Le charme a-t-il déserté les écrans ? (Episode 6 – Actualisé)

Il n’y rien de pire que la télé pendant les vacances estivales. Il semble que tout soit fait pour en tenir le spectateur éloigné. Puisque les statistiques avancent que deux Français sur cinq ne partent pas, il paraît légitime d’interroger le but de la manœuvre. Entre le recyclage de toutes les séries qui n’ont pas fonctionnées pendant la saison et celui des films que personne n’a voulu regarder, c’est à désespérer…

Il faut disposer d’une sacrée dose de courage, de ténacité pour aller jusqu’au bout de certains feuilletons diffusés sur les petits écrans entre la mi-juillet et la mi-août. Les mêmes scénarios, les mêmes personnages, les mêmes coiffures, les mêmes tenues, la même musique – dont on se demande si elle sert à donner corps à l’intrigue ou à décider le spectateur à la quitter avant qu’il ne soit trop tard pour son cerveau, avant qu’il ne se décide à jeter son poste – le même début, le même milieu, la même fin, les mêmes clichés…

« C’est Sex and the city tendance L’amour est dans le pré… »

Eternal sunshine of the spotless mind

Sur une chaîne féminine – autant que cela puisse exister sans verser, là encore, dans le cliché – il est même arrivé que le même téléfilm, première et seconde partie, repasse deux ou trois fois durant la période. Une affaire conclue avec la maison de production ? Un partenariat ? La quête du succès par la répétition ? L’intrigue ? Une fille de la grande ville tombe amoureuse d’un gars de la campagne. En bonne citadine, elle ne sait rien des animaux, ne comprend rien de la vie rurale, est végane ou presque, regarde les habitants de la petite bourgade comme des extra-terrestres, leur enseignera plus tard le goût en général, en matière de mode en particulier. Elle est égoïste, ambitieuse et névrosée. C’est Sex and the city tendance L’amour est dans le pré, l’héroïne paradant en petite culotte tandis que le gars des champs, fasciné par tant d’éclats, expose sa musculature scuptée par le travail de la terre. Des clichés encore et encore et un paysage audiovisuel pavé de déclinaisons: la fille des villes qui n’en peut plus de son boulot et retourne dans la petite bourgade de son enfance où, heureux hasard, le médecin du coin, célibataire, est disposé à comprendre, pansé et remedié à ses névroses. La fille « d’ailleurs » qui retrouve le sable chaud des plages italiennes ainsi que son ancien amour de vacances qui ne l’a jamais oubliée malgré une histoire avec sa sœur, elle-même citadine névrosée et insconstante. La fille des villes qui débarque sur une petite île espagnole, y pose bagages et névroses jusqu’à rencontrer l’architecte du coin, veuf en rémission qui n’attendait qu’elle pour reprendre le fil de sa vie…

« La déprime, la dépression, la peur et l’Histoire »

Orange mecanique

La névrose est, avec la déprime, la dépression, la violence, le sexe gratuit, une constante des programmes de l’été. Peut-être pas que de la période estivale… Un article du Monde expliquait récemment que les séries pour ado sont devenues plus complexes. Par plus complexe, il faut entendre qu’elles s’attachent à des thématiques plus graves telle que le suicide, le viol, la racisme ou l’initiation sexuelle. Finies les bandes de copains des quartiers huppés, les rivalités lycéennes, la bombe enviée par tous, le geek binoclard, « De programme éducatif, la série pour ado est devenue un objet de projection fantasmatique. De jeune premier plein de sève, l’ado est devenu cet être torturé et grave pour lequel la société entière s’inquiète. « Les séries pour ados traitent beaucoup de la peur du lendemain or, aujourd’hui, tout le monde a peur du lendemain ». La déprime, la dépression, la peur, partout. Où sont donc passés les Out of Africa et autres Une bouteille à la mer ? Tout n’est-il devenu que tristesse et morosité ?
Quand tel n’est pas le cas, l’Histoire, la grande ou la petite, prend le pas pour signifier exactement la même chose : un repli sur le passé, l’acquis, le certain, par peur de l’avenir ? Histoires de monarques, d’anciens monarques (Reign, Les derniers tsars, A royal affair…), de monarques régnants (The crown) , histoires de libertins pré-revolutionnaires (Liberté…), histoires médiévales, modernes (Game of throne, Outlander…), la violence y est permise, le sexe montrable, histoires contemporaines, la premiére guerre mondiale et ses morts et ses veuves, la seconde et ses héros, Histoire, passé, à croire que l’époque ne peut produire que des clichés, des superhéros ou reproduire ce qui a été, d’une maniére plus romantique, dans le sens XIXème siécle du terme, à savoir la démonstration que la réalité est une fin des temps qui ne mérite plus le rêve…

« Du bruit et de la fureur… »

