#CAPITAINEsolo – Sandrine « J’ai passé Noël dans un aschram… »

Décembre 2018 – Sandrine est épuisée. Organisée, indépendante, elle est maman d’une adorable adolescente dont elle vante l’affection et la gentillesse. Cette année encore,  elle n’a pas envie de souscrire aux traditions. Noël n’a jamais été son truc…

« Je n’aime pas Noël. Je n’ai jamais aimé Noël. Noël pour moi est au mieux synonyme d’obligations au pire de séparation (la fin de son couple). Les guirlandes ne sont pas écolos. C’est une fête religieuse et je suis athée. C’est le consumérisme à outrance et je suis complètement en désaccord avec cela… » Cette année s’annonce sous les mêmes auspices. Sur la place du centre-ville, les guirlandes sont installées: elles éblouissent son salon, confortent son agacement. Le boulot, la vie, le quotidien: tout est calme.  Cette année, sa fille n’est pas là. Alors, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas s’offrir un Noël tout à soi ?

« Je regarde, sans bien comprendre ce que c’est.… »

« Quand j’ai enfin intégré que j’étais libre de faire ce que je voulais, j’ai pensé à quelque chose de spirituel. Cela m’est venue comme une évidence… » Oui, mais quoi ?
Sandrine médite. Toutes les deux semaines, elle retrouve sa bande pour ce faire. C’est là qu’une amie lui propose un endroit, du côté de Chartres. « Ce n’est pas loin. L’argent n’y est pas un problème : environ 22 €/ jour pour le logement et le repas. Pour deux/trois jours, me dis-je, cela devrait coller. Je regarde, sans bien comprendre ce que c’est. Ca a l’air mignon, un peu bisounours. J’envoie un mail… »
Et après ?
La curiosité. L’impatience. Le questionnement. L’attente. La réponse. L’accord. L’inscription. « J’étais contente. Plus de doute : je ferai ce que je voulais. Je pouvais refuser les invitations et mettre mon projet à exécution… »

Au départ…

Elle ira en train, malgré les quelques craintes qui la taraudent à l’approche du départ. «  Je suis allée en Inde deux fois. C’est une autre culture. Je le sais. J’appréhende un peu. Au pire, je suis tout prés… Je commence à me mettre des limites… Et si, et si, et si…  ». Le voyage n’est pas long mais lorsqu’elle arrive à destination, il fait nuit noire. L’endroit est désert. Sandrine s’interroge. Elle s’impatiente. On devait venir la chercher mais personne n’est là. Elle vérifie l’horaire. A-t-elle bien noté le numéro du contact ? Elle ne sait pas où elle est. Il n’y a plus de train. Elle ne connaît personne. Elle est perdue, loin de chez elle. Une voiture approche. Quelqu’un en sort. Il se dirige vers elle. Il est exactement tel qu’elle l’imaginait : original.

« Dans la vie, je suis une gourmande. Je veux tout, tout de suite »

Le programme: Séva, déjeuners en silence, mandalas et cinéma

Dans la voiture, la conversation s’engage. Tutoiement immédiat. Pourquoi pas… Ils arrivent à la ferme au moment des chants. Elle peut déposer ses affaires puis participer. Reste à déposer sa vie, sa charge, son quotidien… « Les chants aux divinités sont en sanskrit. Je chante même si je ne comprends pas. C’est très joyeux. Puis, vient l’heure du repas.  En discutant, je comprends que tout le monde est là pour Amma. Je la connais de nom mais je ne suis pas là pour Amma. Je suis l’une des rares à n’avoir pas échangé un câlin avec Amma. Il y a des affinités de valeurs. Cela devrait aller. Cela ira… » Il faut aller se coucher. « Je partage le dortoir avec deux autres personnes. Ce sont de petites chambrées. Pas vraiment un dortoir… ». Le programme du lendemain est distribué : prières et mantras (Archana), méditation ou yoga, déjeuner en silence, séva – service désintéressé – précédé d’une réunion pour répartir les tâches bénévoles de la matinée (3h) -méditation, déjeuner en silence, séva ou aprés-midi libre… « Comme c’est Noël, il y a des projections de films. J’ai vu Marie-Madeleine et un documentaire sur un prêtre qui s’est éveillé en Inde… »  puis bhajans (chants de dévotion), dîner vers 20h « durant lesquels on peut donc discuter… », enfin, soirée libre.

« Une vie aussi structurée, c’est d’un repos total… »

 « Il me semble inutile de raconter chaque journée. Ce que je retiens, c’est qu’elles sont très structurées : c’est d’un repos total. Cette manière de contrôle pour lâcher-prise, de gestion sans flicage, c’est relax. Les activités ne sont pas obligatoires. C’est un centre ouvert, immense…» Six hectares de terrain, une ferme avec dépendance, des écuries, des champs, trois plans d’eau…

« J’ai marché. J’ai lu. Tu n’es pas retirée du monde… J’avais envie d’être complètement dans le truc: j’ai donc suivi le programme. J’ai aimé… Cette structure m’a fait beaucoup de bien. Les prières, les chants, les mantras, même si c’est plus compliqué lorsque l’on ne connaît pas la langue. Je perçois que c’est très religieux. Mais cela baigne dans l’amour… » Sandrine a chanté. Elle a vécu la communion, « saisi les bonnes vibrations en circulation« . Elle s’est étonnée de ce que le public soit plus jeune ou beaucoup plus vieux. Venir est un choix. Il y a beaucoup de femmes seules, de mamans accompagnées de leurs enfants, en bas-âge, adolescents. Certains vivent sur place. « Ils sont heureux d’être là, de vivre dans ce cadre-là. Ils travaillent puis viennent participer aux activités… »

« Le silence m’a fait du bien…»

Il aura fallu un temps pour s’écarter des habitudes, relâcher la pression. Il lui aura fallu un temps pour passer par-delà les résistances et les rigidités que crée la nécessité de faire face à tout, seule, tous les jours. «  J’avais rendez-vous, à mon retour, à la maison. Il me semblait urgent, ce rendez-vous. Il me semblait fondamental avant le séjour… Mon train a eu une heure et demi de retard. Je m’en moquais totalement. Je me suis levée tôt. J’ai perdu ma matinée et rien… » Le détachement, la déconnexion : elle y est parvenue, sans en avoir pleinement pris conscience avant ce moment-là, sur la route du retour. «  Dans la vie, je suis une gourmande. Là bas, je n’avais rien à penser. Le silence m’a fait du bien. Cette discipline m’a apaisée. S’extraire du monde qui s’agite, ne plus courir après des choses inutiles, tout ça : ce sont des lieux où tu es centrée sur autre chose et en même temps complètement en paix avec toi même… »

« Un monde tel que je l’imagine… »

 

Apaisement, sérénité, don de soi, partage, liberté : « à aucun moment, on ne m’a demandé pourquoi je suis là. Pas de curiosité« . Amour, bienveillance, tolérance, collectif, communauté : « le monde devait être régi par ces valeurs. J’ai vraiment aimé vivre un instant dans un monde tel que je l’imagine… »


Un commentaire Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s