Pleurer d’amour, jamais de chagrin – Feuilleton – Episode 1

Il m’arrive de pleurer parce que je voudrais le revoir
Mais la vie n’est pas toujours ce que l’on
voudrait…

Prince, Sometimes it snows in april

Si j’avais su à quel point notre séparation me ferait souffrir, jamais je n’aurais répondu à ton message. Jamais je n’aurais insisté. Jamais je n’aurais appris ton odeur, ton sourire, toutes ces petites choses qui te font toi, comme cette fossette que j’aimais caresser, celle qui n’est jamais aussi belle que barbue. Jamais je ne m’y serais attachée.

Cela va sans dire, tout est terminé. En tout cas, entre nous.

Ce qui suit est ce qui se passe aujourd’hui, ce qui s’est passé depuis le jour de notre de rencontre, ce qui duré quelques temps, la fin, ce qui reste de nous. Ce qu’il reste de beau, de moins beau, d’aigre, de doux, de fort, parce qu’il ne faut pas tout renier lorsque le lien s’étiole. Au contraire, mieux vaut chérir le beau et continuer de donner. La rancœur ne fait qu’assécher l’âme. Elle interdit les nouvelles aventures, parce qu’elle attache au passé et que les aventures, les belles aventures, pour exister ont besoin de fraîcheur, d’idées neuves, d’à venir.

Si quelquefois (je reste cette femme amoureuse, perplexe, aux prises avec le doute), je suis binaire et excessive, sache que – je le dis pour les autres puisque toi tu le sais bien, enfin, je l’espère – ce n’est jamais par mesquinerie. Simplement parce que le temps n’a pas encore parfaitement fait son œuvre et qu’il m’arrive d’être en colère contre toi. Et pour cause… Tu l’avoueras sans grande peine, je crois : tu n’as pas été honnête.

Envers moi.

Envers nous.

Tu nous a privé d’une grande aventure. Sans doute n’es-tu pas le seul fautif. Ce n’est jamais le cas. Tu y es pour quelque chose cependant. Ce qu’il y a d’étrange et d’heureux à la fois, est que notre relation m’a rendue plus indulgente. Plus que je ne l’étais déjà. Depuis nous, je perçois le tribut, le lourd tribut, que l’on paie à la sensibilité. Non, non… Il ne s’agit pas de sensiblerie, de cette tare que l’on nous a chevillée au corps pour nous amoindrir ; cette conséquence de nos fluctuations hormonales ; celle que l’on moque ; celle qui transformerait en lavette … Ou plutôt oui. Je parle bien de celle-là. Mais plutôt que sensiblerie, j’emploierais le terme de sensibilité.

La sensibilité.

Celle qui attache à l’absolu, à l’essence. Celle qui conçoit bien plus dans la relation que le pragmatisme, la satisfaction d’un besoin physique, matériel, social.

En parlant de sensibilité, je m’adresse à toutes celles et ceux qui sont resté.es, celles et ceux qui restent, parce qu’il existe quelque chose et que ce quelque chose en vaut la peine. Un quelque chose qui ne tient pas à grand chose. Un imperceptible quelque chose. Un geste, un regard, une étincelle, une flamme, une sensation, un fluide, une connexion. Ce quelque chose qui a dit, ce jour-là, cette nuit-là, à un moment, voire plusieurs, tout le contraire de l’attitude centrifuge du lendemain. Ce quelque chose qui contredit la cruauté de l’éloignement aussi soudain qu’injustifié. Ce quelque chose que l’on a pas inventé. Ce quelque chose qui a ému celles et ceux qui sont restés.

A toutes celles et ceux qui ne l’ont pas inventé, qui ne l’inventent pas, qui veulent le faire vivre, le ranimer, même un bref instant et qui s’acharnent en ce sens.

A celles et ceux qui se raccrochent à peu, parce que peu, c’est mieux que rien, que c’est déjà quelque chose, une chose suffisamment solide pour faire fond, pour faire socle, parce qu’il n’en faut pas plus à ceux qui sont suffisamment honnêtes pour l’admettre, à tout.es celles et ceux qui sont prêts en fait, à entrer en relation.

A toutes celles et ceux qui ne partent pas.

A toutes celles et ceux qui ont envie de croire que ça changera, non par naïveté, mais parce qu’ils ont senti le truc, le ‘quelque chose’, qu’ils le ressentent encore.

A tous ceux-là, je dis qu’ils ne sont coupables de rien d’autre que de sensibilité, coupables d’y avoir cru et que, ma foi, en ce bas monde, il y a pire.

A tous ceux-là, je veux dire : elle est belle la sensibilité.

C’est beau de ne rien calculer.

C’est beau de ne s’attacher qu’à un souffle léger qui caresse, l’espace d’un instant, deux individus qui ont décidé de se laisser transporter. C’est beau de n’aimer rien de censé, de solide, juste la brise d’amour qui passe, qui repassera peut-être. Parce qu’il n’y a rien qui vaille plus que cela. Et s’il y a autre chose, qu’on me le dise, que je sache, que nous sachions.

Il n’y a aucun mal à être sensible.

Depuis toi, j’ai une autre idée de la déprime, du manque d’estime que l’on a pour soi-même. Il y a là, selon moi, matière à poser une excellente question. La voilà : Est-ce simplement le manque d’estime de soi qui définit le futur d’une relation ?

Est-ce le manque d’estime de soi qui inscrit dans une relation une temporalité divergente pour l’un et l’autre des partenaires ?

Est-ce le manque d’estime de moi qui m’a conduit à répondre à ton message ? Est-ce le manque d’estime qui nous a mené au second, au troisième, au quatrième, à l’énième rendez-vous ?

N’est-ce pas là une manière de me culpabiliser plus encore ? N’est-ce pas supporter seule le poids de la charge ?

Ce dont je suis convaincue, c’est qu’il ne me semble pas correct ni judicieux de penser que tout cela proviendrait de mon enfance, de mon éducation et de ses défaillances. C’est surtout qu’en la matière, en matière d’éducation, je vois difficilement comment faire sans défaillance même à y attacher toute son attention, toute son énergie, la meilleure volonté. J’ai lu récemment un article, bon, juste l’introduction, sur le trop plein d’amour que recevrait certains enfants. Il semble qu’ils en souffrent. J’ai lu un autre article, avec plus de rigueur, en allant plus loin que l’introduction cette fois, selon lequel l’indiscipline des élèves proviendrait de ce qu’ils sont des enfants-rois, que la rigueur de l’éducation scolaire leur paraît donc d’autant plus difficile qu’elle ne cadre pas avec celle, plus lâche, qu’ils reçoivent en dehors de l’établissement de formation. J’ai lu tout cela et cela me conforte dans l’idée que, bien qu’elle n’ait pas été parfaite, j’ai reçu une éducation qui ne mérite pas d’être incriminée. Qu’en la matière, je ne suis pas la seule.

Il y a autre chose.

(…)

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