Dans ce monde assuré, les risques ne se prennent plus volontiers…

le

Dans ce monde assuré et unifié, les risques ne se prennent plus volontiers. L’amour  est un plaisir peut-être (…), la passion en tout cas est une aventure. Elle vient rompre des rythmes qui sont solidement réglés et adoptés par tous uniformément. Tout le monde est assez riche aujourd’hui pour ne pas crever de faim, personne ne l’est plus assez pour ne pas dépendre d’un bureau, d’un métier, d’un gagne-pain, d’un horaire.
La vie est facile mais elle est incroyablement prévue; on va n’importe où, mais pendant quinze jours de vacances seulement, et il faut retenir un an à l’avance (…)
Dans cet univers où l’on ne peut plus fuir, où tout est prévu par des textes, où tout est remboursé, où l’on vous paye s’il pleut, la passion qui bouleverse n’est pas chez elle.
Tout est trop sûr, tout va trop vite, tout est trop prés.
(…)

La vérité, c’est que l’amour moderne mène une vie trop commode dans un monde rapetissé avec des étiquettes partout et des garanties de tous les côtés.

(…)

A force de défendre dans notre littérature, dans nos films, dans notre vie privée, la sublime grandeur des triomphes de la passion, nous en avons fait une toute petite chose si quotidienne qu’elle ne nous frappe plus et qui n’entraîne plus beaucoup de risques. (…)
Nous en avons fait un caprice. »

Jean d’Ormesson, Article  Arts, 8-14 mars 1961 in Chroniques du temps qui passe

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s