Solo à 60 ans (plus ou moins), le nouvel eldorado 

Attablées à leur bistrot favori, elles se racontent leur semaine, quelques blagues, les derniers potins, leurs rencontres amoureuses ou presque. Tout est devenu tellement « compliqué ». « Les gens ne savent plus se parler… ». Les sites, les applications ? Impossible. Et puis, ce n’est pas vraiment rencontrer. En plus, c’est plein de « barjots »…

L’une en veut pour preuve cet article lu récemment. L’autre confirme : comme en boîte de nuit, on ne trouve pas d’histoire sérieuse sur les sites de rencontre. Et puis, c’est pour les jeunes.

« Colloques, ateliers, brocantes et rencontres… culturelles… »

Elles ont la soixantaine, fraîches, apprêtées, cultivées, reviennent du Forum des associations où elles ont pu achalandé leurs agendas de quelques rendez-vous hebdomadaires : bénévolat, parce que « donner fait du bien », colloques, ateliers, brocantes et rencontres… culturelles. Les deux amies ont une vie bien remplie. Trop pour un homme ?

Nostalgies…

Elles sont seules mais ne savent rien de la solitude. (Marguerite Duras, Emily L.). Elles profitent d’une retraite bien méritée. Elles se retrouvent souvent, pour déjeuner, partager un instant de tranquilité, profiter des derniers rayons du soleil, de petits plats raffinés qu’elles dégustent avec autant d’appétit que la liberté d’une vie délestée d’engagements professionnels. Au boulot, elles se sentaient « dépassées » par les nouvelles méthodes d’encadrement. Avant, le boulot, c’était un engagement durable, un échange de principes, la compréhension en cas de coup dur, la possibilité de prendre sa journée pour s’occuper du petit dernier, pour régler une urgence à la maison. Maintenant, tout cela, c’est terminé. Maintenant, « c’est la guerre ». Maintenant, on ne pense qu’à l’argent, au profit, à « optimiser » au détriment de l’humain. « Les jeunes ont l’habitude de cela. Ils font avec. Ils ne sont pas attachés à l’entreprise qu’ils intégrent aussi vite qu’ils la quitte. Ils vont et viennent en fonction de leurs intérêts. Moi, dit l’une, je ne sais pas faire ça. Il était temps de partir. C’est ce que j’ai fait et je ne le regrette pas ». Nostalgie,  généralisation et fossé générationnel n’empêchent pas une ouverture…relative.

« Le célibat dépend des expériences antérieures »

L’erreur est humaine, la persévérance diabolique

Trouver quelqu’un ? Il en est « absolument hors de question ». Ce point-là est une constante aux variables faibles voire quasi nulles entre elles et leurs homologues solos. Au début de la conversation en tout cas. Il y a des conditions. Chaque nouvel échec ajoute une empreinte au tableau déjà fourni. « Ces derniers temps, je suis allée de Charybde en Scylla… C’est bien ce que l’on dit ? » interroge Vanessa avant de poursuivre. Elle souhaite prendre son temps, le conserver, le consacrer à ses projets. « Quelqu’un » pour sortir, aller au cinéma, au théâtre, boire un verre, pourquoi pas, mais ni Christine, ni Martine ne souhaitent le voir « empiéter sur leur intimité, rogner leur indépendance ». « Le rapport au célibat est lié aux expériences passées. Les personnes qui ont eu une ou plusieurs relations amoureuses sans avoir cohabité expriment le plus nettement la volonté de vivre une relation de couple et sont moins nombreuses à dire que le célibat est un choix. A l’inverse, le fait d’avoir été marié ou pacsé ou d’avoir connu le veuvage favorise l’affirmation d’une vie hors couple choisie. L’aspiration à la conjugalité est ainsi plus manifeste chez celles et ceux, souvent trentenaires, qui n’ont pas encore vécu à deux sous le même toit. Ces tendances se retrouvent chez les deux sexes, mais les différences sont encore plus marquées chez les femmes, dont le rapport au célibat – et en creux à la conjugalité – dépend davantage des expériences antérieures » (Enquête Population, Ined).

