Il y a une symbolique dans l’attention qu’une femme porte ou ne porte pas à sa santé

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Le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes a remis son rapport sur la santé et l’accès aux soins à la ministre en charge de la question, Marléne Schiappa, vendredi 7 juillet, dans une ambiance plutôt intimiste, entre responsables d’association et professionnels de santé, plus engagés sur le soin en situation de précarité que l’on ne le croit.

Dans ce rapport «  Santé et accès aux soins : une urgence pour les femmes en situation de précarité », le Haut Conseil à l’Égalité s’est donc intéressé aux femmes en situation de précarité, « ces femmes hors radar », dont la santé est dégradée et l’accès aux soins, entravée « Une approche intersectionnelle qui permet d’analyser comment certaines situations sont la conséquence de systèmes d »oppression multiples, par exemple la classe sociale, le sexe ou l’origine, et ne peuvent être comprises isolément ». Pour reprendre – encore – les termes de la communication transmise, les femmes représentent 64% des personnes qui reportent des soins ou y renoncent, soit prés de 9,5 millions de femmes qui, chaque année :

  •  ne sollicite pas les aides financières (Une sur trois), telles que, par exemple, la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), trop complexes à atteindre

  • font face aux dépassements d’honoraires, aux délais d’attente trop importants, aux discriminations et aux refus de soins.

  • Ne peuvent se permettre de prendre le temps de consulter un.e professionnel.le de santé, le quotidien de ces femmes étant une course permanente dans laquelle la santé passe en dernier, après – celles de – leurs enfants, leur compagnon et la gestion des difficultés financière.

Les femmes représentent 64% des personnes qui reportent des soins

Centrer…

La parole a donc été donnée à ceux qui les rencontrent, qui les entendent, ceux qui admettent, à l’instar de Gilles LAZIMI, médecin généraliste du centre municipal de santé, responsable des actions prévention/santé de la ville de Romainville et co-rapporteur que « l’accueil des personnes précaires par les professionnels de santé doit être amélioré ». Il préconise de « dépasser l’égalité pour aller vers l’équité ». « Pensons à changer de regard », invite Bernard Guillon, gynécologue-obstétricien, fondateur de l’Association pour le développement de la santé des femmes. «  Mettons le patient au centre de notre travail. Prenons en compte la temporalité qui diffère dans la précarité ».

A propos de l’androcentrisme de la médecine, tant en matière de recherches, que de diagnostics ou de protocole de soins, Claire Mounier-Véhier, cardiologue, présidente de la Fédération française de cardiologie a rappelé que le public ignore souvent la spécificité des symptômes féminins de la crise cardiaque, qu’ils se confondent avec les symptômes masculins.

« Afin de mieux prendre en compte et combattre ces inégalités sociales et sexuées, le Haut Conseil à l’Égalité » émet donc vingt-deux recommandations à l’attention des pouvoirs publics, articulées en trois axes :

  • Mieux évaluer les risques et la pénibilité des postes majoritairement occupés par les femmes en situation de précarité

  • Adapter l’offre de soins et la prise en charge pour mieux répondre aux besoins des femmes en situation de précarité

  • Intégrer les spécificités des femmes précaires dans les politiques publiques existantes de réduction des inégalités sociales de santé

Si les troubles psychiques touchent toutes les populations, les femmes y sont davantage exposées, quel que soit leur âge.

Santé mentale

Entre autres informations détaillées dans ce rapport de 120 pages, la surexposition des femmes aux troubles psychologiques.

On parle de troubles mentaux lorsque le bien-être est perturbé par des affectations psychiatriques, explique-t-il. Si les troubles psychiques touchent toutes les populations, les femmes y sont davantage exposées, quel que soit leur âge. Entre 45 et 54 ans, 10% des femmes déclarent des symptômes dépressifs contre 3,6% des hommes. En 2014, 9% des femmes présentent des symptômes dépressifs au cours des deux dernières semaines, selon l’étude menée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) et l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes).

Charge mentale

Il existe une réalité sous-jacente au fait de ne pas prendre soin de soi, au fait de n’en pas faire une priorité. Elle s’attache à la place que l’on s’accorde. Elle s’attache, quelle que soit la manière de tourner la chose, à l’estime de soi. Bien évidemment, les moyens impactent : ils différent, ils éloignent mais ils n’annulent pas et ils ne disent pas tout. Être femme est secondaire et doit le rester. Penser autrement, c’est choquer. On est mère, épouse, responsable, d’abord. Peut-on l’ignorer ? Peut-on ignorer le poids social du cliché de la femme-responsable-du-foyer-avant-tout sans passer à côté du cœur du sujet ? Marlène Schiappa confirme un peu plus tard, ce vendredi 7 juillet, que «  hors précarité économique, certaines femmes, disposant des ressources nécessaires, accèdent moins à la santé, faute de temps, parce que pèse sur elle une charge symbolique , une charge mentale…».

Je me souviens ce papa solo, m’expliquant, il n’y a pas si longtemps, que ce n’est pas si compliqué de gérer les courses de la rentrée, qu’il ne « comprend pas pourquoi les femmes en font tout un plat ». A vrai dire, ce ne sont elles qui en font tout un plat. C’est qu’une place leur a été assignée, un rang à tenir. Et qu’il pèse. Très lourd. Très souvent. Qu’au fond, il en est autant question dans cet exemple-ci que sur ce sujet-là. Il en est systématiquement question.  Le dire, c’est s’en libérer un peu. C’est déplacer le poids de la charge. C’est la partager.

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