Histoires de charmes…

La question ennuie Sacha. « C’est rien en particulier et tout à la fois… » commence-t-il, le regard songeur, jusqu’à ce qu’un souvenir transforme cet examen personnel en un sourire malicieux. « C’est une affaire de contexte. Les vacances s’y prêtent bien… »

 

Qu’est-ce que le charme ?

Par qui, par quoi avez-vous été charmé.e ces dernières heures, ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois, ces dernières années ?
Comme la finesse ou le bon goût, le charme semble mal réparti. Charmé.e.s, certain.e.s le sont tous les jours tandis que d’autres rarement voire jamais. Une « question d’âge, d’expérience » propose Patricia. « Ou pas. Plutôt une maniére de voir la vie » corrige-t-elle rapidement. Patricia, une cinquantaine d’année, est photographe. Elle est charmée tous les jours. « C’est mon métier de me laisser charmer. Je suis charmée par les gens comme par  le temps, le tout est de ne pas percevoir le charme comme une espèce de bien consommable. C’est plutôt… un flux, quelque chose qui peut rester mais qui peut passer aussi. Tout simplement. C’est cette capacité à accepter la beauté ou la grâce lorsqu’on la croise sans pour autant vouloir la conserver pour soi ni en attendre quoi que ce soit. Cela peut durer un instant. Cela peut durer plus longtemps ». Elle détaille un peu cette société de l’immédiateté, de surconsommation, d’outrances et poursuit : « J’ai toujours eu cette vision des choses. Elle s’est trouvée confirmée avec l’âge… »

« Un flux, quelque chose qui passe ou qui reste… »

Aventure

Quel reste ton souvenir le plus marquant ? Patricia rit. Il y a en a tellement qu’il serait impossible d’en choisir un, ici, sur la terasse d’un café, en si peu de temps. Elle est épuisée. Tout juste rentrée du boulot, bientôt partie en vacances. « Définir le charme est complexe, très complexe. Trop pour moi maintenant vu mon état. Est-ce vraiment nécessaire, d’ailleurs ? ».

« Une définition est-elle nécessaire ? »

«  En vacances, en Asie. Je trouve qu’en vacances, le contexte s’y prête mieux. On abandonne certains codes. On se relâche ». Sacha, la quarantaine, solo. « C’était en Asie donc. J’étais à la piscine. Une fille, un canon, brune, pulpeuse, étrangère, m’a abordée pour me proposer une partie à trois avec sa copine. Pourquoi moi ? Je n’en sais rien. Elle venait de je ne sais où. Nous avons un peu échangé en anglais et puis tout est allé très vite. Je lui ai demandé son numéro de chambre avant de passer à la pharmacie acheter des préservatifs. Lorsque j’ai pénétré la chambre, sa copine dormait. Elle l’a réveillée (elle était épuisée parce que rentrée tard d’une soirée). Elles se sont longuement embrassées et puis elle m’a vue. D’abord surprise par ma présence, elle m’a souri avant de m’indiquer devoir prendre une douche. Elles y sont allées ensemble. Quelques instants plus tard, elles m’ont demandées de les rejoindre. C’était génial. J’en garde un super souvenir… ». Le charme est avant tout affaire de contexte, de ce contrôle que l’on abandonne… « Le charme, c’est indéfinissable. C’est rien en particulier et tout à la fois ». C’est physique mais pas seulement. C’est une affaire de moment…

« C’est physique mais pas seulement. C’est une affaire de moment… »

