Que feriez-vous si vous étiez complétement libres de faire tout ce qu’il vous plaît ?

Lors d’une soirée, divers échanges ont laissé apparaître une réalité dont tout le monde semble conscient sans pour autant l’intégrer, dans sa juste mesure, dans la vie quotidienne: les gens sont terriblement malheureux et ce ne semble pas exceptionnel.

Quand vous êtes bousculé.e dans le métro, dans une zone de parquage, une administration ou sur la route, pour une place, une position, de quoi cela est-il le signe ? Lorsque le voisin préfère filer en douce, courir dans les escaliers en entendant votre porte claquer pour éviter un ‘bonjour’ ou plutôt le ‘comment vas-tu ?’ qui lui est souvent attaché, qu’est ce que cela dit de lui , de sa vie, de son état d’esprit ?

De quoi tout cela est-il l’expression ?

Lorsque la personne qui précède dans la file de la caisse du supermarché laisse son chariot dans le couloir – pour que celle/celui qui suit le range ? Pour bloquer le passage? – qu’est-ce que cela dit d’elle ? Lorsque lors d’une soirée, moult hommes draguent ouvertement une femme devant celles qui les accompagnent, sans que cela semble les gêner outre mesure, sans s’interroger sur la gêne que cela peut causer à la femme dont il est question, si pareille attitude ne gêne pas leur compagne, qu’est-ce que cela dit de tous ?

Intentions

A une époque où le bonheur est en question, sujet de débats, à portée de main, il semble qu’il soit plus difficile que jamais à atteindre. Un article récent – nouvelle épitaphe de la vie en couple – signifie en substance que plutôt que souffrir, les générations présentes s’enferment dans le rejet ou le pragmatisme. La souffrance n’est plus ce pendant que l’on accepte pour devenir – suivant l’idée que ce qui ne tue pas renforce – parce que cela fait partie de la vie.

Heureux sinon rien ?

C’est, en tout cas, est une matière que l’on évite d’évoquer de toutes les manières possibles, dans la vie comme avant la mort. C’est un luxe que l’on estime mériter, écarter la souffrance, une tare que l’on entend étouffer, ignorer. C’est dans Robin des bois, Prince des voleurs qu’un maure, devenu, par les circonstances, l’ami d’un chrétien déclare,  lorsque le doute s’installe dans l’esprit du second : « les hommes ne sont pas parfaits. La perfection réside dans leurs intentions ». Que faire lorsqu’intention, il n’y a pas, lorsque tiraillé.e.s par la peur de l’échec, la peur de la souffrance, la peur tout court, les seules options sont la planque ou l’évitement ?

Evitements (charade)

Le premier ne sait pas ce qu’il veut. Ce qu’il sait c’est qu’il ne veut pas, ce qu’il ne veut plus en l’occurrence rester là où il est. Jusqu’où cela va-t-il ? Est-ce uniquement une affaire professionnelle ou il y a t-il plus ? Il est malheureux et n’hésite pas à le dire. Il vit paisiblement, dans un quartier cossu. Les dehors semblent aboutis et la carrière rondement menée. Une sérénité certaine émane de son couple. Aucune vague, aucun excès : tout est parfait. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, ce soir, là maintenant, c’est le vide qui prime, cela qu’il exprime. Le vide et le doute. Et l’envie de fuir. Ou pas. Il a des responsabilités. Le vide et le doute donc.

Le second est acteur. Il est venu à cette soirée – celle dont il a été question, celle sur laquelle l’heure du détail est venue – il est venu à cette soirée donc, avec sa compagne. Le temps de l’entrée en matière, des présentations de rigueur et de la bonne tenue qui doit nécessairement l’accompagner chez les personnes de bonne compagnie, ce temps passé, il se murge.  Il boit. Tout ce qui lui tombe sous la main. Le buffet étant garni, il a le choix. Il boit. Pour donner une excuse à l’attitude déplorable qu’il pourra déployer ensuite. Ensuite ? Il drague. Ouvertement. Dans le mépris le plus complet des amis qui l’ont invités, de la compagne, de la draguée. Il drague. Jusqu’à être définitivement éconduit. Il n’en a cure. Il s’est murgé, s’est vidé, en a terminé. Il était soûl. Le voilà pardonné.

En bonne compagnie

Mon troisième est contempteur. Il se contente de regarder, la lubricité dans l’oeil, de valider ou de conseiller le second d’un air entendu. Bien plus réservé dans ses actes, ses intentions n’en sont pas moins claires. Il rappelle ces malfrats qui envoient d’autres exécuter le sale boulot à leur place pour ne pas se salir les mains.

Mon tout est dit dans le titre. Reste une question: et après ?

Ambition

Le prisonnier date de 2009. C’est une minisérie en six épisodes avec Dumbledore/Gandalf/Magneto, l’acteur Ian McKellen. Elle raconte l’histoire de 6, un homme qui échoue dans le « Village », un endroit où tous les prénoms ont disparus, remplacé par des numéros. L’endroit, situé en plein désert, est régi par un code tacite, secret, que personne n’ose enfreindre. Pourquoi, demande 6 ? Pourquoi choisir l’emprisonnement ? Le courage est aussi dangereux que la différence. 6 représente une menace. Pour le système, dont il ne comprendra que tard les tenants et aboutissants. La liberté qu’il appelle de ses vœux a un prix. Acceptera-t-il de le payer ? La série en six épisodes est l’adaptation d’une série plus ancienne, britannique, au succès retentissant, daté de 1967. C’est dire que cette question que cette question taraude. C’est dire qu’elle inspire.

Le prix de la liberté est-il trop élevé ?

Toute relation est imparfaite comme ceux qui la font. Mais si la perfection n’existe pas en l’homme, elle peut résider dans ses intentions. Pourquoi l’imperfection serait-elle une tare ? Si c’est tout ce qui est possible, autant faire avec. L’essentiel ne reste-t-il pas de choisir, en conscience ? L’essentiel n’est-il d’écarter la paresse, la facilité pour faire au mieux selon ce que l’on définit comme tel  ? L’essentiel n’est-il pas d’être en phase avec soi ? Comment ne pas parler de responsabilité ? Pour ne brusquer personne ? Parce que chacun fait comme il peut ? En effet. Chacun fait ce qu’il peut, ce qu’il veut, pourvu que cela n’outrage personne. « Il est permis de rêver à un avenir où les hommes ne connaîtront d’autre usage de leur liberté que ce libre déploiement d’elle-même…»

Conclusion

« C’est à l’homme de faire qu’il soit important d’être un homme, et lui seul peut éprouver sa réussite ou son échec. Et si l’on dit encore que rien ne l’oblige à tenter ainsi de justifier son être, c’est qu’on joue avec mauvaise foi sur la notion de liberté ». Ces mots-là aussi sont de Simone de Beauvoir. Il n’y a pas que femme que l’on devient. Femme ou homme, il n’y a aucune obligation à devenir. Juste une réflexion à mener à son terme puis un pas ou deux ou trois à franchir, quels que soient les aléas, les angoisses, les peurs, le prix.

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