#Solitudesmodernes 1/3 – Solitudes subies, solitudes choisies et déconnexions – Actualisé

#Solitudesmodernes 2/3 – Quand travailler isole…
#Solitudesmodernes 3/3 – Les nouveaux mots de la solitude

Au Japon, ce phénomène porte un nom. On le nomme Hikikomori. Il est un mal des temps modernes. Sans doute parce que ces temps l’autorisent. Il exprime un besoin profond: le besoin de déconnexion.

Le terme signifie « se retrancher ». Il essaime. On le retrouve, sous des formes légèrement nuancées, en Europe ou en Amérique du Nord. Au Japon, les hikikomori représenteraient près d’un demi-million de personnes, près d’un adolescent sur cent, un phénomène vieillissant. (Sciences et avenir).  « Les Hikikomori décident en général de se couper radicalement de la société pour une durée indéterminée en se murant la plupart du temps dans leur chambre avec un désintérêt total pour le monde réel (…) Ce sont principalement des garçons qui après un échec ou un conflit dans le domaine amoureux, amical ou familial, se retrouvent dans l’impossibilité de se positionner du côté de leurs semblables.

« N’est-ce pas, au fond, le fort de la solitude que d’interpeller ? »

Face à la pression sociale ou familiale, ils préfèrent briser les liens, se retirer de la société et s’installer dans un autre espace-temps » (France Inter).  Reclus volontaire, souvent hyperconnecté, le hikikomori intérroge la division de la solitude entre subie et choisie. Le phénomène interpelle la société japonaise dans son essence, dans ses traditions.  N’est-ce pas, au fond, le fort de la solitude que d’interpeller ?

Diverses solitudes

Ashrams, temples bouddhistes, monastères, abbayes, couvents, retour à la nature : « la mode actuelle est aux espaces de solitude ». Dans une société qui appelle chacun à assumer des rôles multiples, au travail, avec ses amis, dans son couple, la solitude est perçue comme bénéfique, comme un repli sur soi salvateur. Quand devient-elle un problème ? Le niveau de connaissance rend femmes et hommes plus indépendants, plus autonomes donc immanquablement plus seuls. Unique, créateur de son destin et seul.  Seul face à ses choix. Libre de choisir ou non une communauté. Libre de le rester, seul. Trop libre peut-être. Cette pression qui appelle la solitude est, paradoxalement, la même qui pèse sur ceux qui décident de l’être, à un moment que la société définit comme anormal. « Seul » est un mot complexe, ambivalent. Il est porteur de crainte, de peur, pas seulement pour celui qui vit la solitude mais aussi pour la société.

Ambivalentes solitudes

Dans un univers d’interconnexions et de sollicitations permanentes, le mot « seul » peut être connoté négativement. Il n’a pas la même portée à 25 ans qu’alentour de 40 ou après 70 ans, lorsque l’on s’est retiré du monde du travail, de la sphère de production.

« Libre de le rester, seul. Trop libre peut-être… »

Il n’a pas la même portée selon que l’on soit un homme ou une femme. Est-ce l’apanage de l’hyperconnexion ou de l’homme posé, imposé, comme animal social, comme outil élémentaire de production  ? La solitude a un genre. Durkheim l’affirmait, à la fin du XIXème, comme bien plus pesante pour les hommes que pour les femmes. Marie-France Hirigoyen postule que les femmes restent seules plus longtemps après une séparation – elles en sont les principales initiatrices – pour profiter « de cet espace de liberté, d’autonomie ». Subie, choisie, elle l’est, tour à tour. Elle est une contestation.  Elle est symbolique. Elle ne doit pas durer.

Sentiments de solitude

Le sentiment d’être seul, isolé, l’impression de n’être compris, ni attendu par personne, de ne compter pour personne, d’être un parmi tous ces autres, enfermés dans une vie chronométrée, accable.  « Cinq millions de Français de plus de 18 ans souffrent de la solitude, soit 12% de la population. Un phénomène qui va s’accentuant (+ 1 million par rapport à 2010) et qui pour la première fois touche les 18-29 ans, jusque-là épargnés. Ils sont désormais 6% à se sentir seuls »  (Psychologie magazine).  Cette forme d’ostracisme impacterait surtout ceux que l’on nomme les seniors, les retraités. C’est à ce moment que se trace une différence fondamentale entre les sociétés libérales et les autres. Un moment où se perçoivent les fractures, familiales, sociales, territoriales, numériques. « Sept sur dix aimeraient bénéficier plus facilement d’un accès à internet et aux réseaux sociaux » (Le Parisien). Pour cette population, la solitude ne constitue cependant pas une préoccupation majeure. L’autre, la perte d’un proche, est ce qui importe le plus.

« Rester actif, productif, compétitif, réactif. Plus rien n’entrave cette nécessité absolue… »

Libre, liberté, libérale

Dans le film d’animation Wall-E, l’humanité a atteint un niveau de développement tel qu’elle a été capable d’émigration spatiale, de survivre hors de l’espace terrestre qu’elle croit perdu. Chacun vit seul sur son fauteuil volant. Chaque être humain, hyperconnecté, vit via son écran, qui le relie à l’autre tout en le coupant du monde alentour. Ainsi, les êtres humains sont ensemble sans l’être, sans en avoir, ni envie d’en prendre conscience. L’humain ne vit que par la machine. Elle pense à sa place, agit à sa place, réagit à sa place. Reste à l’humain, en état de survivance numérique, à satisfaire ses besoins primaires : manger et dormir, jusqu’à ce qu’une étincelle lui rappelle ce qu’est vivre véritablement.
Les sociétés libérales et celles qui lui ressemblent sont hyperactives. Il faut produire pour accéder au niveau de vie proposé comme idéal. Il s’agit, pour se faire de rester actif, productif, compétitif, réactif, créatif. Plus rien n’entrave cette nécessité absolue: ni la vie en communautés stratifiées, ni la religion, ni l’éducation, transformée en une somme de compétences à acquérir, à chaque stade de son existence, pour servir, en temps voulu, le temps qu’il faudra,  la machine à production. Le dimanche est en passe de n’être plus payé double. Plus rien n’entrave la production. Plus rien ne rassemble sinon la famille, que l’on privilégie nucléaire, réduite au strict minimum, sous prétexte d’intellectualité, de moyens, de productivité, de production. Plus rien ne l’entrave si ce n’est l’envie de ne pas en être, de donner du sens à cette existence, de la rendre unique, autant que possible. Le hikikomori se retranche. Tout comme le NEET, c’est avant tout un modèle, une assignation qu’il rejette. Les sociétés libérales créent la solitude en la déconseillant fortement hors cadre. De libérales, elles n’ont d’ailleurs que l’économie : des structures vieillissantes mais utiles veillent et recadrent strictement ceux qui tendent trop loin à la liberté.

(…)

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