Dragueuses ! (Charme – Episode 4)

Dans cet immeuble d’un quartier cossu, tout semble gris, du sol au plafond. Du dehors, il s’intègre parfaitement au paysage et s’inscrit dans l’environnement qui est le sien. Au-dedans, les couleurs choisies se veulent sinon chaleureuses, au moins conventionnelles. La décoration est sobre, efficace. Elle doit apaiser sans éteindre, inspirer sans exciter, satisfaire un public pluriel tout en conservant un caractére singulier. Une équation complexe que chacun se doit de résoudre.

« Me lever à 10h. Penser à la plage. Passer par la piscine. Y traîner un peu, prendre le soleil, le temps. Arriver à la plage. Boire un coup. M’attarder dans un festival. Ecouter de la musique jusqu’au petit matin. Me coucher. Me lever à 10h et recommencer. Ce devrait être ça ma vie… ». Elle est cadre d’une grande banque en pleine « restructuration ». Rien de grave, juste le contexte international tendu, les décisions afférentes, pour tranformer les écueils en opportunités. « Pour pouvoir  profiter de cette vie-là, il me faut passer par là… ». Là, c’est ici, cet immeuble, ses murs monochromes et polyvalents, au pied desquels reposent des fleurs exotiques empotées, ficelées, figées.

« Tranformer les écueils en opportunités »

Comme elle, tout le monde semble en attente, des vacances, les grandes ou les petites, qui commencent chaque semaine le jeudi, jusqu’à une heure raisonnable, et se poursuivent après, beaucoup plus tard, la soirée du lendemain. Le manège, les salamalecs, les calculs, les postures, courir et progresser, s’en sortir, ne pas stagner, tenir ses objectifs, les atteindre et sortir, boire un coup, s’évader, se lâcher, chaque fin de semaine, petites vacances  avant les grandes. Boire un coup, puis un autre, descendre de la tour de contrôle, rire, parler jusqu’à ce que le dialogue s’établisse, que quelqu’un.e capte le signal, y réponde. Certain.e.s se contentent de l’attendre, le signal, le dialogue. D’autres le provoquent. Parfois violemment.

Osé.e.s ?

Ainsi, JI. Elle drague, le fait souvent, brutalement et s’assume. « Trans », peu lui importe le genre, pourvu qu’elle obtienne ce qu’elle veut : «  quand je drague, c’est juste pour des plans cul ». Elle ne dit pas si elle est célibataire, en couple ou autre chose. Elle explique ses préférences, dit refuser le sado-masochisme, multiplier les tentatives. Charmeuse ? « Quand je drague je me sens puissante. Parce que les mecs me mattent mais savent qu’ils ne me toucheront pas avant que je leur dise oui… ». Puissante donc. Aux commandes. Les dragueuses flattent, impressionnent, agacent, intimident, effraient mais ne laissent personne indifférent. Elles sont allumeuses, aguicheuses, « voleuses ». Elles savent ce qu’elles veulent et ne se revendiquent pas toujours d’un mouvement politique. JI sait ce qu’elle veut. Tout comme Hélène.

« Dommage de rater une occasion, une aventure, une amitié…« 

Hélène est une dragueuse occasionnelle. Quand elle rencontre un homme qui lui plaît mais qui ne semble pas enclin à faire le premier pas, elle n’hésite pas à l’aborder. « Parce qu’après tout, ce serait dommage de rater une occasion, une aventure, une amitié… ».

Oser…

Provoquer demande du doigté, de la souplesse. « Il faut bien que jeunesse se fasse » avance MD, signifiant une date de péremption à la drague. Alexandra, 56 ans, est (ou était) dragueuse professionnelle. Cet article  vente le « naturel » des plus de 50 ans:  « [Ils]ne cherchent pas à mettre en scène une vie parfaite ». Puissance, pouvoir, naturel, draguer, c’est pénétrer  un jeu de rôle, les échanger, prendre le contrôle, accepter de le perdre.

« Se quitter ensuite, sans attache, sans superflu, ni équivoque »

« Lorsque j’ai signifié à l’homme qui m’accompagnait mon envie de prolonger la soirée, j’ai lu le choc dans son regard, la panique ». Catherine a une quarantaine d’année. Elle n’espèrait rien de plus que partager un bon moment, se quitter ensuite, sans attache, sans superflu, ni équivoque. La soirée s’est très mal terminée. « Il a été désagréable au possible, presqu’insultant. Il semble qu’il ne faille pas dépasser certaines limites. Il semble que tous les hommes ne soient pas prêts à cela ». La question posée fait sourire nombre de messieurs interrogés sans forcément amener de réponse précise: appréciez-vous d’être dragués ?  Que pensez-vous des dragueuses ? Dans l’esprit de femmes, les régles semblent aussi établies. Elles chancellent.  Le delta s’amenuise tandis que les moeurs évoluent. Une récente étude propose ce portrait-robot de la femme infidèle. Elle a une quarantaine d’année. C’est une femme accomplie, épanouie, qui ne souhaite pas se séparer de son époux. Elle désire « pimenter » sa vie, tester  son potentiel de séduction. Le ratio de femmes infidèles, en progression, est d’une dizaine de points inférieur à celui des hommes.

Osez !

Dragueuse, Hélène l’est devenue lorsque que le tumulte en elle s’est calmé, lorsque ce qu’elle est, est devenu clair, supportable, appréciable, lorsqu’elle est parvenue à résoudre l’équation, complexe, posée par les attentes doublées d’obligations, multiplées par la pression de bien faire, de faire vite, de tout faire, quand il le faut. Une fois lestée, une fois soustraite la pression du regard extérieur, des jugements, des imprécations, elle a pris le temps. De trouver son je-ne-ne-sais-quoi, son charme propre, sa couleur. Elle a choisi une cadence, trouvé son tempo.
Choisir sa couleur.
Elargir l’éventail.
Dépasser le gris des murs, de l’uniformité, de la conformité.
Célébrer sa couleur.
En teinter l’alentour.

(…)

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