Le droit à l’erreur et le devoir de l’accepter

Nous avons passé l’aprés-midi ensemble, parsemée de ces habituelles répliques : la fatigue, les cernes, les larmes, cette impression d’être débordée à force de tout tenir, tout retenir, tout le temps, debout, parce qu’il le faut. Sinon, qui le ferait ?

Mais tout cela n’a rien d’original. Rien de spécial ni de particulier. C’est horrible à lire et c’est vrai. La fatigue donc, la déprime, la dépression, l’envie de tout envoyer balader, de partir loin, d’en sortir, de se libérer, juste un instant, de respirer…

Rien d’original.

Ce n’est même pas une question de genre. Même pas une question de solitude. Maman solo, papa solo, femmes, hommes chargé.e.s mentalement, même combat : c’est dur. C’est harassant. D’autant que l’on se croit le devoir de tout assumer, de tout accepter, pour le bien de tous, parce que tout le monde en dépend. Les enfants d’abord qui, psychiquement, sans cette force centrale, fondamentale, s’effondreraient littéralement. La famille ensuite. Celle qui pressure. D’autant que l’échec est flagrant : la solitude est là pour le prouver ou la vie qui ne tourne pas suffisamment rond. Pas comme il le faudrait.

« Rien d’original… »

Ces parents et tous ces autres qui se croient en mesure, en position, en droit, de donner un avis, quand bien même personne ne le leur a demandé.

Une question de place, insiste-t-elle.

Sans doute.

L’erreur est repérée.

Une question d’espace aussi, qu’ils s’octroient, parce que la société le permet. Elle permet d’assigner au rang de moins que rien ces incapables qui n’ont pas su faire couple jusqu’au bout. Ces égoïstes, ces ratés, ceux qu’il convient désormais de guider, de jalonner pour leur assurer de s’inscrire à l’avenir dans les clous. Puisqu’il n’y sont pas parvenus seuls. Et qu’ils n’y arriveront sans doute jamais.

Parce qu’on l’autorise.

Le droit à l’erreur

Les enfants s’effondreraient-ils de savoir que tout n’est pas parfait ? Le couple s’effondrera-t-il s’il manque une salière sur la table du dîner ? La maison s’effondrera-t-elle pour une lessive manquée ? Une vie sociale s’effondrera-t-elle d’avoir été délaissée pour une soirée à ne rien faire ? Rien du tout. Une année scolaire manquée signifie-t-elle l’effondrement de tous les projets futurs ? Une facture en retard signifie-t-elle une gestion catastrophique ? Les vacances manquées de Barcelone signifient-t-elles une incapacité à lâcher-prise, la fin d’une relation, de l’ambition de partir ensemble, de l’envie de se retrouver  ?

Tout n’est-il que négatif ?

Tout n’est-il que superlatif ?

Tout est-il si définitif ?

Non.

Le monde continuera de tourner.

Il pourrait même supporter une incompétence, une connerie, un manquement, un écart de plus. Parce qu’il a autre chose à faire l’univers, qu’épier la moindre des fautes de tous les solos, ponctuels ou plus ou moins permanents qui le peuplent. S’il devait envoyer un message l’univers, voilà, en deux mots, ce qu’il dirait : « Pardonne-toi. »

Le devoir de l’accepter

Tout ce poids qui pèse en permanence sur les épaules du même, que dit-il ?

Pourquoi ce poids pése-t-il sur ces épaules en particulier ? Pourquoi reprocher à l’autre de passer outre, de tourner la page, d’avoir tourner la page, d’être passé à autre chose, trop tôt, trop vite ? Pourquoi reprocher à l’autre de n’y rien comprendre ? Quel est le problème au fond ?

« T’es-tu pardonné ? »

Es-tu prêt à faire la paix avec ce passé, avec ces expériences ?

Une histoire qui a tournée court, quelle qu’en soit la durée, quels que soient les choix, les non-choix qu’elles recèlent, quels que soient les « sacrifices », les abandons, les tentatives, les souffrances, une histoire qui a tourné court, qui ne tourne pas rond comme il le faudrait est bien une expérience ? Ce n’est bien qu’une expérience ? Un moment ? Dont on définit l’importance ? Dont on décide de définir l’importance ?

N’est-ce pas ?

T’es-tu pardonnée ?

Donner le temps au temps

L’après-midi est passée ainsi entre défis et poids du reproche et prix de la responsabilité et le tri, impossible parce que tout est une priorité, tout est prioritaire. Il n’y a pas de détails dans pareille existence : tout est important puisque tout repose sur les épaules d’un seul, Atlas des temps modernes, Sisyphe plus encore.

Donner le temps au temps, certes, mais prendre le temps surtout, de se pardonner pour pardonner à l’autre, à tous les autres, et rendre, imposer s’il le faut, à chacun sa place. Accepter sa vie, c’est l’assumer. Avec ses hauts et ses bas. Le bon et le mauvais. Les échecs et les succés. Toutes les expériences. C’est refuser le jugement. Ou le prendre comme tel. Et décider de passer outre. De l’ignorer. De lui rendre sa place, à lui aussi, d’avis, d’opinion, de point de vue.

Donner le temps au temps et prendre le temps de redevenir « capitaine de son âme ».

Tant que l’on ne s’est pas pardonné.e, ce sont les autres, tous les autres, qui commandent, qui comptent, qui pésent, qui choisissent, qui guident, qui imposent. Avec tous ces autres, cela fait beaucoup pour trouver la paix. Beaucoup trop.

Trouver la paix est une affaire personnelle.

Le bonheur aussi, semble-t-il.

Pour ceux – dont je suis – qui y croient, en tout cas, et qui escomptent le partager.

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