Le «coût d’opportunité» justifie-t-il le déficit salarial des femmes qui décident d’être méres ?

Le coût d’opportunité « d’une décision économique correspond aux revenus auxquels cette décision impose de renoncer ». Exemple : « L’arrivée d’un enfant se traduit par des pertes de revenu salarial pour les mères mais pas pour les péres » notamment parce qu’elles gagnent moins. Ou comment le serpent se mord la queue…

La maternité « conduit les femmes à réduire leur activité ou à l’interrompre, parfois définitivement : ces décisions sont responsables d’une diminution de 20% de leur revenu salarial cinq ans après l’arrivée d’un enfant ». On le supposait, on le subodorait, c’est désormais un fait statistique inscrit dans le marbre de la dernière analyse de l’Insee : la charge mentale se trouve avérée, justifiée non par un phénomène exogène mais par une décision pragmatique des ménages, explique-t-on : puisque la femme gagne moins, elle abandonnerait volontairement son emploi ou en changerait pour s’occuper des enfants.

« Plus une décision des ménages qu’une discrimination des employeurs… »

« A la suite d’une naissance, le revenu salarial et le salaire horaire des méres diminuent (…) Ces pertes de revenus traduisent davantage une décision des ménages qu’une discrimination exercée par les employeurs ». Sur ce point, l’analyse, parue le 10 octobre dernier, propose deux explications « D’une part, les ménages pourraient valoriser intrinsèquement une répartition des tâches inégalitaires après l’arrivée d’un enfant (…) D’autre part, les décisions d’offres de travail peuvent se faire en comparant le produit d’une heure passée sur le marché du travail à la production domestique (dont la garde d’enfant) pour les adultes du ménage, y compris les incitations financiéres relatives à cette décision (incluant le coût horaire de la garde, net des subventions du système socio-fiscal) ». En un mot, les aides apportées au foyer favoriseraient la décision des femmes d’écarter une vie professionnelle plus ambitieuse.

La question légitime à se poser serait : pourquoi ?

Pourquoi «  l’impact de la parentalité sur les carrières féminines et masculines pour des groupes de salariés pour lesquels les incitations au maintien d’activité d’après la naissance, approchées par le salaire horaire d’avant la naissance sont très différents » ? Pourquoi « cinq ans après la naissance, les méres perdent environ 25% de leurs revenus salariaux par rapport à ce qui se serait produit sans cette arrivée » ? Les femmes devraient-elle abandonner l’idée de faire carière dès lors qu’elles souhaitent enfanter ?

« Ne pas s’écarter des décisions de leurs pairs (normes de genres)… »

« En ce qui concerne les péres, aucun écart significatif n’est observé : le revenu de travail et chacune de ses composantes restent quasiment inchangés. Ces élèments accréditent donc l’idée d’une « double peine » pour les méres sur le marché du travail, portant sur le salaire horaire comme sur l’offre de travail (…) Les pertes de salaires de revenu dépendent de maniére substantielle de la position occupée dans la distribution des salaires horaires. Alors qu’elles sont presque négligeables pour les 5% situées au sommet de cette distribution, elles s’élèvent à 38% pour les 5% situées au plus bas de cette distribution.

« La probabilité qu’une mére située en bas de la distribution continue son activité deux ans après l’arrivée du premier enfant est inférieure de 17%… »

Le poids de ces pertes de revenu diminue de manière continue au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie des salaires horaires ». Et plus elles feront d’enfant, plus la situation se compliquera : les « écarts de revenu salarial s’élèvent de 50 à 57% à l’arrivée d’un second et d’un troisième enfant : en bas de la distribution, l’impact d’un enfant supplémentaire sur l’activité féminine persiste du premier au troisième enfant, alors qu’il reste nul sur l’activité masculine. Par ailleurs, ces pertes de revenus sont presqu’intégralement portées par des décisions d’offres du travail : la probabilité qu’une mére située en bas de la distribution continue son activité deux ans après l’arrivée du premier enfant est inférieure de 17% à celle qui prévaudrait en l’absence de l’enfant ». Devenir parent est, pour une femme, un choix lourd de conséquences en matière professionnelle. Toutes les révolutions n’ont, pour l’heure, pas impactées le fait que la femme soit perçue comme l’élément sacrificielle d’une société qui doit se reproduire.
Pour combien de temps encore ?

