L’amour au temps des GAFA – 9/10

« Je [n’est] plus un autre, extérieur, lointain. « Je » [deviens] « Moi », une promesse, un défi. »

Rien à voir avec ses débordements affectifs qui projettent un ailleurs rassurant, sans substance. Rien à voir avec ce qui coupe de l’être, de l’essentiel, tout ce qui entrave, ce qui impose plus que d’accepter, plus que composer. Musset et Sand, c’est beau. Jusqu’à la destruction…

Rien à voir avec tout ce qui détruit. Où est la beauté dans le mal que l’on se fait, dans celui que l’on fait  ? Rien à voir avec le sacrifice. Un sacrifice pour quoi faire ? A quoi bon le sacrifice ? Rien à voir avec la peur de n’être pas seul, plus seul, avec « l’angoisse de la liberté, l’angoisse de l’autonomie » (Roland Gori). Rien à voir avec le besoin de toucher, de sentir, d’entendre, de goûter même lorsqu’il est source de plaisir, surtout s’il n’est que cela. Rien à voir avec l’image que l’on en donne, avec les injonctions, la tyrannie de la forme, les assignations, ces prisons des temps modernes. Rien à voir avec les boîtes, les cases, à vendre, à louer, à valoriser pour mieux mesurer, commander. Tout a un prix. Y compris la tranquillité. Rien à voir avec le rêve, la fiction, avec les habitudes, le paraître, l’intérêt. Et pourtant, il est tout cela l’amour au temps des GAFA.

« Rester compétitif, adaptable, rebondir. »

Générique de fin

Christophe pourrait s’appeler Jean-Marie. Il serait un ami, un proche, un voisin. Celui de la bande qui sait tout sur tout, celui qui a tout compris, pour qui tout marche, qui a une solution à tout. Il aurait, en effet, une quarantaine d’années. Il serait heureux dans la vie, comme dans son portrait. Il serait celui qui dirait que tout ira bien. Qu’un.e de perdu.e, dix de retrouvé.e. Il est celui qui fait du bien lorsque ça fait mal, celui qui rappelle que l’essentiel n’est pas là, enfin. Que la valeur varie et qu’il convient de ne s’attacher qu’à ce que l’on connaît, ce qui rapporte, ce qui rassure, ce qui est rassurant. Rester compétitif, adaptable, rebondir. Jean-Marie est pragmatique. « Jadis, nous ne choisissions pas notre conjoint, ni notre métier : notre famille le faisait pour nous. Nous ne choisissions pas notre destinée, nous avions une place dans la société. Nous évoluons aujourd’hui dans des sociétés individualistes et compétitives. Il faut s’y montrer capable pour conquérir un travail, de l’amour ». (Christophe André, Imparfaits, libres et heureux). Christophe/Jean-Marie a compris. Grand cœur, il s’attache à partager sa vision de la vie. Il ne s’égare plus : il ‘performe’. Dans le monde dans lequel il s’achemine, il ne bute pas : tout est calculé à l’avance. Nous avons tous notre Jean-Marie.
Un Jean-Marie est incontournable.
Qu’y a-t-il à reprocher  aux Jean-Marie ?
Il s’adaptent.
Adaptabilité.
Réactivité.
Compétitivité.
Les mots de l’entreprise.
Les mots de l’époque.

Promesses et défis

Grégory et Emma s’en tiendront là. Pourquoi chercher plus loin lorsqu’ils ont déjà tout ? En parler, mettre en exergue ce qui dysfonctionne est sans doute qui leur a manqué. Ils poursuivront donc la thérapie engagée. Pour faire le point et avancer en conscience. L’essentiel étant que ce soit dit. C’est fait. Le reste, quel reste ? Tout est là. Ils sont ensemble, pour le meilleur comme pour le pire, remparts contre les aléas de la vie, ensemble, envers et contre tous. Pourquoi être seul.e lorsque l’on peut-être accompagné.e ? Pourquoi se compliquer la tâche lorsque tout est déjà si complexe ? L’autre, celle l’a transporté, Grégory, celle qui complique, est oubliée. Une autre bébé est en route. Emma et Grégory parlent mariage. L’histoire s’achève comme il se doit.

« L’un est heureux, l’autre ne l’est pas… »

Michel/David continue de cumuler en quantité tandis que Martin/Franck cumule en qualité. L’un est heureux, l’autre ne l’est pas.

Charline et Romain se sont croisés ici, au sortir d’un entretien. Ils se côtoient prudemment depuis quelques semaines. Elle n’ose pas croire que l’on puisse si bien s’entendre. Lui non plus, à vrai dire. Ils s’interrogent encore: est-elle quelqu’un de bien ? Est-il celui que j’espère ? Que penses-tu d’elle ? Crois-tu qu’elle me conviendra ? «  Pour rencontrer l’autre, il faudra cesser de se protéger, ne pas craindre sa vulnérabilité, savoir montrer que l’on a besoin d’être aidé ou consolé, lâcher nos certitudes et surtout nos exigences. Il faudrait accepter les surprises de l’amour. Ne dit-on pas « tomber » amoureux ? Cela implique une surprise, le fait que l’on ne s’y attendait pas ». (Marie-France Hirigoyen, Les nouvelles solitudes)

« Ce que [Je] imagine de plus beau… »

Ils ne s’y attendaient pas. Et pourtant, voilà : ils se sont rencontrés et devront mettre à part toutes leur « croyances » respectives pour faire place à cette relation nouvelle. « Ce que l’on appelle l’amour, c’est l’exil, avec de temps en temps, une carte postale du pays » (Samuel Beckett, Premier amour). Il est, l’amour, ce que [Je] imagine de plus beau, ce qu’il offre au réel, ce qu’il lui confronte. Ainsi, « Je [n’est] plus un autre, extérieur, lointain. « Je » [deviens] « Moi », une promesse, un défi. » (Tania de Montaigne, L’assignation)

(…)

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