Et soudain, deux mondes se sont entrechoqués

Une curiosité. Un instant d’Histoire. Un moment qui devrait secouer d’autant qu’il s’adresse à un public qui n’en a pas l’habitude. Une gifle ce film, un coup de force, qui ne se contente pas d’être manichéen.

Il n’est pas simplement manichéen, ce film : il teste. Il met au défi. Il oppose aux grands discours le doute. Il retranscrit le trouble, le malaise qui a dû assaillir les esprits à l’époque. Le malaise de ceux pour lesquels le monde est déjà suffisamment compliqué pour le compliquer encore de nouveautés, d’extravagances, de  libertés  trop anormales pour être comprises. Pas tant que la réflexion ne s’impose. Pas tant que l’Histoire ne l’impose. C’est l’histoire d’un plan drague qui a mal tourné. C’est l’histoire du crime qu’il était en réalité, qu’il est devenu. C’est l’histoire de deux femmes qui s’aimaient et qui ne se cachaient pas. C’est l’histoire de celles et ceux qui croyaient être dans leur bon droit de corriger celles et ceux qui n’entrent pas dans les clous. C’est l’histoire de Anne Tonglet et Araceli Castellano devenue Malia et Nicole. C’est l’histoire du moment où les silences se sont transformés en un grondement sourd, celui que provoquent les séismes, les ouragans les plus puissants. C’est le moment où le viol est devenu un crime. Le Viol, c’est un pan de l’histoire des femmes non, de l’Humanité.

En 1978, seules 10% des victimes portent plainte

Le Viol, fiction d’Alain Tasma avec Clotilde Courau, Camille Sansterre, Bérangère McNeese

Soirée spéciale

Le Viol sera diffusé dans le cadre d’une soirée spéciale, sur France 3, le 19 septembre, dés 20h50. Le téléfilm sera suivi d’un débat animé par la journaliste Carole Gaessler intitulé Le viol, un crime sous silence, sur la nécessité pour les victimes de porter plainte  puis du documentaire Le Procès, déjà diffusé sur la même chaîne. A l’époque de l’affaire, celle qui conduira à la pénalisation du viol en 1980, affaire portée par Gisèle Halimi en 1978, seules 10% des victimes portent plainte. On pourrait croire que les choses ont changé. On pourrait croire que la King Kong théorie de Virginie Despentes a éveillé les mentalités anesthésiées par cette idée que si une femme est violée, c’est de sa faute. Parce qu’elle n’a pas su rester à sa place. Parce qu’elle n’a pas été convenable. Dans sa tenue. Dans sa posture. Dans son attitude. On pourrait croire qu’à l’instar des autres, les femmes ont désormais le droit fondamental de circuler quelque soit l’heure, quelque soit l’endroit, sans avoir besoin de s’excuser, de faire profil bas, d’avoir peur d’être elle-même, d’être femme, d’être faible. On pourrait le croire. Mais la vérité est qu’aujourd’hui encore, seules 13% d’entre elles portent plaintes. 3% de plus depuis 39 ans. Depuis l’année de ma naissance, rien n’a changé. Ou si peu.

Programmation spéciale

France Télévisions se mobilisera durant tout l’automne autour des femmes et de leurs combats. Outre Le Viol d’Alain Tasma, avec Clotilde Courau, Camille Sansterre et Bérangère McNeese notamment, Harcelée, fiction de Virginie Wagon, bientôt diffusée sur France 2, s’attachera à la violence faite aux femmes dans l’espace professionnel. Ce film-là sera suivi de Harcèlement sexuel au travail, un documentaire Infrarouge, présenté par Marie Druker. Il y aura encore, La Consolation, de Magaly Richard-Serrano, co-écrit par Flavie Flament, sur les violences intimes, intrafamiliales. Le documentaire Viol sur mineurs : mon combat contre l’oubli retracera le combat de Flavie Flament pour rallonger le délai de prescription en matière de viol sur mineurs…

Elle a murmuré: « Il s’agissait bien d’un viol… »

Mention spéciale

Isabelle était assise à côté de moi durant la projection, lorsque, encore tuméfiées par son intensité, nous avons lu, affiché sur l’écran noir, l’article 222-23 du Code pénal qui définit que « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Elle a pensé à Théo. C’était assez improbable d’y penser à ce moment-là. C’est pourtant bien ce qu’est passé. Elle a repensé à Théo. « Il s’agissait bien d’un viol » a-t-elle murmuré.

La loi protège toutes les femmes et tous les hommes…

Elle a pensé que le détail de la vie de sa famille, de la sienne, le contexte, l’alentour ne justifient aucunement de changer l’ordre de ce qui a été : un acte de pénétration sexuelle. Elle s’est dit que le viol ne devrait jamais être dénié. Que c’est mettre, outre l’humanité, la loi, si chèrement gagnée, en danger. Cette loi pour laquelle Anne et Araceli ont combattu quatre années. Cette loi qui protège toutes les femmes et tous les hommes. Cette loi qui a transformée l’égalité de vœu pieu en réalité concrète, ne devrait jamais être déniée, contournée, contorsionnée. Sous aucun prétexte. Sous peine d’en perdre l’essence. Elle a pensé tout ça, Isabelle.

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