Requiem for a dream

Loin des blockbusters et des grosses productions, loin de la foule déchainée de films à gros budgets de production et de communication, loin de la fabrique à cliché télévisée, passent quelques perles de nature à redonner un peu d’espoir. Ils ne respectent rien de ce que l’on attend d’un film désormais : qu’il arrive vite au propos, qu’il arrive aussi vite au dénouement, qu’il y ait du bruit, de la fureur. Ils parlent simplement de choses assez simples : la rencontre, l’amour, la vie, l’aventure. Ils en parlent d’une maniére personnelle, originale et c’est peut-être, sans doute, ce qui en fait le charme. Pas d’apparat, juste des gens. Pas de costumes, ni de mode, ni de garde-robe ou de voitures hors de prix, pas de cliquant, ni de maquillage, des visages ou de l’image, juste des gens et des lieux, tels qu’ils sont, naturels. Des gens qui vivent des histoires et qui invitent le spectateur à les partager, au rythme de la vie, lent.
Ainsi ce film, qui ne raconte rien de plus qu’une longue, très longue balade de deux jeunes gens sur la route qui les séparent, de l’Allemagne, dont ils sont originaires, au Portugal. Comme tous adolescents, ils courent après des chimères et se découvrent ce faisant. Ils discutent, débattent, se fâchent, se réconcilient et continuent. L’un est pragmatique et arc-bouté sur ses principes, l’autre est idéaliste et non moins attachée aux siens. Le film au nom étrange raconte une rencontre, la maniére dont elle peut changer une vie. Il dit le jeu du hasard et le fait qu’à la fin, tout est dans la surprise, la découverte, le courage d’en conserver le meilleur. Ou cet autre, totalement décousu, à la temporalité hésitante, en pointillé, comme la vie. Une histoire de souvenirs, ceux de deux amants. Une histoire complexe, un amour compliqué par les hésitations, les errements de l’un, les certitudes de l’autre. Compliquée aussi par ce rejet d’un présent, «qui n’existe pas » jusqu’à ce qu’il s’impose comme la seule vérité, plutôt que la passé auquel on s’accroche par peur d’un avenir incertain. Il narre le cheminement vers l’ici, le maintenant plutôt que la course vers le repli.

« S’agit-il de rêver ? Mais de quels rêves ? »

De rouille et d’os

Une étude intitulée « La vie hors couple, une vie hors norme ? Expérience du célibat dans la France contemporaine » postule que la psychologisation de la société a fortement influencé la maniére dont se vit la vie à deux. «  A la croisée des solitudes et des libertés qu’elle induit, la vie célibtaire est aussi souvent dépeinte comme une expérience – une épreuve parfois – féconde. (…) Les périodes de vie hors couple se révèlent être des moments contraignants mais privilégiés pour se « réaliser » ou se « consolider », en faisant preuve de sa capacité à se prendre en charge. Précieux, ces acquis et apprentissages en matière de liberté, d’anthenticité et de responsabilité de soi sont au cœur des aspirations conjugales dont ils reformulent les enjeux. (…) Alors que les travaux sur les parcours conjugaux tendent à éclipser les périodes hors couple comme des « périodes creuses », cette recherche montre qu’il s’agit au contraire d’une expérience agissante, qui marque les pratiques et les représentations de la conjugalité ». Une psychologisation de la société, des livres, du cinéma donc, pour le pire mais aussi pour le meilleur. C’est elle que l’on retrouve dans ces films à la temporalité singuliére, au propos simple : la route est pavée de surprises. Dans le même temps, on s’habitue, on s’obstine à se cantonner au contrôle, au préjugé, au cliché, à la facilité d’un entresoi qui tue la richesse de la rencontre. Nos écrans sont inondés d’habitudes, de normes, sans corps ni charme. Juste de la névrose. Juste de la violence. Juste un peu de sexe, l’organique, même pas le plus interessant. La même étude insiste sur le fait que « de façon inattendue au regard des représentations culturelles desdits «  nouveaux célibataires » – mettant en scène des trentenaires, cadres et urbains épanouis dans un célibat présenté comme un nouveau choix de vie – ce sont très précisément les jeunes de 30 ans, les personnes diplômées et les cadres (surtout les femmes), qui sont les moins satisfaits de vivre célibataire et se sentent plus souvent exclus. Aux âges de la premiére mise en couple, loin d’être plebiscité comme « un nouveau mode de vie », le célibat est d’autant plus mal vécu qu’il constitue une situation minoritaire et que l’on craint de rater le coche ». En quoi ces images sont-elles à l’image de la société ? S’agit-il de rêver ? Mais de quels rêves ? Les écrans sont-ils complétement dépourvus de charme ?

« Une histoire de perspective »

La vie est belle

« Dans beaucoup d’entretiens (quel que soit l’âge des interviewés), « faire couple » s’énonce en termes de capacité personnelle, d’aptitude : il s’agit de « savoir » ou « d’avoir su » être en couple et, à défaut, d’avoir « un truc qui manque », une incapacité », un «  vice caché », une « maladie », une « tare ». A l’instar des « rites de premiére fois », et sans nécessairement instaurer un nouvel état durable et irréversible, l’entrée dans la conjugalité, qui est au coeur des liens électifs, comporte une dimension personnelle et sociale « performative », au sens ou elle intègre, qualifie mais aussi rassure et lève le doute sur soi ». Les films les plus vulgarisés tant sur le grand que sur le petit écran tendent vers cette vision des choses : la compétition, des relations normées, avec la coiffure qu’il faut, la tendance qu’il faut, les habits qu’il faut, la personne qu’il faut ou tout au moins la personne qu’il se doit, tout cela dans le temps imparti. Si dans la forme les personnages ont évolué, dans le fond, ils restent les victimes de ces clichés qui annulent tout le charme que l’on pourrait en espérer. Le charme est une surprise. Le charme est une aventure. Comme ce que l’on choisit de mettre dans son assiette, dans son armoire, il s’agit de choisir les images – et par delà, les rêves – que l’on choisit d’inscrire dans son quotidien. Les écrans ne sont pas plus dépourvus de charme que ne l’est la vie.
Tout est une histoire de perspective.

(…)

Vous aimez CAPITAINEsolo ?
Soutenez-le !

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s