitime.

N’est-ce vraiment l’apanage que d’un parti ?

Elles ne disent pas assez, ces analyses, le caractére impérialiste que sous-tendent pareilles positions. Elles ne disent pas assez les hierarchies qui rôdent, tauraudent, érodent les relations aujourd’hui, la construction sociétale encore à penser de demain. Elles ne disent pas assez les reculs, les souffrances, les déprimes, les dépressions, les violences qu’elles engendrent. Il y a là aussi un sujet.

Pour apporter sa pierre à l’édifice, c’est ici.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Aldor dit :

    Oui, c’était assez pitoyable cette déclaration sur le smic et le divorce

    Heureusement, je n’ai pas vu grand monde qui prenait sa défense.

    Aimé par 1 personne

  2. Dominique dit :

    En effet…
    Heureuse de vous lire après si longtemps, Aldor. À bientôt…

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