« Pansements », « casse-croûte », « couches de peinture » : pour ou contre les relations « en attendant » ?

Le scénario de Radio Romance est un cliché: une femme, un homme, tous deux animateurs radio sur une antenne locale, opposent leur point de vue sur la maniére d’être, d’entrer et de rester en relation amoureuse.

Lui, célibataire endurci par l’échec recent et brutal d’une histoire de cœur, défend l’idée d’une liberté non négociable. L’homme des cavernes –  son pseudo et le titre de son émission – qui réside en tout homme ne s’engage sérieusement que sous la contrainte ou avec la certitude d’y trouver un intérêt. Elle, en couple, estime que  chaque femme est « une île » dont le coeur est la réussite professionnelle, les bons choix et l’accomplissement personnel qui en découle.  Convaincu par le premier, son fiancé la largue à l’antenne reprenant – c’est le nœud de l’intrigue – usant d’un argument de « l’homme des cavernes « : nos « circonvolutions nous éloignent. Il est temps de mettre un terme à cette relation ». Ou quelque chose dans le genre… Chacun se retrouvant célibataire, ils n’auront de cesse de s’opposer sous les yeux compatissants et omniscients de Gus, le voisin veuf, plus âgé, plus patient, plus sage…

Une autre histoire 

André et Fiona partagent le même boulot : instituteurs dans une école de quartier. Fiona, BCBG assumée, en couple depuis plusieurs années, vient de rompre, pour une raison qui ne regarde qu’elle et qui, même si elle devait être explicitée ici, n’apporterait rien de plus à l’affaire. L’essentiel étant la situation présente, la douleur, la peine et son absolue nécessité de ne pas traverser ce moment difficile toute seule.

30 ans et en plan

Comme nombre de ses congénères, elle estime avoir manqué le coche. Elle est à cet âge où il convient de « construire » sur la base solidifiée par l’expérience. Cet âge où l’envie de faire des enfants n’a pas encore été tout à fait oblitérée par celle de profiter de la vie mais où, tout de même, il convient d’y penser sérieusement. Elle est à cet âge où la rupture semble impossible, à cet âge où les copines commencent à se marier, à avoir « leur premier », « leur deuxième », à « acheter », à « s’installer ». Fiona a 30 ans.

L’autre a préféré coupé court et suivre une autre voie (une autre fille ?). Nouveau départ, nouveau logement, nouvelle vie. C’est là qu’intervient André, collégue célibataire et compatissant. André et son style brut de décoffrage avec tatouages, boucles d’oreilles, etc. André qui, pour la seconde fois de l’année, « console » une collègue et amie en peine. Jusqu’où durera cette relation ?

Mon pansement À moi

Combien de temps durera cette relation ? Fiona envisage-t-elle vraiment une relation avec André ? Est-ce bien ce dont Fiona a besoin aujourd’hui ? Partant de ce que Fiona est assez grande, assez mûre – elle a 30 ans ! -, assez sûre pour choisir ce qu’il lui convient, qui sommes-nous pour nous interroger ?

« Etre l’élite ou ne pas être »

Combien de femmes – et d’hommes mais surtout de femmes – (ré)agissent comme Fiona, se trouvent une épaule compatissante pour panser leur(s) blessure(s), épancher leur chagrin, justifier leurs égarements ? Parce qu’une femme ne reste pas seule. En tout cas pas selon l’éducation qu’elle a reçue et surtout pas à lâge de Fiona. La trentaine passée, sans enfant, avec une carrière mais sans moyen de construire le foyer qu’il est dit qu’elle doit construire pour appartenir à la grande famille humaine, à la famille de celles et ceux qui ont réussi.e.s à s’inscrire dans la loi du temps, dans la loi des jours, dans la loi de l’époque, dans la loi de la normalité, dans celle qui fera qu’elle ne sera ni critiquée, ni pointée du doigt, ni marquée de la lettre écarlate ‘S’ comme Solitude. « Née femme, il est impossible d’aller à l’encontre de ce destin de femme » (Rabindranath Tagore). Il y eut un temps les catherinettes. Le temps maintenant est « au seuil fatidique des 30 ans ». Etre l’élite ou ne pas être. Fiona est une femme qui est avec un homme. Elle est une femme complétement parce que, et cela tout le monde le sait, tou.te.s celles et ceux en tout cas, qui ont « compris à la vie », ce n’est qu’avec un homme qu’une femme est compléte, parfaite, parfaitement heureuse. Il ne reste plus à Fiona qu’à couler des jours heureux avec André, son collégue de boulot.

Un château d’amour

S’il fallait choisir une bande son pour toutes les histoires en devenir ce serait celle-là :

« Ce dont a besoin une véritable histoire d’amour, c’est d’une chance »

Fiona aurait-elle dû se donner le temps ? Aurait-elle dû prendre le temps de comprendre ce qui a causé la fin de son histoire précédente ? Aurait-elle dû en profiter pour revoir ses objectifs, la maniére d’y parvenir ? D’autant qu’elle a rencontré son « ex » à la fac et qu’elle a passé toute sa jeunesse avec lui (elle a 30 ans maintenant. Elle n’est plus tout jeune). Aurait-elle dû s’interroger sur ce qu’elle est, qui elle est, le découvrir dans les méandres de complications d’une vie en solo ?

« A chacun sa réponse… »

A chacun sa maniére de gérer les différents seuils fatidiques imposés par la société que toutes les révolutions, tous les #metoo, tous les #Balancetonporc ne sont pas (encore?) parvenues à abroger. Tout vaut mieux que rester seul.e. A la question pour ou contre une relation pansement, une réponse semble s’imposer : qui a le courage de se donner le temps de choisir ? Combien auront la patience de supporter les regards appuyés, les sous-entendus et autres rendez-vous arrangés ?

Laissons donc le temps à Fiona et André. Qui sait ce qu’il adviendra ? Avec un peu de chance, l’improbable peut se trouver en André et ses semblables…

Radio Romance : un retour

A mesure qu’avance le film, les deux héros de Radio Romance se découvrent supportables, appréciables, amoureux parce qu’acceptés pour ce qu’ils sont respectivement. Lui accepte ses failles, sa force, son indépendance. Elle accepte ses rigidités qui ne le sont pas tant, ses peurs. Ils finissent par reprendre ensemble l’émission radio qui les a rendue célèbres. Ils finissent ensemble et heureux jusqu’au générique…

Peu importe finalement d’être seul.e ou accompagné.e, peu importe le temps, l’espace, la durée, l’important est cette capacité d’entrer pleinement en relation, d’être accepter en tant que soi, un soi en équilibre. L’important est de trouver un terrain propice à l’épanouissement, à l’échange, à l’éventuelle création de cet autre chose qui ne pouvait naître qu’avec cet autre-là. Tous les téléfilms ne sont pas bons à regarder. Celui-ci est inspirant et plutôt bien joué, ce qui ne gâche rien. Bonne chance à Fiona et André et à tou.te.s celles et ceux qui se sont lancé.es. Pour celles et ceux qui hésitent, réécoutez Overjoyed: cela peut aider. Pourvu d’avoir le courage de vivre la vie que l’on veut. Pourvu de faire bon usage de la chance, lorsqu’il le faudra.

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