L’amour au temps des GAFA – 6/10

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« Les plus beaux cadeaux du monde nous arrivent sous forme de démenti. C’est quand on a décidé de fermer sa vie qu’une porte se rouvre » ( Didier Van Cauwelaert, La femme de nos vies).

A l’instant où nous en parlons, il est seul.

Aime-t-il plus celle-ci ou celle-là ?

Ces mots n’ont pour lui absolument aucun sens. Il ne lui viendrait pas à l’esprit de choisir : elles représentent un tout. Un tout qui le rassure. Un tout qui lui retire la nécessité de quêter ailleurs ce qu’il obtient, présentement, de multiples manières, sans qu’il ne soit nécessaire de mentir ni de tromper qui que ce soit : tout le monde est d’accord. Mieux, tout le monde y trouve son compte, le contentement.

Martin est un polyamoureux.

C’est ainsi qu’il se nomme. C’est ainsi que l’on nomme ceux qui comme lui ne départagent pas en quantité la qualité de leurs relations ni de leurs rencontres. Il se fout, Martin, de ce que nous pensons de sa manière d’aimer. Il se moque de cette idée selon laquelle « la pratique du polyamour et de la polyfidélité n’éveille pas l’enthousiasme. Dans les rares cas où ces cohabitations s’installent dans la durée, elles sont le résultat du pouvoir d’une personne qui jouit (…) d’une position de force susceptible d’imposer sa volonté aux partenaires plus faibles » (Marcela Iacub, La fin du couple). Il rétorque, presque sans hésiter, cet autre extrait, du même auteur suivant lequel « Si les hommes cherchent en principe le sexe sans attaches, ils dénigrent tout autant que les femmes « honnêtes », celles qui cherchent le sexe sans attaches, « les putes » (…) Les femmes qui cherchent du sexe sans attaches sont bien plus attentives que les autres à l’intensité de cette expérience, ce qui obligent les hommes à avoir devant eux un partenaire et non pas un être qui s’offre à eux comme un objet ».

« Ce carcan-couple qui lui semble bien trop restreint, bien trop étroit… »

Il indique encore, non sans malice – il n’en doute pas: cette question arrive… – « le droit naturel est conçu de telle manière qu’il suffit à une femme de récupérer du sperme d’un homme pour qu’après s’en être inséminée, elle puisse l’obliger à devenir le père légal d’un enfant (…) La volonté des réformateurs a été de construire une filiation dont le socle soit le rapport biologique entre la mère et l’enfant, seul indestructible et incontestable, car fondé sur l’accouchement [faisant ainsi que ] les enfants doivent leur vie à leur mère et non pas à leur père ».

Martin est libre mais pas seulement.

Libéré notamment de cet état dogmatique qui impose que l’amour ne s’écrive qu’à deux, dans ce carcan-couple qui lui semble bien trop restreint, bien trop étroit.

Traverser les collines, les vallées, les prés verts…

Martin est curieux . Il se dit même virtuose en la matière. Il observe, offre, ose tout avec les femmes qu’il rencontre, toutes celles avec lesquelles il s’explique, en toute franchise, en toute honnêteté. Celles qui n’y voient aucun mal, restent et décuplent ainsi la communauté de la qualité dans la quantité. Celles qui ne voient de « capitaliste », d’inflationniste que ce comportement qui impose une propriété privée, un précarré normatif et plus simple d’utilisation.

Comment enfantera-t-il ?

Pour l’heure, Martin n’y songe que peu. Il se dit que la loi peut changer, le monde évoluer, que c’est ainsi qu’il grandira : en offrant le champ maximum au bonheur du plus grand nombre. On verra bien, ajoute-t-il, lorsque se posera véritablement cette question dont la redondance elle-même est à questionner. L’enfantement lui semble le dernier ressort de ceux qui sont à court d’arguments.

L’amour avec Manon et Eva est parvenu à son terme.

Eva n’était que de passage, un passage réussi : il lui en est resté le goût du Sauternes et des pique-niques improvisés dans les campagnes d’Auvergne. Christine, si longue à lire, est toujours là. Fanny aussi. Il vient tout juste de rencontrer Catherine. Elle commence à peine à entendre que l’exclusivité avec Martin est une affaire de temps, d’instant, de moment. Elle écoute encore, pour le reste, « on verra ».

Catherine comme Martin choisira librement, suivant ce qu’elle veut, selon ce qu’elle attend, selon « sa curiosité ». « Pour apprendre à nous en aller, nous avons marché. Nous avons traversé les collines, les vallées, les prés verts. Nous avons admiré leur beauté mais nous ne sommes pas restés » (Rosario Castellanos, Los Adioses)

Elle apprendra comme d’autres avant elle ont appris.

L’expérience sera belle si elle décide de n’en retirer que cela, de la beauté. De là partent bien des histoires, qu’elle pourra, Catherine, vivre ou (pour) raconter.

(…)

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