#PMA: vous avez dit marchandise ? (Actualisé)

Mais de qui se moque-t-on ? Certains propos sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée), la possibilité pour certaines femmes d’enfanter – notamment – seules, frôlent  l’urticant…

La vie n’est pas une histoire de camp. Et s’il est plus simple de la voir en noir ou blanc, elle n’en devient pas moins complexe. D’une complexité qui mérite que l’on s’y attache hors cadre étriqué. Marchandise ? Eugénisme ? « Objets de désir », dans une société narcissique qui ne veut que satisfaire son bon plaisir et, puisque son plaisir du moment est d’en avoir, elle entend assouvir son envie d’enfant comme on assouvit l’envie d’une belle robe ou de belles pompes ?  Créer des familles sans péres (volontaires celles-là. Ou par la volonté des méres. Peut-être est-ce là le coeur du problème. Parce que par la volonté des autres, les familles sans péres existent aujourd’hui comme elles ont toujours existé…) ? Des orphelins ? PMA pour les bobos (Kezako ?) ? Et la nature ?
Ah, la nature…

La nature a bon dos

Puisque l’on ne peut pas voler, est-ce bien naturel de prendre l’avion ? La nature ne nous ayant pas doter d’ailes, autant marcher, courir ou pédaler. Et puisque nous ne sommes pas télépathes, jettons nos portables ! Nous ne devenons des êtres de culture que pour regarder les autres de haut ou comparer nos encyclopédies. Mais la culture, c’est – aussi – repenser le rapport à nous-mêmes de la maniére qu’autorisent certaines techniques.  La PMA peut permettre aux femmes qui le souhaitent d’enfanter seules, même si, une fois la décision prise, la suite est loin d’être une sinécure. D’autant plus que l’on a franchit le « cap de la quarantaine ». La technique, la technologie ouvre de nouvelles portes, crée de nouvelles voies…

La porte ouverte à tout ?

Débattons. Fixons des limites. Mais sur des bases bien plus claires, plus saines, plus sereine que « la nature ». Parce qu’elle a bon dos, la nature. Et que personne ne voudrait revenir à l’état de nature qu’il défend. Par parenthése, cet argument a été avancé chaque fois qu’il s’est agi d’avancer vers une société plus juste. Notamment pour les femmes. Notamment pour abolir l’usage de l’homme par l’homme.

Marchandises ?

Chosification donc, marchandise,  caprice de femmes en mal d’enfant. La vérité est qu’avec le temps les femmes deviennent trop compliquées, elles périment. Dois-je  revenir sur les propos, assez récents, d’un écrivain sur les femmes d’un certain âge ? Dois-je souligner le nombre de mecs qui préfèrent se tourner vers plus jeune parce que «c’est plus simple », « plus joli», moins inconstant, plus compréhensif, moins contraignant  ? Dois-je  faire le compte de ceux qui m’ont doctement expliqué ‘de ne pas trop chercher’  parce que, célibataire à mon âge, avec un enfant en plus, il faut apprendre à se contenter ? Des goujats ? Ceux qui le disent ou ceux le pensent ?

« Apprendre à se contenter »

Faut-il faire le compte des propositions surlignant que l’on ne correspond pas aux normes, que l’on ne coche pas  les bonnes cases, celle de la «femme parfaite » qui correspondrait à «l’homme idéal » pour une « vie idéale » dans le temps indiqué ? Faut-il faire le compte des femmes qui cachent ce qu’elles sont pour correspondre à une image et se fondre dans le moule ? Faut-il  rappeler qu’une femme indépendante fait – encore – plus peur qu’elle n’attire ? Franchement, je ne pourrais  – je ne veux plus – compter les fois où je me suis sentie chosifiée, cataloguée, fichée parce que trop-ci ou pas assez cela.
Marchandise ?
De qui se moque-t-on ? Qui chosifie ?