Tu veux ou tu veux pas ?

S’il est acquis que tout est possible – les couples non cohabitant intéressent tout particuliérement – reste à passer de la théorie à la pratique, à dépasser les a priori. Les sites de rencontre, elles connaissent mais le sujet prête à rire, à commentaire, à craintes plus qu’à tentative. Une enseigne spécialiste des plus de 50 ans ? « Hors de question ! Il doit n’y avoir que des vieux » plaisantent-elles. Le fait est qu’à l’instar de ce qu’elles nomment les nouvelles relations professionnelles, ce mode de rencontre ne résonne en rien avec ce qu’elle considère être la vie. Facticité, « zapping », vacuité : rencontrer est, selon elles, un face-à-face où, généralement, l’homme a le courage d’aller vers la femme. « Bien sûr, j’ai conscience que le contraire est possible, qu’il est même de plus en plus fréquent. Mais que veux-tu, je ne sais pas… Il me faudrait dépasser les barrières, des habitudes sociales bien ancrées, le qu’en dira-t-on… ».

« Séduire, c’est être soi-même… »

L’art, la culture, les copines !

Besoin d’amour, besoin d’espace. Il donne le sentiment, ce besoin, qu’une vie de sacrifice a suffit : il est temps desormais d’en profiter. L’art, la culture, les terrasses entre copines rencontrent bien plus de succès qu’une nouvelle vie en couple. Partant de ce princique, l’Association Française des Solos (AFS) propose, dans plusieurs régions de France, de se retrouver pour, organiser sorties et voyages. Les collectivités, mutuelles et autres associations offrent pléthore de rendez-vous à ces « seniors » en quête de savoirs, d’expériences, d’échanges, de goût. Puisqu’il est dit que 60 est le nouveau 40, puisque l’espérance de vie a augmenté, puisque le champ des possibles se cultive même si une large sole reste en jachère, elles en profitent. Et puisque séduire, c’est être soi-même (Elsa Zylberstein), autant commencer par la personne qui le mérite le plus…

« Une large sole reste en jachère… »

L’exemple vient d’en haut

Cette personne, c’est elles. Et cette solitude au temps de l’apaisement est tendance. Conséquence de la crise du milieu de la vie ? (Psychologie)
Quelle importance ?
Des erreurs, elles en ont faites, elles les ont – plus ou moins – digérées, elles les assument et comptent bien ne plus s’en tenir là.
La perfection ?
Pourquoi pas, mais de plus en plus celle qu’elles estiment mériter. Les temps qui changent, les âges qui se mélangent, se confondent, tout cela n’est souvent que concepts et titres de magazine. Une tendance s’inscrit cependant, portée par une vague de femmes à la réussite visible, à la solitude affirmée et heureuse. Monica Bellucci (54 ans) l’est « peut-être » et s’amuse du trouble que cela provoque. Madonna (61 ans) envisage sa liberté comme un acte politique, l’expression de sa créativité. « C’est une idée dépassée (…) qu’une femme doit arrêter d’être drôle, curieuse, aventureuse, belle ou sexy passé 40 ans »

« Les erreurs ? Quelle importance… »

« L’amour est un faux monnayeur qui change continuellement les gros sous en louis d’or et qui souvent aussi fait de ses louis des gros sous » (Balzac, La vieille fille). A cet âge-là, elles savent, commencent ou terminent d’apprendre à valoriser ce qu’elles possèdent tandis que les hommes préfèrent – souvent – monnayer le temps contre la jeunesse. « Etre libre, ce n’est pas avoir le pouvoir de faire n’importe quoi, c’est pouvoir dépasser le donné vers un avenir ouvert » (Simone de Beauvoir). Un champ des possibles se cultive.

Pour aller plus loin, c’est ici.

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