Ton existence se limite au sens que tu lui donnes*

Ils sont tout, font tout, changent tout mais jusqu’où ? Si vous pensez que les enfants doivent être le centre de la vie de leurs parents, ce post vous intéresse. Si vous pensez le contraire, il vous intéresse tout autant.

« Il m’arrive d’être debout là, au milieu du salon et de me demander : quel est le sens de tout cela ? Pourquoi je fais tout cela ? Qu’est-ce je veux vraiment ? Qu’est-ce je veux faire de ma vie ? Je me pose la question. Je m’assoie une minute pour y réfléchir. Et puis, je regarde ma fille…
Tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle devient, tout ce que je lui souhaite. Et je me dis que ce n’est pas bien grave de n’avoir pas réussi, ni entrepris tout ce que j’ai voulu. Pourvu qu’elle le fasse. Pourvu qu’elle soit heureuse. Pourvu qu’elle ne manque de rien et qu’elle aille le plus loin possible. Sa réussite sera la mienne. Alors, il n’y aura rien à regretter ». Il est fou de sa fille, de ses enfants. Ils sont toute sa vie. Ils sont sa chance d’un au-delà. Ils sont un investissement, un gage d’avenir. Et cet investissement explique, en tout cas pour partie, le surinvestissement  de l’espace scolaire.

« Sa réussite sera la mienne…« 

Strict choix des écoles, encadrement du personnel enseignant, suivi minutieux des résultats et succès des cours particuliers (même la banque en propose désormais): « chaque année, il devient de plus en plus important de réussir et ce poids pèse plus que jamais sur les épaules des enfants (…) Du diplôme dépend non pas seulement l’insertion professionnelle au début de la vie active mais toute la trajectoire sociale » (Eric Maurin, La peur du déclassement). Ils portent les espoirs. Ils portent les envies de réussite. Très vite, ils intègrent cette notion de sacrifice, de place, celle que l’on a méritée, celle qu’il s’agit de conserver au moins, de dépasser au mieux. Pourtant, ce ne sont que des enfants.

Trêve de rêves

Dites simplement l’envie de vous engager dans quelque voie peu sûre, hors des sentiers battus, au hasard l’entrepreunariat, et il vous sera rétorqué, à quelques variantes près : « Réfléchis.  Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour ton.es enfant.s. Il.s a/ont besoin de sécurité. Il.s a/ont besoin de cadre. Il.s a/ont besoin de confort matériel. C’est à toi de lui/leur assurer. Tout le reste est secondaire ».

« La réussite, l’accomplissement ne sont-ils que purement égoïstes ? »

Est-ce à dire qu’une fois passé l’accouchement, le droit au rêve s’envole en fumée ? Est-ce à dire que ceux qui bénéficient de revenus plus importants, de plus grandes garanties financières et matérielles sont ceux qui éduquent le mieux leurs enfants ? Sont-ils les seuls à avoir le droit de rêver  ? De vouloir plus, plus grand ? La réussite, l’accomplissement ne sont-ils que purement égoïstes ? Pourquoi tout doit-il être si clivé ? En la matière, ce clivage aussi impacte plus les femmes que les hommes. « « Evidence » du travail masculin et « contingence » du travail féminin reflètent, en réalité, une construction sociale axée sur Monsieur Gagnepain, chef de famille et Madame Aufoyer, ayant-droit. Même si cette image s’est affaiblie au fil des ans sous l’effet conjoint de la hausse du niveau d’éducation des jeunes filles et de leur aspiration légitime à tirer profit de cet investissement d’une part, et des évolutions du modèle familial traditionnel d’autre part, cette construction sociale imprègne encore largement les mentalités, notamment dans certains milieux sous l’effet des pesanteurs culturelles et religieuses. Ce droit à l’autonomie économique des femmes grâce à leur travail n’est pas encore pleinement reconnu et la notion de salaire d’appoint reste encore très présente » (Hélène Fauvel, rapport « Les femmes éloignées du marché du travail, pour le CESE)

Qui suis-je ? Où vais-je ? Avec qui ?

Il en est de même des relations. Quand engager une relation ? A quel moment peut-on considérer sa progéniture prête à accepter une personne nouvelle dans son existence ? De la crèche à l’école, en passant par le conservatoire, la salle de sport ou le futur spectacle de fin d’année, sa vie est pourtant jalonnée de relations nouvelles. Mais qui n’a jamais entendu : « Il est trop tôt. Je ne peux pas encore intégrer une nouvelle personne dans sa/leur vie… ». Que cache ce surinvestissement-là ? Pourquoi ne pas assumer les limites que l’on s’oppose, que l’on s’impose, bref pourquoi ne pas être honnête avec soi-même ?
Ils étaient deux, descendant du train, un après-midi d’automne. Une journée ordinaire, semblait-il, simplement teintée de cette fatigue adolescente, habituelle. Une fille. Un garçon. Ils devaient avoir douze ou treize ans. Il n’avait pas tout à fait mué. Tous les deux portaient un sac à doc. Tous les deux se rendaient ou revenaient de leurs activités sportives ou culturelles du mercredi. Tous les deux discutaient de la vie, avec des parents séparés : les affaires en doublon, les fins de semaines qui alternent, les sacs pour faire l’appoint, la concentration quand même, pour ne rien oublier, la responsabilité, les nouveaux petits amis que l’on aime un peu, pas beaucoup, presque. Ils n’avaient pas l’air désorientés, ni perdus, ni mal dans leur peau. Bien au contraire. Il s’agissait de leur vie voilà tout.

« Leur vie, voilà tout »

Théorie centrifuge

Jusqu’où peut-on pousser l’excuse ? Jusqu’où peut-on limiter ses envies, ses ambitions ? Jusqu’où peut-on limiter les moyens de les atteindre ? En couple ou en solo, est-ce véritablement le propos ? Être seul face aux défis de l’ambition suppose-t-il devoir y renoncer sous prétexte, notamment, de protéger ses enfants  ? Ils sont tout, ils font tout, ils changent tout, ils ont bon dos. Ils l’ont même un peu trop large. Ils sont pourvoyeurs de joies profondes, de contradictions indispensables. Ils ajoutent du sel, du piquant à l’existence. Ils enseignent l’amour inconditionnel, la colère maîtrisée. Ils décentrent. Ils recentrent. Mais non, ils ne sont pas le centre. Le centre reste soi, ses ambitions, ses responsabilités, la plus importante, pour eux: l’accomplissement.

« L’accomplissement est une bonne chose pour soi… »

Et si la solitude, un temps, souvent, peut servir, c’est en cela. « La solitude est une véritable rencontre avec soi-même. Par cette expérience, l’homme est confronté aux questions fondamentales de la vie : quel est le sens de son existence, qui est-il, quelle place occupe-t-il dans le monde, quelle relation entretient-il avec les autres ? Autant de questions qui mènent à l’introspection et à une meilleure connaissance de soi et des rapports humains » (Gérard Macqueron, Psychologie de la solitude*). L’accomplissement est une bonne chose pour soi. C’est une bonne chose pour eux. C’est une chose qui ne dépend pas d’eux. Pas que d’eux.
On peut l’être, accompli, sans enfant, sans en vouloir jamais. On doit l’être avec. On doit le vouloir, quoi qu’il en soit. Surtout parce que c’est un cadeau merveilleux que de les laisser complètement libres de choisir ce qu’ils souhaitent en devenant  ce que l’on souhaite.

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