Eloge du pointillé (Actualisé)

Le besoin de détachement le rend nécessaire. Mieux il est coupé, meilleure sera la séparation. Discontinu, il insulte la rigidité tout en intimant la rigueur. Eloge du pointillé, ce détail synonyme d’urgence et de patience.

 

Points en suspension, le pointillé n’est qu’une virgule qui appelle l’action, le découpage, le collage ce, dès le plus jeune âge. Dès ce moment, on le préfère soigné, précis. Il est tout nouveau, comme le reste : la découverte, la patience, l’attention, l’envie. Il accompagne la maîtrise de son environnement. On le préfère renforcé: c’est ainsi qu’il rassure le mieux. C’est que déjà, l’erreur est lourde de conséquence, lourdement soulignée. On le préfère marqué, épais, pour diriger l’outil, nouveau également, tellement dangereux, qu’est le ciseau: un écart et la figure disparaît. Le pointillé rassure d’autant qu’il se voit.

Il garantit de rester sur la ligne, de suivre la route indiqué. Il est une promesse, celle du bon geste. Et, lorsqu’il n’invite pas à la découpe, il recoupe, forme, ferme des cercles, des boucles, des pleins, des déliés, des bâtons, des toits, des bonshommes. Il achemine vers l’écriture, vers la maîtrise du monde.

Le pointillé est serieux. Il devient ami mais ne se dévoile qu’à force d’empreintes, de marques, d’enthousiasme, d’acharnement. Il quitte, au fur et à mesure, l’espace ludique – un jeu vicieux qui n’est qu’apprentissage – pour entrer dans la sphére pratique. Le pointillé devient une invite au détachement. Discontinu, il implique rigueur, doigté, efficacité, dextérité. De la tête à toto au talon du chéque, le geste a intérêt à s’affermir pour limiter les dommages. Il rend la vie plus simple. Pourtant, à quelques lettres près, le pointillé devient pointilleux.

« Points en suspension, le pointillé n’est qu’une virgule qui appelle l’action… »

Une brève histoire du temps

Son histoire est jalonné de creux.

Le pointillé a été moqué. Lorsque l’impressionnisme était en vogue, il y a un peu plus d’un siécle et demi, le pointillé était objet de plaisanterie. Lui, la technique qui l’a appliqué méthodiquement en peinture surtout, sous l’impulsion de Georges Seurat ou de Paul Signac notamment. Georges Seurat ne voulait  rien de moins que « trouver l’équation de la beauté » pour l’offrir au monde. Fortement marqué par les innovations scientifiques de son époque, il cherche, avec son école, à sublimer les contrastes par une utilisation singuliére de la couleur, en la juxtaposant à une autre, opposée, capable de la révéler. Pointilleuse, «  cette technique rompt totalement avec les méthodes picturales traditionnelles » en ce sens que les melanges ne s’effectuent pas sur la palette mais sur la toile, voire qu’ils ne s’effectuent pas du tout. Bien que dénigrée, la méthode et l’application de la couleur ouvre la voie au fauvisme. « Le pointillisme est une affaire de patience ». Le « pointillisme » est une facilité de langage, de classification artistique. Le pointillisme est une insulte pour ses créateurs qui lui préfère le terme de divisionnisme. Le pointillisme est un euphémisme qui ne dit rien de la rigueur et de la quête dont il a été question. Il est réduit à l’apparence, à la complexité sans comprendre l’objectif. « Seurat incarna une nouvelle génération de peintres qui signèrent sans véritablement le savoir la fin du mouvement impressionniste. Fait étrange, ce changement opère un retour au travail plus intense fondé sur des recherches scientifiques, là où l’impressionnisme avait mis l’accent sur le ressenti, la spontanéité et l’immédiateté. Est-il seulement possible de jeter un pont entre peinture et physiologie ? Entre perception de la couleur et la psychologie ? » (Beaux-arts.fr). Le pointillisme est un euphémisme. Pointiller, c’est « faire des points avec le burin, le crayon, le pinceau ». « En pointillé » signifie «  d’une maniére peu explicite ou pas très nette ». Le pointillisme est, en psychologie, «une appréhension de la réalité par détails sucessifs ». Un soupçon de patience et le pointillé suggère,  il crée, il transforme. Il est libre, le pointillé, de devenir ou de ne pas. Il n’en restera pas moins là, aussi entier que possible. Là et disposé, à disposition, utile et reconnu, partout, par tous, comme tel. Sauf… Sauf s’il s’éloigne de la feuille, de la toile, de l’écran. Sauf dans la vraie vie.

« Il est libre, le pointillé, de devenir ou de ne pas. Il n’en restera pas moins là, aussi entier que possible… »

Nuances et palettes

Quoique… Les vies professionnelles s’écrivent de plus en plus en pointillé. Parce qu’aucune vérité n’est immuable. Il est de plus en plus valorisé d’en avoir plus d’une, d’en avoir plusieurs, de travailler, d’apprendre en pointillé. Pour mieux se connaître, dit-on, pour se découvrir, pour prendre le temps. Les profils atypiques, ceux qui ne sont pas continus, les alambiqués, les complexes, ceux qui ne suivent pas une ligne toute droite, ni ne se tracent d’une traite bref, ceux qui sont emplis de mystéres, de tergiversations, de quêtes, de questions et éventuellement, de réponses, seraient de plus en plus prisés. Une personne sur cinq, âgée de 26 à 65 ans déclare ne pas être en couple. Une personne sur deux a connu au moins une période de vie hors couple (d’un an ou plus) depuis sa premiére relation amoureuse importante. « Non seulement l’âge de la cohabitation n’a cessé de croître ces derniéres années, mais surtout, on a assisté à une augmentation importante des divorces et séparations, conduisant un même individu à faire l’expérience de plusieurs unions ou relation au cours de vie » (Ined). Pourquoi, dés lors, ne pas rendre, ici aussi, dans la vie personnelle, dans la vie amoureuse, toute sa valeur au pointillé ?

Envie d’aller plus loin ?
C’est ici.

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