« La parentalité renforce les écarts genrés de revenu salarial parmi les salariés les mieux rémunérés »

« Les femmes ayant les salaires horaires les plus élevés parviennent à maintenir leur niveau d’activité (…), leur offre de travail n’est quasiment pas affectée par l’arrivée d’un enfant, de sorte que leurs revenus salariaux se maintiennent, et ce, sur une durée de cinq and après la naissance ».

Mais à quel prix ?

« En revanche, les pères situés en haut de cette distribution creusent l’écart vis-à-vis de leurs homologues féminines comme des hommes n’ayant pas eu d’enfant en augmentant leur activité (…) Cet effet peut atteindre jusqu’à 17% des revenus. Surtout, il contribue à amplifier les écarts de trajectoires salariales entre femmes et hommes au sommet de la distribution ».

L’éternel argument de la nature ne saurait prévaloir éternellement

Partir de ce que les femmes portent les femmes et doivent immanqueblement être les maillons faibles de l’ordre économique qui veut que chacun apporte sa pierre à l’édifice de la production de richesse ne saurait prévaloir trop longtemps. La charge mentale pése plus lourd sur le corps des femmes et augmente le niveau de stress, les maladie cardio-vasculaires. Il impacte le temps de loisirs, réduit leur temps en règle générale et cela est indéniable.

« Faire ou ne pas faire d’enfant ne saurait être plus longtemps la question »

L’idée qu’une femme qui ne serait pas une bonne mére serait une mauvaise femme, quand bien même tendrait-elle à s’amenuiser, reste trop courante pour ne pas entrer dans l’explication de ces statistiques. Par « normes de genre », c’est d’ailleurs bien ce dont il est question. Et ces « normes » vont du temps de travail à l’âge auquel il convient de faire des enfants en passant par la maniére dont doit être aménager son logement pour les accueillir au mieux à la tenue qu’il convient de porter, à la coupe de cheveu, etc. Faire ou ne pas faire d’enfant ne saurait être plus longtemps la question, la seule qui vaille étant comment faire pour qu’enfanter soit – enfin ! – l’oeuvre de chacun des acteurs engagés dans ce projet, lorsqu’il est pluripersonnel. En cela, ne plus différer l’évolution du congé maternité en un congé parental constitue un premier axe de réflexion…

Lorsqu’il est temps d’ouvrir les yeux sur le caractère global de la situation…

Mais au-delà, au-delà des questions personnelles, au-delà de l’égalité salariale – un axe fondamental déjà pointé du doigt, inscrit dans la loi – au-delà du congé parental, il s’agit de réfléchir à une véritable politique publique de la petite enfance. «  En Norvège, Andressen et Nix (2019), suggèrent (…) qu’étendre le congé paternité est moins efficace que de développer les services liés à la petite enfance ». Ouvrir des créches, c’est bien. Installer un personnel qualifié, en nombre suffisant, dans le respect des besoins neuropsychiques des enfants en bas âge, c’est encore mieux. Et l’argument porte tant pour la petite enfance que pour celle qui suit et pour tous les âges qui viennent ensuite. Mais cela, c’est une autre histoire…

N’inscrire que la situation intitiale, l’élément perturbateur, les péripéties du récit sans jamais inscrire un dénouement tangible, de nature à inspirer les lecteurs, c’est écrire un mauvais roman. C’est bien ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux éffarés, égarés par la polémique tandis que l’essentiel est ailleurs : dans le respect de l’humain, à tout âge.

Pour s’engager plus concrétement encore,
c’est ici !

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