Pleurer d’amour, jamais de chagrin – Episode 5 – L’autre

Je ne me rappelle pas notre première rencontre dans le détail mais tu certifies avoir indiqué n’être « pas disponible ».

« Quand un automate n’est pas disponible, il ne distribue rien. Il ne fonctionne pas. Il ne donne ni ne prend rien. Il est en panne. Personne n’y vient. Et pour cause : son indisponibilité est explicite, clairement exprimée, en lettres lumineuses rouges. Il ne donne à personne, on ne va pas à lui. »

Qu’est-ce que cela veut dire « pas disponible » ?

Quand un automate n’est pas disponible, il ne distribue rien. Il ne fonctionne pas. Il ne donne ni ne prend rien. Il est en panne. Personne n’y vient. Et pour cause : son indisponibilité est explicite, clairement exprimée, en lettres lumineuses rouges. Il ne donne à personne, on ne va pas à lui.

Ici, ‘pas disponible’ va plus loin.

« Pas disponible » signifie n’être pas disposé à engager une relation sérieuse mais s’engager tout de même dans une  relation  peu engageante  au détriment de l’autre.

« Pas disponible » signifie avoir l’esprit occupé par une/un autre.

« Pas disponible », c’est imposer cet autre à l’autre qui, fort.e de l’information « pas disponible », aura saisi.e que l’horizon est obstrué, plus ou moins définitivement.

« Pas disponible » signifie, « je veux prendre et ne rien donner. Et cela, tu dois le comprendre ».

BASQUIAT -SAMO - Confusing - Mur

« Pas disponible » est un euphémisme pour signifier que l’on n’est pas prêt. C’est une autre manière de dire « tu devras te contenter de ce que je te donne parce que je ne peux donner plus. Je n’en ai ni l’envie, ni les moyens ».

« Pas disponible » est une déclaration de guerre.

C’est entrer en lutte contre l’autre. L’autre cristallisé. L’autre parfait. L’autre qui n’est plus là mais qui l’est tellement en même temps. C’est engager une lutte à mort. C’est décider de le remplacer. C’est être stratégique. C’est être patient. Et fin. C’est vouloir l’emporter. C’est décider de prendre, de comprendre, d’apprendre. C’est décider d’attendre sans imposer, de souffrir sans perdre de vue l’objectif. Est-ce de l’amour ?  On vous expliquera que oui, absolument. Vous aurez le droit de le croire, aveuglément.

« Pas disponible » signifie encore, vu ton âge, vu la conjoncture, mère célibataire, soi réaliste: n’exige  pas l’impossible. Passé un certain âge, mère de surcroît, les femmes ne sont plus bonnes qu’à être ‘l’autre’ patient, l’autre se contentant, la maîtresse, un réceptacle, un défouloir, un pansement, un sac à foutre. Et elles devraient s’en réjouir : il existe des âmes charitables pour s’en préoccuper encore. Mal, peut-être – et encore, cela dépend du point de vue – mais s’en préoccuper tout de même.

Avec un peu plus de finesse, de rigueur, avec un peu d’intelligence en somme, elle serait en couple. Si elles en sont là, c’est bien la preuve qu’elles ont manqué de tout, qu’elles ont tout manqué. S’en préoccuper revient donc à de la grandeur d’âme. Surtout ne pas rétorquer le droit à la différence : ce serait cautionner tout le reste. La différence d’accord mais jusqu’à un certain point. Passé un certain âge, la différence est une  liberté qui s’ornemente de ce qu’elle impose : le sacrifice. Passé un certain temps, il convient d’apprendre à se contenter.

 » Est-ce de l’amour ?  On vous expliquera que oui, absolument. Vous aurez le droit de le croire, aveuglément. »

Passé un certain temps, on comprend surtout que la vie est ce que l’on en fait, quels que soient les secours dont on a pu bénéficier. On comprend qu’un homme qui prétend qu’une femme lui doit tout ou presque est un goujat. On sait qu’un homme qui parle trop souvent de son ancienne compagne est irrespectueux. Pardon : il n’est « pas disponible ».

En parler, même en mal, c’est en parler. En parler, c’est la faire vivre, ici, entre vous deux. C’est manquer de respect au présent. C’est manquer de respect à l’être que l’on a face à soi. C’est imposer ses souffrances sans les résoudre. C’est une forme de lâcheté. C’en est peut-être l’essence en ce sens que c’est une fuite qui s’impose à l’autre et qui ne règle rien, et qui fait mal, dans tous les sens du terme. C’est ce qui arrive tellement souvent dans ces cas d’indisponibilité: n’entendre que l’autre…

Je t’aime,

Je te déteste

Je déteste t’aimer

Tu ne veux qu’elle

Tu as besoin d’elle

Mais je ne serai jamais elle

(Gnash, Olivia O’Brien, I love you, I hate you)

Avec le temps, à force de vies, on finit par comprendre qu’un homme qui a besoin de faire souffrir une femme avec laquelle il n’est plus, en faisant souffrir celle avec laquelle il devrait/pourrait être,  n’est « pas disponible » en effet : il est en panne. Il ne donne rien. Il n’y a rien à prendre.

(…)

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