Connexion

Les vacances encore, un voyage. Soléne a 19 ans lorsqu’elle croise ce jeune homme, en partance, tout comme elle, pour la Caraïbe. Ils sont voisins dans l’avion. Le courant passe. Ils décident d’échanger leurs coordonnées et passent les vacances ensemble. Maman désormais, quarantenaire, célibataire depuis peu, Solène a rencontré Lucien lors d’une soirée chez des amis. Cette ambiance où se mêlent décorateurs, acteurs, musiciens, poètes l’enchante. Plus jeune, Lucien a été acteur, danseur. Il parle juste. Il cite les « romantiques », il l’impressionne. Solène est subjugée. Lucien partage une vie remplie de souvenirs, d’expériences. Il exerce son activité de décorateur dans le milieu du luxe, des grands magazins. Il est peintre aussi. « Je bois ces paroles, je vis sa vie. Nous buvons beaucoup, discutons autant. Nos idées se rapprochent autant que nos corps. Nous vivons intensément l’instant même si, au fond, Lucien ne me plaît pas. Qu’importe : cela viendra. Nous nous revoyons donc. Tout simplement parce que je décide de me laisser porter… ». Ils se retrouvent, quelques jours plus tard dans un de ces lieux éphémères qui occupe Paris pendant les vacances. Leur discussion s’enflamme de nouveau. Il est charismatique, imposant. « Dans quelques semaines, nous coucherons ensemble » affirme-t-il. « L’amour, nous l’avons déjà fait intellectuellement… ». Soléne est convaincue du contraire. Elle est gênée par sa consommation d’alcool, gênée par son indélicatesse, gênée par cette absence compléte d’attirance physique. Elle ne le reverra pas. Ou de loin. Peut-être est-ce dû à son indisponibilité : Daniel est encore très présent dans sa vie, dans sa tête, dans son coeur. La séparation dure. Rien n’est tout à fait clair encore. Peut-être  le charme, ne tient-il pas qu’à l’instant. Peut-être la disponibilité a-t-elle son mot à dire, un espace à créer.

Disponibilité, indisponibilité…

Opportunité

Peut-être est-ce cela, en effet, la beauté du charme : le fait, comme l’expliquait Patricia, que rien ne soit contrôlable, ni contrôlé et que cela soit préférable. Peut-être n’est-ce qu’un relâchement, une opportunité à laquelle on laisse une place ou pas. Par deux fois, Doriane a été charmée par son voisin de métro. « Cela arrive tellement souvent ! Pourvu de n’être plongée ni dans un livre ni dans ses pensées. Alors, on se rend compte du potentiel de rencontre que constitue le métro. Nous le prenons plusieurs fois par jour, pendant plusieurs minutes… ». Même dans la rencontre, si tout n’est pas cadré comme il faut, cela effraie. Hors cadre pourtant, la surprise officie. Pourvu de disposer d’un champ… Doriane a une quarantaine d’année. Elle regrette cette rubrique de Libé qu’étudiante, elle lisait avec ses collégues, ses comparses. Surtout depuis qu’elle a croisé cet homme, un samedi matin. «  Il était grand, assez massif, très sexy dans sa tenue de kendo. Il portait encore son pantalon, un tricot à longues manches ou un pull blanc. Nous étions assis sur les strapontins, l’un face à l’autre. Nous nous sommes vus. Nos regards se sont littéralement accrochés. Ce furent d’abord des regards timides, à la dérobée, via la vitre des portes. Et puis nous nous sommes fixés, plus franchement, plus directement, plus intensément. Jusqu’à sourire de notre audace, de ce courage que nous avons eus, au même moment, d’oser continuer, insister. La rame a ralenti. Les portes se sont ouvertes. Je suis descendue, un sourire aux lèvres, sa pensée m’accompagnant encore quelques minutes avant d’être rattrapée par la réalité ». Pourquoi ne l’a-t-elle pas abordé ? Pourquoi lui ne l’a-t-il pas fait ? «  Qui sait… Mais est-ce vraiment important ? » C’est encore cela qu’elle s’est dit lorsque l’aventure s’est reproduite, il y a quelques semaines. Profiter de l’instant ou initier quelque chose, quoi que ce soit ?

« Vous savez ce qu’est le charme : une manière de s’entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire »
Albert CAMUS.

Le charme semble l’involontaire objet de la spontanéité quand la seduction induit une volonté claire : celle d’avoir l’autre, pour peu de temps ou pour plus longtemps. A l’inverse des personnages de roman, de fiction, finis, gravés sur la page ou sur la pellicule, détaillés dans un scénario, auquel le talent de l’actrice, de l’acteur donnera une forme plus ou moins compléte, aboutie, nous sommes continuellement à l’état d’ébauches. Nous ne sommes que tentatives. Des tentatives qui, surprises dans leurs essais, sont capables d’illuminations, de transports insouçonnés. Quand une ébauche vient compléter ou débaucher l’autre. Séduction et charme peuvent se confondre dans la définition. Dans le fond, il n’en est rien. La séduction est un but, le charme, un état de grâce, une signature, ce fameux je-ne-sais-quoi par essence indéfinissable. Le charme est une énigme, une entorse à ce besoin constant de contrôle, de maîtrise. S’il est une couleur de la vie, c’est le piquant. Celle qui émoustille et/ou donne du goût.

(…)

 

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