Les ‘hommes’ ont-ils vraiment besoin d’être maternés ?

Une amie et moi ressortons épuisées d’une vive conversation sur le rôle de la femme, sa mission ancestrale, bien que pas toujours acceptée avec les honneurs qui lui est due: ‘tirer’ les hommes pour en faire des êtres capables, d’une relation à deux notamment…

‘Et cela me débecte’ insistait-elle. ‘Nous devons toujours prendre sur nous, être patientes, comprendre ou faire comprendre ce que nous attendons de la vie en général, de la vie de couple en particulier. Sans quoi, ils ne comprennent rien ou font mine de ne pas comprendre. C’est notre mission. C’est comme ça. En tant que mère célibataire, j’ai fait le choix d’autre chose. Pleinement consciente cependant qu’il en sera ainsi, quoi qu’il en soit. Donc, oui, clairement, ça me fait chier d’entendre ces femmes en couple se plaindre de ce qu’elles ont choisi : être en couple et donc tirer un homme qui ne fait pas toujours ce qu’il doit, qui a le mérite d’être là quoi qu’il en soit. C’est déjà bien. Leurs complaintes m’agressent. Elles m’exaspèrent. Parce qu’elles ne connaissent pas la moitié de la rudesse que nous endurons quotidiennement, seules. Seules, à devoir nous débattre avec des problèmes autrement plus complexes que celles d’un homme à bout d’inertie…

basquiat-trompette-1984

Mais de quelles rudesses s’agit-il ?

L’adversité, la satisfaction de voir conforter sa personne par chacun de ses choix. Le courage d’atteindre ses ambitions, les petites comme les grandes. Tout tester jusqu’à trouver l’organisation la plus juste. L’envie de profiter d’amis, d’en rencontrer d’autres, lorsque son emploi du temps le permet. Creuser l’espace jusqu’à ce qu’une vie sociale devienne possible. L’investissement, apprendre à changer une ampoule, une roue, à clouer une planche, faire la différence entre les huiles de moteur et savoir où se situe la jauge. Repeindre un mur, son appartement, en commençant par les bords, comme il se doit. Améliorer sa cuisine à force de pratique. Se retrouver, s’interroger, se remettre en question. S’épanouir. Gagner en indépendance. Jamais je ne me suis préparée à assumer cette mission à laquelle ma condition de femme m’a pourtant assignée. Me serai-je donc trompée ?

En pensant notamment…

Que le célibat n’est pas le parent pauvre du couple mais une sortie, heureuse avec le temps, quand elle s’avère nécessaire, un prélude touffu, un instant choisi, une préférence ? Que hommes et femmes sont pluriels ? Que mes mésaventures personnelles ne sauraient conditionner un genre tout entier ? En ne cédant ni à l’aigreur ni à la tentation communautaire ? En créant de toute pièce ce qui ne va plus forcément de soi  dans une époque qui me l’autorise ? En refusant toute assignation, tout déterminisme ? Si les hommes sont d’éternels enfants, les femmes n’en sont-elles pas réduites à être d’éternelles mamans ? Ce rôle aussi gratifiant puisse-t-il être, n’est-il pas réducteur ? N’est-il pas clivant ? N’est-il pas comme tant d’autres, d’un autre temps, celui où la liberté d’être n’était à la portée de qui s’en soucie ?

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