Ces exceptions qui confirment la règle

Ils s’enflamment les thuriféraires, toutes tendances confondues, prêts à en découdre pour défendre leurs positions comme on défend un territoire envahi, comme on arrache aux mains de l’ennemi les bastions conquis à force de certitudes…

Et pourtant, c’est tellement plus simple que cela. Jeanne a 35 ans. Elle a un métier, des ami.e.s, une vie sociale et, depuis maintenant une dizaine d’année, elle se perd en conjectures sur les sites de rencontre. Il y a eu des histoires, de belles, de moins belles, des longues, des courtes, de vraies réussites, de vrais échecs. Elle est seule néanmoins, depuis un temps certain. Elle cherche donc. Elle ne se cache pas de ne faire que cela, chercher. Pourquoi ? Parce qu’elle ne peut pas être seule. Non qu’elle ne se soit habituée à regarder ses séries préférées sous la couverture, jusqu’à pas d’heure. Rien à voir non plus avec le fait de ne partager son quotidien avec personne : elle a ses habitudes et elle y tient. Pour pleurer, il y a ses ami.e.s. Ils ont jusqu’ici, toujours été là. Elle ne seraient pas contre un partenaire stable pour… vous voyez ce dont il s’agit. Rien de tout cela.

La règle

En fait, Jeanne ne peut pas rester seule parce qu’elle veut d’un enfant. Elle ne veut pas enfanter seule, parce qu’il ne faut pas. Personne n’interroge son « envie d’enfant » puisqu’il s’inscrit dans la norme : Jeanne cherche et cherche encore celui – c’est là où se porte sa préférence- avec lequel elle mettra en œuvre son projet. Un enfant a besoin d’un père et d’une mère, se dit Jeanne. Il convient donc de multiplier les rencontres jusqu’à ce qu’il faut devienne possible. Peu importe que l’homme ne soit pas tout à fait en phase avec ce projet. Il faudra l’en convaincre. Il faudra d’ailleurs, dans la mesure du possible, choisir au plus juste, pour apporter à cet enfant le meilleur cadre physique, psychologique, matériel, qui soit. Il ne faudra pas trop traîner puisque l’horloge continue de tourner. Et, suivant ce qu’il faut, il ne lui reste que quelques années pour faire comme il faut, dans les temps, avant que cela ne fasse ‘pas terrible’ d’être maman. Et personne n’interroge cette course contre la montre imposée aux unes et autres. Personne ne l’interroge. C’est normal. C’est plus simplement ce qu’il faut.

Ne pas s’apitoyer ni se perdre en tergiversations…

Et c’est ainsi que se noue, à force d’insistance, une relation parmi tant d’autres non pas seulement basée sur l’épanouissement de deux êtres, sur l’amour – soyons fous- mais sur une série d’algorithmes parmi lesquels l’urgence de s’accoupler pour enfanter selon les règles. Plus tard, Jeanne fera en sorte que ça dure, pour les enfants, pour leur équilibre, parce qu’il le faut. Et puis, un beau jour, elle se rendra compte qu’il y a quelque chose qui cloche, sans bien savoir quoi. On se fâchera ou pas. On se quittera ou pas. On s’interrogera en tout cas. Mais ce sera ne rien. Il s’agira même de ne pas s’apitoyer ni se perdre en tergiversations. Il s’agira encore de se concentrer sur ce qu’il faut et de le faire. Voilà.

Les exceptions

Il en est qui choisissent d’enfanter seules. Un peu parce qu’il leur semble hors de question d’engager une relation par calculs plus ou moins conscients, par respect de ce qu’il faut. Elles ont une autre idée de la chose, de la relation, peut-être de la famille aussi. Celles-là passeront bientôt par la procréation médicalement assistée (PMA), chez elles, en France, plutôt que par toutes sortes de pérégrinations aussi tumultueuses que dangereuses. Elles ne chercheront en rien à briser un ordre établi. Quand il faut, il faut, c’est ainsi et c’est tant mieux. Elles envisagent simplement la vie, la leur, autrement. Elles n’ont pas plus raison, les autres n’ont pas plus tort et vice-versa. C’est juste comme ça pour certaines. Voilà.

A elles, on parlera plus souvent, un brin de tristesse, de pitié dans la voix, « équilibre » et « difficultés » et cela ne choquera personne. Pourtant, comme tous les parents du monde, elles feront au mieux, parce qu’elles aussi le savent bien ce qu’en disait Jean Cocteau,  que « les enfants, il vaut mieux les réussir sinon ils ne vous ratent pas ».

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