Assis sur un banc, il l’attend

La scène se déroule un matin d’automne, dans un parc habillé pour la saison.

Elle trottine, un survêtement noir, assez fin finalement pour la température, quelques tricots empilés pour résister à l’humidité. Elle trottine et prend quelques précautions. Le sol est jonché de feuilles brunes, moites, dangereuses puisqu’il est pentu, que les lacets serrés. Des agents de la ville s’affairent d’ailleurs à l’en délester. Elle trottine et fait sa course matinale. Il s’agit de rester en forme, de sentir battre ce cœur dont on prend de plus en plus soin avec les années. Un tour, puis une autre.

Cela l’a toujours amusée, de slalomer entre les parents qui font coucou de la main, les enfants indécis entre papa et la cour d’école, ceux qui discutent très sérieusement des choses très sérieuses qui peuvent occuper les enfants de cet âge.

Elle fera un tour de plus, autour de l’espace de jeux, aménagé pour les enfants juste en face de l’école. Elle s’est toujours dit que c’était une très bonne idée, d’installer une école à l’intérieur d’un si beau parc, où se dandinent les canards et les cygnes, véritable carte postale, une inspiration pour impressionniste. Que c’était très bien également qu’ils puissent, les enfants, jouer avant d’entrer en classe. Elle se dit encore aujourd’hui que c’est un bon message. Qu’il y a, en effet, un temps pour chaque chose. Mais que le temps de jeu de ces enfants d’élémentaire devait rester tout à la fois accessible, primordial. Ce à quoi adhérent d’ailleurs les parents qui arrivent quelques minutes plus tôt, pour permettre un tour de balançoire, quelques glissades sur le toboggan. Le sentier qui longe l’établissement est complexe à passer à l’heure de la rentrée. Cela l’a toujours amusée, de slalomer entre les parents qui font coucou de la main, les enfants indécis entre papa et la cour d’école, ceux qui discutent très sérieusement des choses très sérieuses qui peuvent occuper les enfants de cet âge. Mais il est temps. Il est temps de remonter, de gravir la dernière pente, parce qu’il attend, seul sur un banc, là-haut, et qu’il doit faire frais lorsqu’on ne bouge pas.

Cela fait trente ans qu’ils rythment leur vie. Cela fait sourire les enfants, les amis, les voisins. Un petit rien qui dit tout ce qu’il ressent. Il attend.

Il n’aime pas cela, la course à pied. Les balades à vélo, les marches en forêt ou en ville, pourquoi pas, mais pas la course à pied . Il l’accompagne cependant certains matins, pour être sûr que tout va bien, pour être là au cas où, avec son journal et ses titres et ces nouvelles auxquelles ils accordent une importance relative, ces nouvelles qui constitueront autant de sujets de conversation tout à l’heure entre le parc et la maison. De sujets de débats entre eux. Cela fait trente ans qu’ils rythment leur vie. Cela fait sourire les enfants, les amis, les voisins. Un petit rien qui dit tout ce qu’il ressent. Il attend.

Cela le renvoie à ces années, lointaines années, où se posait encore la question de ce qu’ils voulaient, ce qu’ils étaient, ce que signifiaient ces élans de cœur. Ce temps où ils interrogeaient l’amour, tiraillés entre le doute et l’envie, entre un passé trop lourd et un futur trop incertain.

Elle ne court pas, elle trottine. Mais depuis des années, elle s’évertue à vouloir continuer, malgré la fatigue, malgré les courbatures. Ma foi, si elle y prend du plaisir… Il n’y comprends rien mais cela continue de le faire sourire, de la regarder trotter. Cela le renvoie à ces années, lointaines années, où se posait encore la question de ce qu’ils voulaient, ce qu’ils étaient, ce que signifiaient ces élans de cœur. Ce temps où ils interrogeaient l’amour, tiraillés entre le doute et l’envie, entre un passé trop lourd et un futur trop incertain.

Quand l’amour n’est pas ce que l’on souhaite, ce qui arrive quelquefois, ce qui leur est arrivé, deux solutions s’offrent à vous : le vivre quand même en fermant les yeux, en se laissant porter, en faisant confiance à la vie ou le vivre les yeux ouverts. Longtemps, ils se sont laissés portés, emportés, transfigurés. Et puis, ils ont ouverts les yeux, pour faire le tri, le ménage pour construire ce qu’ils étaient sûrs de désirer.

Maintenant, il regarde passer son amour. Assis sur un banc, il l’attend.

Quand l’amour n’est pas ce que l’on souhaite, ce qui arrive quelquefois, ce qui leur est arrivé, deux solutions s’offrent à vous : le vivre quand même en fermant les yeux, en se laissant porter, en faisant confiance à la vie ou le vivre les yeux ouverts

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s