Haute autorité du bien-vivre, du bien-faire

« Dans ce débat, on parle de droit. Pas de besoins. On parle du droit à l’enfant » (Twitter). C’est malheureusement ainsi que l’on nomme le fait de légiférer, fait culturel par excellence. Dans le fond, avancer pareil argument n’est qu’affaire de sémantique. Les femmes qui souhaitent enfanter seules, souhaitent d’abord et avant tout enfanter. Et, que cela rassure les tenants de la morale: elles enfanteront dans la douleur. Qui ne s’arrêtera d’ailleurs pas à l’enfantement. Elle se transformera en préjugés, en jugements, en limites, en sous-entendus, en insultes plus ou moins brutales, en rejet. Jugées par la société, elles et leur progéniture le seront, parce qu’elles ne rassurent pas la doxa, parce qu’elles n’ont pas souscrits à ce qui a été décidé comme juste, comme fondé, comme sensé, comme normal, comme moral. Elles vivent seules, enfantent seules, se démerdent seules et s’en prennent plein la gueule parce qu’elles refusent de souscrire à une farce et préfèrent affronter la réalité qu’impose la nature. Malgré tous les sites, les prospections, les after, les before, les copains, les parents, les conseils, toutes les contorsions, les sacrifices quelquefois, elles n’ont pas trouvé. Sans doute tout cela n’at-il pas été suffisant. Plus simplement, parce qu’elles préfèrent être seule et qu’elles sont bien ainsi.

« Que cela rassure les tenants de la bonne morale: elles enfanteront dans la douleur. Cela ne s’arrêtera d’ailleurs pas à l’enfantement « .

Puisque la vie n’a pas permis qu’il en soit autrement, elles préfèrent enfanter seules. Plutôt que « faire un enfant dans le dos » d’un mec rencontré un soir, dans un bar glauque, un mec aguiché dans ce but seul. Certaines ont essayé. L’expérience a pu être desastreuse. Elles préfèrent mener à bien ce projet avec clarté, honneteté et transparence. C’est là que ce place leur morale. C’est ici que je la place aussi.
Certaines resteront seules parce qu’elles se sentent mieux ainsi. Oui, il existe des personnes qui ne souhaitent pas vivre en couple.
Certaines rencontreront un être avec lequel partager cette parentalité-là et pourquoi pas une autre.
Elles, comme la majorité des femmes aujourd’hui, seules ou accompagnées, auront choisies d’avoir un enfant.
Elles l’éduqueront au mieux. Comme tout bon parent.

« L’urgence pour elles est de donner un cadre à leur famille future »

L’urgence et la patience

Bien évidemment : il y a un temps pour chaque chose et le débat qui se méne aujourd’hui sera zappé demain. Jusqu’à ce qu’il revienne sur le tapis pour voiler une autre actualité plus compliquée. L’essentiel reste qu’un calendrier existe désormais et que celles qui sont prêtes veilleront. Elles veilleront à ce qu’il se concrétise. L’urgence pour elles, loin des champs de batailles et de la loi des camps,  est de donner un cadre à leur famille présente, future. De patience, elles ont fait preuve. Comme tout bon parent. Il en faudra sans doute autant pour qu’enfin, le rêve, ou l’envie, devienne réalité. D’autres urgences sont moins patientes : les médecins en grève, le taux de suicide chez les policiers, les agriculteurs, l’orientation des futurs lycéens (la majorité des parents et un nombre certain d’enseignants ont bien du mal à s’y retrouver tant tout est flou), l’écologie, la pollution, une fiscalité verte, plus juste, la place de l’Europe entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis, la déforestation, l’embrasement de l’Amazonie et la destruction de l’habitat de peuples premiers, la corruption ici, ailleurs, l’égalité, bien sûr, partout. Il y a des priorités. Rien n’empêche cependant de penser les petites causes. Sans trop les réduire. Parce qu’à trop réduire, on finit par disparaître sous la médiocrité de ses positionnements. Et qu’à la fin, il ne reste que l’aveuglement et la division tandis que l’horizon du partage et de l’ouverture d’esprit reste le plus clair.

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