Pleurer d’amour, jamais de chagrin – Episode 3 – L’amour

« J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.

J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;

Il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;

Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;

Il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.

L’amour ne passera jamais. (…) »

(Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens)

Monsieur M., prof de philo, était tout à fait hors normes mais il était beau. Il avait un genre dont nous n’avions pas l’habitude. Bien que très ouverte d’esprit, mon ouverture était alors limitée par la tranquillité de la tradition et des habitudes. M.M était un passionné. Il nous parlait souvent d’Amour, en nous rappelant « qu’il n’a pas de pourquoi ». M.M était amoureux d’un autre professeur, de philo lui aussi, je crois. Je ne suis plus très sûre mais ce n’est pas l’important. L’autre professeur, légèrement dégarni, avait la démarche altière, le regard nostalgique. Il était très mince, plus que M.M, longiligne. Il maintenait sa sacoche sous son aisselle et fourrait l’autre main dans sa poche. M.M portait la sienne, également patinée, par la poignée. Ils arrivaient souvent ensemble, en bras de chemise, M.M une main dans la poche, son compagnon également, à son côté, toujours très détaché, le regard porté vers l’horizon. Il semblait mieux armé pour affronter notre archipel, mieux armé pour affronter la vie, tout simplement, conscient qu’il faille rester… discret quelquefois. M.M était moins propice à la transaction. Ils ressemblaient à Rimbaud et Verlaine.

M.M ne transigeait sur rien. Pas même avec ses élèves. Il ne critiquait ni les cancres ni ne félicitait les premiers de la classe. Parce que l’excellence ‘ne nécessite aucun commentaire’. Il n’y a rien à dire du bon, du beau, disait-il. Au gré des jours, de plus en plus flottant dans son pantalon beige, ses chemises, ses pensées, il menaçait de se perdre dans un territoire que nous étions trop jeunes, trop peu instruits des ravages pour comprendre. En fait, sa dérive nous amusait. M.M n’est pas resté longtemps, un trimestre tout au plus, avant d’être emporté par la passion. Jusqu’où ? Nous ne l’avons jamais su. L’ère de M.M n’a duré que quelques semaines et pourtant, je m’en souviens encore. Parce que la passion marque. L’amour marque. Même à faible dose.

« Passé un certain âge, on se dit que rien n’est simple… »

Comme tout le monde, il m’arrive de m’agacer, de ne pas me supporter. Il m’arrive de me lever la tête complètement à l’envers et d’avoir envie de pleurer tellement je me sens nulle. Il m’arrive de repenser à ma vie, à mon enfance, à mon adolescence, aux années lycées, aux années Fac, d’en rire, d’en pleurer, de regretter telle phrase, telle phase, de ressasser. Est-ce à dire que je ne m’aime pas ?

Je mange correctement. Aussi correctement que l’on peut manger en France, ce qui signifie, vu la diversité culinaire qui existe ici, très correctement. Je fais du sport, jamais dans la compétition, toujours par distraction, pour rester en forme, avoir la forme, donner la forme que je souhaite à un corps que j’apprécie de plus en plus. Il m’arrive de me sourire devant le miroir, satisfaite de ce que je suis devenue, de ce que je deviens. Je fais, au moins un gommage du corps par semaine. Je me nettoie le visage matin et soir, comme il se doit, pose une crème de jour hydratante, une crème de nuit antirides. Je me brosse les dents trois par jour, me brosse les cheveux tous les soirs. Je tente au moins un masque par semaine. Je me respecte. J’ai une vie sociale, des voisins avec lesquels j’échange régulièrement un plat, un mot, un service, un verre, un fou rire. Ma famille est aussi alambiquée qu’il se doit, aussi proche qu’il le faut. J’ai des amis, des copines, des copains, des potes, des connaissances. J’ai un fils enfin que j’aime, mal quelquefois mais que j’aime incontestablement. J’aime être mère et que je souhaite l’être de nouveau. Parce qu’il s’agit-là de ce que je suis, profondément, intensément. J’ai une ambition de vie que je me donne les moyens d’atteindre. Je m’aime, je crois.

Comment je m’aime ?

