Bonheur est devenu un gros mot

Une soirée, il y a quelques jours, un dîner bien entamé et le bonheur, comme sujet…

  • Ca dépend de ce que tu mets dedans…

 

  • Peu importe. L’important est que ce devrait être un but ultime, non ? Pour tout le monde !
  • En ce qui me concerne, dès que tu te sens bien, que ta famille va bien, c’est l’essentiel. Le reste…
Mirages, Zoulikha Bouabdellah

Il y a plusieurs années, un ami, auquel je posai la question de son but ultime dans la vie, m’expliquait que, pour lui non plus, le bonheur n’est pas une fin en soi, qu’il n’est pas l’important, sans pour autant définir ce qui l’était vraiment. Il est d’un pragmatisme extrême, ne laisse rien au hasard. Chef d’entreprise, bosseur acharné, avec lui, tout est sous contrôle, parfaitement maîtrisé, de la manière dont sa chemise déborde de son pantalon, s’assortit à sa ceinture et sa paire de mocassins au choix de la personne avec laquelle il partagera sa vie. Et quand je dis choix, j’entends tout à la fois, caractéristiques physiques, morales, psychologiques, économiques : un véritable plan sur l’avenir. Le bonheur disait-il, comme d’autres, est inconsistant, inconstant, aléatoire. Puisqu’il n’est ni palpable, ni précisément définissable, il faut être un peu fou pour en faire un objectif.

Bonheur : État de complète satisfaction, de plénitude

Et pourtant, selon un récent sondage, bien qu’elles manquent de relations sexuelles épanouies, de foi en l’avenir les Françaises sont heureuses. Pourtant, il est bel et bien devenu objet de recherche. Certains cherchent même à l’inscrire comme unité de mesure économique, les autres indicateurs devenant trop ‘matérialistes’. Il dispose de sa journée, parce que ‘«Le monde a besoin d’un nouveau paradigme économique qui reconnaît la parité entre les trois piliers du développement durable. Les bien-être social, économique et environnemental sont indissociables. Ensemble, ils définissent le bonheur brut mondial.» (Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, lors de sa création en 2012 – Tiré de La parisienne. Il n’en a jamais été autant question. Seraient-ils tous devenus fous ?

Où est-il ?

Qu’est ce que qui occasionne, pareil ‘blocage’ face à l’idée, l’envie de bonheur ? Notre peur de l’impermanence ? Le bonheur circule. Il se partage. Il n’appartient durablement à personne mais, à l’instar des saisons ou de la nouvelle lune, finit toujours par revenir. Que dit-elle, cette réticence sinon notre relation au monde, à l’autre ? Que dit-elle de nos renoncements à plus, ce petit plus qui ne coûte finalement pas grand chose mais pourrait être la clé de tout ?