Moi, (presque) sans peur et sans reproche

Il n’y a aucune honte à se placer au centre du jeu. Pourvu d’être capable de l’organiser et de faire la passe, quand il le faut…

C’est au moment d’entrer en relation, après une longue période d’abstinence, que je me suis rendue compte que les choses n’étaient pas si simples. D’abord, parce que ces temps de solitude étaient personnels. Qu’ils n’étaient confrontés à rien d’autre qu’un moi-même, en prise avec ses objectifs, ses ambitions, ses manquements et l’obligation d’y faire face. Parce que ce long moment de solitude a offert aux écueils passés le champ de remonter à la surface, de mûrir, de s’aplatir sous le poids des urgences quotidiennes. Quelles qu’en soient les raisons, il faut un temps pour accepter, à l’issue des anciennes amours – et des haines conséquentes mais toujours passagères -, que les torts étaient partagés. Que c’est ensemble que nous avons merdé. Dès lors, il s’agit de mettre des mots sur les failles, des gestes sur les silences, les colères et de trouver des solutions pour le reste. Dur. Mais il le faut. Trouver des solutions. Il faut du temps, voire de l’argent, si l’envie prenait de consulter. Du temps à passer avec ses potes, pour partager ou oublier. De l’argent pour sortir, s’évader. Du temps pour être et prendre l’air. Ce temps dont on ne dispose pas. Dont on ne dispose plus. C’est ainsi. On se recentre donc sur les priorités : lui/eux d’abord, moi ensuite, le reste, on verra.

Et le temps passe…

Au gré du temps qui passe, des enfants qui grandissent et prennent des distances, des moyens qui évoluent et de la solitude qui pèse, on sort, on échange, on rencontre, une deux, trois personnes puis une en particulier. Et le passé mis de côté revient frapper à la porte d’un présent avec lequel on essaie encore de négocier. Et les torts d’antan qui n’avaient pas été décortiqués reviennent nous asticoter. Et l’on se demande si l’on saura faire face cette fois, si l’on fait bien de recommencer tandis que l’on a pas l’air vachement doué pour cela, la relation. On a pas mal réussi avec les enfants mais avec les adultes, avec les amours, c’est une autre histoire. Pas eu le temps de relire le mode d’emploi. Ah oui, il n’y en a pas. Il faut gérer. On a pris l’habitude de tout gérer. Tout gérer sauf ça. On défaille. On ouvre une brèche. Une béance dans laquelle toutes les critiques pourront s’engouffrer. Il faut faire face. La machine s’enraye. On passe en mode sans échec, celui où tout est pratique mais illisible.

Couronne - Basquiat

Demain n’est pas encore dit

La vérité est que ces failles font partie de nous. Avec les béances, les erreurs et les peurs. La sensibilité, la sensiblerie, l’agacement et les fuites. Les attitudes surjouées pour les voiler et garder le contrôle, l’indépendance, la rigidité, les larmes et les excès. Les attentes et les doutes, tout cela fait partie de nous. C’est beaucoup. C’est flippant. Fatiguant. On arrive avec nos tares. Comme tout le monde. Tous autant les uns que les autres. Les unes pas pires que les autres. Les unes et les autres, c’est tout. Nous arrivons avec l’envie que cela marche, avec l’envie de créer du lien, avec l’envie d’être bien, l’envie d’installer une relation qui nous ressemble, qui durera ou pas. Nous arrivons. Célibataire longtemps ou pas, nous venons, avec la force née de la lutte et le besoin de la dépasser, en quête de la sérénité acquise, ou pas, avec nos faiblesses, cette solitude qui n’effraie plus, avec la foi d’être pris pour ce que l’on est. Entièrement. Libres. Plus ou moins. Nous arrivons quand même pleins d’espoirs et de doutes, plus mûrs, plus étoffés, épanouis. Nous arrivons emplis. Nous arrivons et nous sommes. Entiers ou fracturés. Nous arrivons. Et nous sommes.

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