Cela dépend des jours, je l’ai dit. Cela dépend de mon humeur. Cela dépend de mon état d’esprit, de mon état d’être. Je m’aime donc, avec toutes les fluctuations que supposent mon humanité. Humanité qui repose sur un instinct de survie, un instinct de conservation puisque mes facultés mentales, intellectuelles ne sont atteintes par aucune espèce de maladie. Si je soupçonne la souffrance, immanquablement, je m’écarte, comme tout le monde. Si le soupçon se confirme, je m’éloigne. Si j’insiste, c’est qu’a priori, la zone me semblait sans risque. C’est qu’une invitation me l’a confirmé.

King pleasure, Jean-Michel BASQUIAT, 1987

Passé un certain âge, on se dit que rien n’est simple. Que lorsque l’on a un passé, tout devient compliqué. Lorsque l’on approche la quarantaine, on a tous un passé. Dés que l’on franchit la trentaine, on a tous un passé. Il y a ceux qui ont vécu des années en couple. Il y a ceux qui ont papillonnés. Il y a ceux qui ont cherchés, en vain. Il y a ceux qui n’ont pas d’enfant et qui n’en veulent pas. Il y a ceux qui ont des enfants et qui en veulent d’autres. Il y a ceux qui n’en savent rien encore, malgré le temps qui passe. Parmi ceux-là, il y a ceux qui s’en inquiètent et d’autres qui ne s’en inquiètent pas. Il y a ceux qui ont divorcés il y a un bout de temps, ceux qui viennent tout juste de divorcer, ceux qui vont divorcer. Certains sortent d’histoires compliquées. Certains ont simplement décidé qu’il était temps d’arrêter.

« C’était bien un temps mais bon, il est temps de passer à autre chose maintenant… »

Passé la trentaine, les histoires semblent plus compliquées parce que plus lourdes de vies. Mais rien n’empêche l’honnêteté. On s’attache. On s’accroche. On comprend. On attend. On espère. Le temps passe.

Passé 30 ans, on a des envies, des rêves qu’il s’agit d’assouvir ‘avant qu’il ne soit trop tard’. Passé 40 ans, passé 50 ans, c’est pareil. On s’accroche parce que la maturité est supposée amener la raison. On s’accroche aussi à dessein. On se laisse de moins en moins porter. On est supposé en tout cas. C’était bien un temps mais bon, il est temps de passer à autre chose maintenant. Passé un certain âge, le temps est important. Il est même au cœur de tout ce que l’on entreprend. On s’accroche. On s’accroche pour essayer de nouveau. Parce que l’on y croit encore. Tant qu’il y a de la vie, on s’accroche pour oublier. Pour passer à autre chose. Pour passer une couche de peinture. Pour distraire la souffrance. Rien n’empêche l’honnêteté.

Retenir ou pas la leçon…

Puisque je m’aime, puisqu’il semble que je sois assez stable psychologiquement, puisque l’eau a coulé sous les ponts de nos existences, il me semble donc probable que ma foi en notre relation a résidé sur autre chose que des illusions, les manquements de mon éducation ou de mon enfance.

Qu’en dis-tu ?

Tu m’as offert plusieurs livres que je commençais, que je parcourais, que je terminais ou pas, au gré de mon intérêt pour le thème, au gré de mon intérêt pour l’auteur. J’ai été ravi d’en découvrir grâce à toi, agacée par tes tentatives de m’en vendre d’autres comme « les génies de notre temps », par cette façon d’imposer l’incontournable tandis que l’incontournable doit avoir quelque chose de personnel, d’intime.  J’engageais la lecture sans restriction ni patience. J’arrêtais de la même façon, pour commencer d’autres bouquins qui me plaisaient plus. J’y revenais ou pas. Tu détestais que j’entame plusieurs livres à la fois. « On ne lit pas comme ça » pestais-tu. Eh bien, vois-tu, commencer plusieurs ouvrages à la fois n’est pas bien grave. En amour, cela mène immanquablement à la catastrophe.

Passé quelques vies, on l’apprend.

On retient – ou pas –  la leçon mais on le sait.

(…)

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mélina dit :

    j’aime me promener sur votre blog. un bel univers. intéressant. vous pouvez visiter mon blog (cliquez sur pseudo) à bientôt.

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    1. Dominique dit :

      Merci Mélina.
      Je le ferai, visiter votre blog. Aussi souvent que possible.Bon dimanche. A bientôt.

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